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Sainte Ursule répond à une requête flacquoise
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Sainte Ursule répond à une requête flacquoise
A mi lecteur, nous poursuivons, ce matin, nos réminiscences d?un article fort documenté de Noël Koowaree sur l?histoire de Centre de Flacq (voir l?express d?hier). Nous en étions au potentiel fort prometteur de cette localité, plus particulièrement en matière agro-industrielle et commerciale quand des notables catholiques se rendent compte, à la fin du XIXe siècle, que leur localité ne possède pas de lieu de culte et qu?ils doivent se rendre à Saint-Julien, à Bel Air-Rivière Sèche ou encore au Poste de Flacq pour remplir leurs devoirs dominicaux. Une délégation catholique flacquoise se rend donc auprès de l?évêque de Port-Louis d?alors, Mrg Léon Meurin, anti-franc-maçon notoire et même affabulateur, pour lui signaler cette incongruité.
Le quartier de Flacq est assez populeux pour devenir paroisse catholique (à Saint Julien et en 1773) en même temps que Moka (Saint-Pierre) mais après Pamplemousses (1743) et Port-Louis et Vieux Grand Port (1722). Mais Saint-Julien n?est pas Centre de Flacq même si cette paroisse l?englobe au départ. Vient ensuite l?apostolat exemplaire et méritoire du premier prêtre mauricien, l?abbé Hippolyte Déroullede. D?abord chouchouté par le vicaire apostolique, Mgr Slater, il tombe mystérieusement en disgrâce et est exilé à Flacq. Il consacre sa fortune personnelle à construire plusieurs chapelles, notamment à Trois Ilots (1832), Trou-d?Eau-Douce (1833), Quatre-Cocos (1831), Poste-de-Flacq (1831) mais aussi à Poudre d?Or (1832), à Rivière-Sèche (1835). Il regroupe les esclaves dans ses chapelles pour les catéchiser, après avoir fait de même avec eux, comme avec les Indiens libres, à la Plaine-Verte. Il les catéchisait en créole mais prêchait en français ou en anglais (à l?intention des soldats irlandais casernés au Poste de Flacq). Il crée aussi des écoles pour les enfants d?esclaves. Il meurt le 31 janvier 1838, à 50 ans. Visiblement, il ignore Centre-de-Flacq qui n?existe pas encore d?ailleurs.
C?est donc en novembre 1890 que la délégation catholique flacquoise frappe à la porte de l?évêque de Port Louis : «Mgr Meurin, nous voulons une église au Centre-de- Flacq». Elle n?arrive pas les mains vides car M. Edmond Baschet offre le terrain pour construire ce lieu de culte. Mgr Meurin acquiesce et propose même les plans d?une chapelle qu?il avait fait construire à Bombay quand il était évêque de cette ville.
En mars 1891, on pose la première pierre. La construction dure moins d?un an et l?on procède à sa bénédiction et à son inauguration en mars 1892. Le desservant de l?église paroissiale voisine de Saint-Julien vient y célébrer la messe deux fois par semaine. La chapelle est placée sous le vocable de sainte Ursule.
Pourquoi Ursule ? Les voies du Seigneur sont impénétrables. Autant essayer de comprendre pourquoi Camp Levieux a droit à sainte Odile, abbesse née en 660 et décédée en 720, aveugle de naissance, guérie le jour de son baptême, fondatrice d?un monastère à Hohenburg et patronne de l?Alsace, ou encore pour quelle raison attribue-t-on les Noces de Cana aux fidèles de la Rivière du Rempart ? La boule de gomme, généralement associée au mystère, s?épaissit encore au sujet de sainte Ursule. L?on sait seulement avec quelque certitude par une inscription du IVe siècle que la ville allemande de Cologne possédait une basilique où l?on vénérait des vierges martyres. Au IXe siècle, s?y établit un monastère de religieuses et l?on commence à parler de onze vierges martyres. Un siècle plus tard, la légende place Ursule à la tête de ces vierges martyres dont le nombre est sujet à un effet inflationniste galopant pour atteindre le chiffre de 11 000. Elle (la légende) fait d?Ursule la fille d?un roi d?Angleterre, venue sur le continent européen pour faire un pèlerinage à Rome et épouser un prince païen. Onze mille vierges converties l?accompagnent. Les Huns, qui assiègent alors Cologne, la tuent ainsi que ses 11 000 accompagnatrices parce qu?elle refuse d?épouser leur chef. Le calendrier liturgique romain exclut désormais sa fête pourtant fixée au 21 octobre. Cet épais mystère n?empêche toutefois pas Constant Baschet de placer une statue de la sainte dans une niche au fronton de l?église, ni le Dr Georges Baschet d?offrir au curé de Sainte-Ursule, en mai 1923, le chanoine Luigi Fresia, un tableau de sainte Ursule dû aux pinceaux de Sérendat de Belzim.
Le 21 septembre 1897, Sainte-Ursule devient une paroisse indépendante de Saint-Julien. Elle a juridiction sur Quatre-Cocos et Poste-de-Flacq. Dès l?année suivante, son premier curé, le Père Joseph Guyot, agrandit de moitié la chapelle de 1892. Il recule le sanctuaire et élargit l?église par l?ajout de deux bras de croix. Lewis Michel, propriétaire de l?établissement de Bras d?Eau fait don d?une cloche. Le Père Fresia ajoute la sacristie, en 1923, et confie le pavage de la grande nef à un entrepreneur flacquois.
Nos réminiscences de demain, ami lecteur, honoreront la mémoire de Renganaden Seeneevassen, dont nous devons célébrer aujourd?hui le 50e anniversaire de son décès.
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