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«Le privé n?a pas à suivre le public pour réviser les salaires»

7 juin 2008, 00:00

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Vous qui pensez que la fonction publique est inefficace, que pensez-vous du rapport du «Pay Research Bureau» (PRB) ?

Le rapport contient deux choses ? les augmentations de salaires et les conditions de services dorénavant liés à la performance et d?autres notions. Du côté salaire, je crois qu?effectivement certains salaires étaient restés à la traîne dans la fonction publique et ce rapport du PRB est plutôt une bonne chose. Sur l?aspect qualitatif, si on peut faire évoluer la fonction publique un peu dans le même sens que le privé ? avec des objectifs, des mesures de performance, de responsabilisation, c?est aussi une bonne chose.

Qu?est-ce qui manque ?

Peut-être que ce qui manque un peu ? et là je reconnais que partout c?est assez difficile à faire- c?est qu?il aurait fallu restructurer le secteur public. Et voir à quel endroit des services publics ou des entités publiques on pourrait réduire le nombre d?employés. Parce que l?idée éventuellement serait d?avoir moins d?employés de l?état mais mieux payés, mieux formés et plus efficaces.

Mais, avec les nouvelles conditions, le secteur public devient encore plus attrayant ?

Exactement. Mais je trouve quand même que, quand on cherche un travail, ce ne devrait pas être seulement le salaire qui compte mais aussi l?intérêt du travail. Si c?est pour être assis à faire des choses peu intéressantes, ce n?est pas très attrayant.

C?est votre impression de la fonction publique, que ce n?est pas intéressant ?

Le problème est là. Dès qu?on parle des fonctionnaires, on a tendance à tout généraliser. Les mettre tous au même niveau et dans le même panier. Alors les 37 % peuvent paraître trop ! Mais tous ne sont pas que des fainéants et je dois dire que c?est une image un peu fausse parce que je sais, pour les avoir rencontrés, qu?il y a des fonctionnaires remarquables, consciencieux, dévoués qui font tout pour aider. Et ils sont quand même nombreux et c?est dommage que l?image donnée par les autres soit si mauvaise.

Le quantum de l?augmentation vous a-t-il étonné ?

Pas vraiment parce que si on considère l?inflation sur cinq ans, vous n?êtes pas loin de 30 %. Cette année on aura 10 % d?inflation et l?an dernier, nous n?en étions pas loin. Si vous multipliez par cinq et accumulez, vous n?êtes pas loin de 30 à 40 % sur cinq ans.

Mais l?état a-t-il les moyens de payer ces salaires ?

C?est la grande question parce qu?on a estimé que cela coûterait Rs 5 milliards. C?est beaucoup quand on sait que les frais récurrents de l?état sont de Rs 44 milliards. Rs 5 milliards c?est un gros morceau ? plus de 10 % ? et il faut trouver l?argent. Mais d?autre part, l?état s?est piégé parce que, si au lieu d?un rapport PRB tous les cinq ans, on le faisait tous les ans, on aurait peut-être pu mieux assimiler cela. Le système de tous les cinq ans est une grossière erreur parce qu?il oblige à le faire d?un coup et il faut trouver Rs 5 milliards. Ceci dit, je pense que dans le budget il y aura certaines mesures qui aideront peut-être à comprendre comment on va financer ça. Je pense que c?est dans le domaine fiscal qu?on va trouver de l?argent parce qu?au niveau de la fraude fiscale, l?état perdrait près de Rs 4 milliards et j?ai compris qu?avec les progrès faits à la douane et la Mauritius Revenue Authority (MRA), on a déjà récupéré Rs 2 milliards. C?est peut-être là qu?on trouvera cet argent. Avec une hausse des prix, les recettes de la TVA augmentent aussi. Et le ministre des Finances aura peut-être d?autres idées.

Ce rapport a créé un sentiment de frustration chez beaucoup d?employés du privé. Pensez-vous que c?est justifié ?

Non, je n?ai pas vraiment ressenti ça. (Hésitations?) C?est vrai que l?impression dans le secteur privé est que les fonctionnaires ne font rien alors pourquoi augmente-t-on leurs salaires ? Sinon je ne pense pas que ce sentiment est généralisé parce que dans les entreprises privées ? pas toutes mais dans l?ensemble ? on a évolué vers une rémunération liée à la performance et les employés compétents dans ces entreprises en ont grandement bénéficié.

Enfin, dépendant où ils sont dans la hiérarchie !

