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Le théâtre dans la peau

7 juin 2008, 00:00

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Le théâtre dans la peau

Sarah, 19 ans, cadette de Thierry et Grace Li Wai Suen, propriétaires du magasin Petronic à la rue Jummah Mosque à Port-Louis, est une farceuse. Il en va de même pour ses amies. Si bien que lorsque nous lui téléphonons pour solliciter un rendez-vous, elle accepte en étant persuadée que l?appel provient d?amies lui jouant un tour. Pour vérifier et confirmer qu?il s?agit bien d?un entretien de presse, elle envoie Grace, sa mère, aux nouvelles. Une fois rassurée, Sarah se confond en excuses.

Depuis que la jeune fille est en maternelle, elle aime les jeux de rôles. Elle se souvient avoir joué dans un mini sketch alors qu?elle n?avait que cinq ans. Oeuvre dans laquelle elle campait le rôle d?une maîtresse d?école. «Je me souviens de la première phrase que je devais dire et qui était : zordi nou pou koz lor tem la famille?», se remémore-t-elle en riant.

Classée 68e à l?examen du Certificate of Primary Education, Sarah fait son entrée au Queen Elizabeth College. Durant son temps libre, elle ne se lasse pas de regarder les dessins animés et autres contes de fées musicaux de Walt Disney. Elle a dû voir Madagascar une vingtaine de fois. Tout comme elle s?est repassé en boucle Shrek, Nemo, «Blanche Neige et les sept nains, entre autres.

Sarah ne renoue avec la comédie qu?en Form IV avec la pièce Le Malade Imaginaire de Molière au programme. «Nous avons décidé de présenter l?acte III au National Drama Festival en langue française. C?était notre façon d?entrer dans le texte.» En parallèle, elle joue dans une autre pièce en anglais et dans l?adaptation française traitant de la corruption où elle campe le rôle d?un homme.

Elle dit n?éprouver aucune difficulté à se mettre dans la peau du sexe opposé. «Il faut perdre les gestes féminins, se convaincre et convaincre qu?on est un homme. J?ai adoré jouer le rôle d?Argan. Je n?ai eu aucun mal à me mettre dans la peau de l?hypocondriaque.»

Si leur adaptation du Malade Imaginaire ne passe pas le cap des préliminaires, Karen Yvon et elle sont surprises d?être convoquées pour recevoir un prix. Karen Yvon se voit décerner le prix du meilleur espoir féminin et Sarah celui de meilleure comédienne dans un second rôle. En Form V et en Upper Six, les élèves du QEC ne sont pas encouragées à prendre part aux activités extra-scolaires pour se concentrer davantage sur leurs études.

«J?espérais ce prix pour Sonu mais pas celui du meilleur scénario pour moi. Quand je pense à mon texte, je le trouve rempli de lacunes. Cela dit, je suis ravie.»

Lorsqu?elle se retrouve en Lower VI, Sarah et Sonu Pawan, son amie, participent à un séminaire résidentiel animé par des fonctionnaires du ministère des Arts et de la Culture. «C?était le temps d?un week-end et nous avons appris bon nombre de choses sur le théâtre et fait des exercices techniques pour la voix, la gestuelle, la respiration.» Elles en sortent si emballées qu?elles se disent qu?elles vont monter une pièce complète, du scénario jusqu?aux décors.

En 2006, ses amies et elle ont l?idée de monter une pièce qui s?intitule Le C?ur Pur, axée sur la corruption. Sarah y joue le rôle principal de Blanche. Elle est si convaincante qu?elle remporte le prix de la meilleure comédienne toujours au National Drama Festival. Sarah se sent alors pousser des ailes. «Cela m?a gonflée de fierté. Pendant une semaine, ma s?ur Tricia m?a appelée meilleure comédienne.» La pièce obtient aussi le deuxième prix pour la mise en scène.

L?an dernier, bien qu?elle soit en Upper Six, elle et ses amies n?hésitent pas à coacher les élèves de Lower VI qui vont participer au National Drama Festival. Et une fois qu?elles ont terminé les examens où Sarah se classe sixième après les lauréates, elles décident de monter une pièce.

«Mes amies et moi étions en train de visionner des DVD de Walt Disney et nous nous sommes dit que ce serait une super idée d?adapter un conte de fées musical au théâtre.» Aussitôt dit, aussitôt Sarah s?y met. Comme le casting doit être réduit à cinq comédiens, elle écrit un conte s?inspirant de tous les dessins animés et contes musicaux de Walt Disney. Il est question d?une princesse projetée dans le monde moderne par la faute d?une méchante sorcière qui va jusqu?à contrarier l?histoire d?amour qui se noue entre la princesse et un roturier. «Au début, je peinais pour écrire. J?ai dû visionner à nouveau mes DVD pour m?imprégner du climat du conte de fées. Cela m?a facilité la tâche par la suite.»

Comme il s?agit d?un conte de fées musical qu?elle intitule Once upon a time, elle sélectionne cinq chansons des bandes dessinées de Walt Disney et deux chansons, une d?Elton John et l?autre de Mika.

Sonu Pawan sera la princesse. Comme il leur faut un vrai garçon pour incarner le roturier, Karen Yvon fait appel à Bertrand Marimootoo, son ami d?enfance, qui est chanteur-musicien. Ludovic Chamary les accompagne aux claviers.

Les répétitions démarrent à la mi-avril et ont lieu chez Sarah à Coromandel, chez Karen Yvon à Quatre-Bornes et parfois dans le hall du Loong See Tong Society à Port-Louis. Sarah qui dirige les acteurs tout en jouant le rôle de la méchante sorcière, se dit très exigeante. «Sachant que Bertrand n?avait pas l?habitude de jouer la comédie, de même qu?une autre amie, Meryl Lai Kong Ling, je n?arrêtais pas de les exhorter à parler plus fort et à se départir des tics qu?ils pouvaient avoir. Je les ai vraiment poussés pour qu?ils donnent le meilleur d?eux-mêmes.» Le fait inédit est que Sarah les encourage à improviser s?ils oublient leurs textes. «Mais il fallait que cela paraisse naturel.» Il y a eu certes des coups de gueule aux répétitions, précise la jeune fille, mais «c?était surtout amusant».

Si au départ, elle soumet One comme nom de sa troupe, elle se ravise en discutant avec la troupe. Ils tombent d?accord pour le nom Sparkle. La troupe fait partie des trois équipes qualifiées pour la finale. Et le verdict vient confirmer leur talent. Leur pièce prend la première place sur le podium, car Sonu Pawan obtient le prix de la meilleure comédienne, Bertrand Marimootoo celui de meilleur comédien, Meryl un prix spécial du jury et Sarah les trois prix sus-mentionnés. «J?espérais ce prix pour Sonu mais pas celui du meilleur scénario pour moi. Car quand je pense à mon texte, je le trouve rempli de lacunes. Cela dit, je suis ravie.»

Elle dédie ses prix aux cinq comédiens de Sparkle mais aussi aux cinq autres personnes qui ont ?uvré derrière les rideaux. «Chacun a apporté sa part pour faire de la pièce un succès et je les en remercie.»

Sarah est triste quelque part car la troupe s?est dispersée, ses amies devant partir à l?étranger poursuivre des études supérieures. De son côté, elle attend des réponses de l?université de Singapour où elle veut étudier pour obtenir une licence en art et sciences sociales.

Que va-t-il advenir du théâtre dans sa vie ? «Nous nous sommes donné rendez-vous dans dix ans.». Le chanteur Patrick Bruel n?aurait pas dit mieux?

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