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Je respire !
Électoraliste, populiste, social. Les qualificatifs fusent pour décrire le troisième budget du ministre des Finances, Rama Sithanen. Si dans les rangs du gouvernement, le discours de vendredi suscite enthousiasme, Monsieur-Tout-Le-Monde, lui, ne mesure pas encore l?impact réel des annonces sur son budget personnel.
Pourtant, la rigueur prônée par Sithanen et son positionnement jugé très « pro-secteur privé » portent leurs fruits. En effet, une croissance de 5 % à 6 % sur trois ans finit invariablement par bénéficier au grand public. Le budget 2008-2009 en est l?illustration vivante.
Pour mieux comprendre comment ce budget influera sur les finances et le pouvoir d?achat des ménages à Maurice, nous avons pris l?exemple d?un jeune couple. On comprend comment et pourquoi cet exercice budgétaire peut, dans les circonstances actuelles, représenter une véritable bouffée d?air frais en préservant, et même parfois en améliorant, le pouvoir d?achat de beaucoup de ménages.
Nita et Krishna, tous deux la trentaine, sont mariés depuis deux ans. Elle est employée dans une entreprise du port franc comme Accounts Executive et perçoit un salaire mensuel de Rs 15 000. Son époux, Senior Technician dans un ministère gagne, lui, Rs 18 200. Le couple n?a pas d?enfants.
Krishna est le premier à ressentir l?effet d?une annonce budgétaire.
Si ce budget avait gardé les mêmes plafonds d?abattement personnels pour l?impôt sur le revenu, Krishna, aurait dû commencer à payer les impôts. En effet, avec le PRB, il a reçu une augmentation de salaire de Rs 1 800. Et à cause de son nouveau salaire, il aurait désormais dû payer Rs 3315 par an, mais en relevant le plafond des déductions personnelles de Rs 215 000 à Rs 240 000. Résultat de l?annonce, le budget du couple augmente de Rs 23 400 net par an.
Une solution flexible</B>
Si la mesure fiscale de Sithanen intéresse Krishna, Nita, quant à elle, suit de près la mise en place du Human Resource Development, Know-ledge and Arts Fund. Avec ses pa-rents, elle compte financer, l?année prochaine, les études supérieures de sa s?ur dans une institution tertiaire privée du pays. Au coût, certes pour le moment prohibitif de Rs 100 000 par an.
C?est avec soulagement qu?elle a appris que ce fonds permettra à sa s?ur de contracter un prêt études pouvant aller jusqu?à Rs 150 000 par an. Qui plus est, garanti par le gouvernement. C?est décidé, l?année prochaine, la s?ur de Nita intégrera cette école privée en contractant un prêt de Rs 50 000. Tandis que le reste des frais sera encouru par ses autres frères et s?urs.
Krishna n?a jamais été convain-cu par le régime « paracetamol » auquel l?hôpital public astreint systématiquement sa mère âgée de 65 ans. Voilà pourquoi il lui a fait consulter un médecin du privé pour ses problèmes de diabète et cardiaques, en réglant lui-même la note. Mais la facture est salée et se monte à près de Rs 1 400 par mois.
Toutefois, avec l?annulation de la taxe sur la valeur ajoutée sur les produits pharmaceutiques, Krishna respire un peu. Il prévoit, en effet, de faire une économie de Rs 210 par mois. Presque de quoi se payer une bouteille de gaz !
Bien que portant une attention particulière à sa famille, le jeune couple tient à concrétiser un projet important : la construction d?une maison. Voilà pourquoi les conjoints s?intéressent à un plan logement que le gouvernement compte mettre en place pour le financement de maisons pour les couples à revenus moyens. Ce plan permettra un échelonnement de la dette sur 35 ans, tout en subventionnant les premiers remboursements afin que le couple ne dépense pas plus de 35 % de son revenu à rembourser sa dette.
Cette solution flexible amène Krishna et Nita à envisager la possibilité d?avoir leur premier enfant, synonyme de dépenses additionnelles, dans le même temps. Et ce, grâce à la souplesse que leur offre le plan de financement que le gouvernement compte mettre en place.
Coût d?une maison en baisse</B>
Mais la priorité de l?heure reste la maison. À ce sujet, le budget 2008-2009 a inspiré Nita et Krishna. Déjà, les premiers renseignements pris auprès d?un entrepreneur en bâtiment du quartier sont encourageants. En effet, le couple apprend qu?avec la baisse des droits de douane sur le carrelage, la peinture, les équipements électriques et les portes, fenêtres et autres volets en aluminium, notamment, le coût de la construction de la maison pourrait baisser de 5 % ou 7 %. Une économie toujours bonne à prendre par des temps où les prix du ciment ou du fer restent désespérément orientés à la hausse.
Déjà, Krishna et Nita entrevoient d?autres économies dans la construction de leur demeure. Pour l?heure, dans la maison qu?ils louent, ils utilisent un chauffe-eau électrique?qui plombe considérablement la facture du CEB. Mais c?est décidé, pour leur nid douillet, ils opteront pour le solaire. Krishna avait récemment demandé un devis à une entreprise commercialisant des chauffe-eau de ce type. Avec ce budget, ils apprennent avec plaisir qu?ils n?auront à débourser que Rs 15 000 pour cet équipement. En fait, son prix est de Rs 25 000.
Mais grâce au plan de financement du Maurice île Durable Fund, le couple pourra bénéficier d?un don de Rs 10 000 de l?État pour financer cet achat. La facture d?électricité mensuelle du couple dépasse Rs 1 000.
En s?équipant de ce chauffe-eau solaire et en achetant des ampoules économiques à moitié prix, commandées par le gouvernement, Nita et Krishna comptent réduire de moitié la facture d?électricité.
Toutefois, ils ne se contentent pas de faire des plans sur le moyen et le long terme. La perte du pouvoir d?achat, ils l?ont ressentie durant l?année écoulée. Bien que n?étant pas si mal lotis que ça, Nita et Krishna ont toutefois constaté que le chariot au supermarché avait tendance à se remplir de moins en moins au fil des mois. C?est donc avec soulagement qu?ils accueillent la série de baisses ? ou l?enlèvement dans certains cas ? des droits de douane sur plusieurs catégories de produits de grande consommation.
Les effets de la croissance</B>
Krishna, dont le cousin travaille au service d?achat d?une chaîne de supermarchés, lui explique qu?après la baisse ou l?enlèvement des droits de douane sur des conserves, le poulet, les biscuits, les jus, les grains secs, détergents, savons, et les produits cosmétiques, le prix de son caddy à la caisse devrait baisser d?environ 5 %. Ou même un peu plus, si la chaîne se décide de répercuter entièrement les baisses de droits de douane aux consommateurs?sans gonfler ses marges.
Nita et Krishna respirent. Ils ressentent enfin les effets de la croissance : les milliards investis aux quatre coins du pays, le boom dans le secteur hôtelier, le redressement de l?industrie textile. Tous ces développements de l?économie ont fini par profiter, enfin, à tout un chacun?et pas qu?aux patrons.
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