Oui. Ceci dit, certaines compagnies comme la nôtre, ont décidé il n?y a pas très longtemps de rehausser le salaire minimum puisque nous avons pensé qu?avec le coût de la vie, on ne pouvait pas le maintenir au même niveau.

Vous pensez que le secteur privé en général va suivre dans cette mouvance ? de rehausser les salaires ?

Le secteur privé n?est pas homogène à ce niveau-là. D?une part, des entreprises textiles emploient beaucoup d?étrangers à des taux très bas et d?autre part, les banques s?arrachent des employés à prix d?or parce qu?il y a un manque et c?est exagéré. Entre les deux, il y a des professions où les gens sont très recherchés donc les prix montent ? par exemple dans l?informatique ou encore la comptabilité où les salaires ont doublé. (Rires?) Il y a trop d?hommes de loi, pas assez d?experts comptables !

Le vrai problème des bas salaires est plutôt pour ceux au bas de l?échelle, non ?

J?imagine que vous parlez des messengers, chauffeurs, etc. dont les salaires sont assez bas ? Rs 6 500, Rs 7 000 ? mais je pense que ce sont des chiffres parfois un peu faussés parce que ce sont des métiers où l?on fait beaucoup d?heures supplémentaires. Finalement certains arrivent à doubler leurs salaires. Mais c?est vrai qu?aujourd?hui avec le coût de la vie, je trouve qu?il y a quand même des salaires inacceptables.

«C?est une image un peu fausse parce que je sais pour les avoir rencontrés, qu?il y a des fonctionnaires remarquables, consciencieux, et dévoués (...)»

Chaque année dans les consultations pour la compensation salariale et une demande de hausse de salaire, le secteur privé parle de productivité et de capacité de payer. N?est-ce pas une excuse pour ne pas payer ?

C?est sûr que, dans le système libéral capitaliste, l?investisseur veut le meilleur rendement. Donc si tout ce qui coûte peut être maintenu au minimum ? salaires, électricité, etc. ? pour augmenter les profits, ça l?arrange. Maintenant certains secteurs ont des marges de profit très faibles. Je pense notamment au textile où, quand on a payé tous les frais, la marge n?est pas énorme. Il suffit que vous augmentiez de 10 % les salaires pour que d?un coup, il n?y ait plus de profit. Certaines compagnies sont toujours un peu justes. Voyez avec le textile, il suffit que la roupie remonte un peu pour que certains qui étaient profitables hier, deviennent perdants. Cela justifie le fait que certains disent que dans leur secteur, on ne pourra pas donner plus qu?une certaine somme.

Mais ces entreprises qui dépendent de la main-d??uvre bon marché sont-elles viables ?

On se pose la question à moyen terme, de savoir si ces entreprises ont un avenir. Peut-être qu?il y a des phases du développement qu?il faut passer ? on commence à faire du textile pas cher avec des gens qui ne coûtent pas chers ; après quand les gens demandent des augmentations, on augmente et alors on ne peut plus faire ce produit-là et il faut passer à un autre produit plus évolué. Peut-être qu?avec les hausses de salaires et l?évolution de la roupie, Maurice devra peut-être abandonner certains secteurs économiques.

Avons-nous des difficultés à faire cette transition-là ?

C?est très délicat parce que (Rires?) le patron d?entreprise qui est a priori un monstre sanguinaire, intéressé par les seuls profits va mettre tout le monde dehors ! (Rires?) La réalité c?est qu?il est probablement soucieux de ne pas tous les jours avoir des employés qui viennent travailler en mourant de faim ; si on est seul à gagner des milliards en vendant des produits que personne ne peut acheter parce qu?il n?y a pas d?argent, ça ne durera pas.

A moins que l?on n?exporte ces produits à d?autres qui eux ont de l?argent !

Oui. Mais si les ouvriers ne sont pas nourris le matin, ils ne seront pas efficients ! Je crois qu?on est obligé de reconnaître que la plupart des chefs d?entreprises sont quand même conscients du problème ; ils doivent se sentir concernés par les problèmes sociaux.

Donc ils devraient réviser les salaires de leurs employés comme le gouvernement ?

Normalement ils ne devraient pas avoir à suivre parce que le PRB concerne le secteur public mais c?est vrai que chaque année en juillet, il y a une tradition ici pour que les salaires soient revus. Ce qui va se passer, je pense, c?est ce qui s?est passé l?année dernière ? certaines entreprises vont donner plus que l?augmentation recommandée.

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