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Un tribun au grand c?ur

5 juin 2008, 00:00

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Renganaden Seeneevassen, dont l?effigie figure sur le billet de Rs 100, est né en 1910. Il est l?avant-dernier de dix enfants Seeneevassen et sa famille est modeste. Il fait ses études primaires dans une école gérée par la Young Men?s Hindu Association. Il perd son père alors qu?il n?a que 10 ans.

Conscient de l?importance des études, il entame sa scolarité secondaire à l?école d?Arsenal. Montrant des signes d?une intelligence vive, il est admis au Collège Royal de Curepipe où il obtient de remarquables résultats en anglais. Il décide de devenir enseignant et est admis dans un collège. Là, il se heurte à une certaine forme de racisme.

Détestant l?injustice, il décide qu?il va tout faire pour poursuivre des études d?avocat. Il parvient à faire des économies en donnant des leçons particulières. Il part pour Londres et étudie le droit à la London School of Economics. Diplômé, il regagne Maurice où, quelque temps plus tard, il épouse Grâce Brebner, qui va lui donner trois enfants, Sarojini, qui est aujourd?hui conseillère au ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche, Rajen, restaurateur et propriétaire du restaurant Happy Rajah à Grand-Baie et Kriesen, fonctionnaire en droit et en finances en Australie.

<I>«Il insufflait la foi dans le c?ur des partisans. Bien qu?il fût un penseur, un intellectuel, il savait se mettre à la portée de l?homme de la rue?»</I>

Au barreau, Renganaden Seeneevassen se distingue par une approche analytique brillante. Ses clients l?adorent du fait que pour lui, les considérations financières sont reléguées au second plan à la faveur de l?aspect humain. Il fait de la politique active et devient conseiller municipal en 1946. En 1947, il est nommé membre du conseil législatif. Un an plus tard, il est élu à Port-Louis sur la liste des candidats indépendants.

Il finit par intégrer le Parti travailliste (PTr)qui milite pour une révision de la Constitution, une représentation des classes laborieuses au conseil législatif, pour le droit de se syndiquer, pour de meilleures conditions d?emploi et pour un système d?allocation de chômage.Socialement, Renganaden Seeneevassen se distingue grâce à l?aide financière qu?il accorde aux familles pauvres souhaitant donner la meilleure éducation à leurs enfants.

C?est ainsi qu?il prend sous son aile protectrice Guy Narainsamy, aujourd?hui âgé de 77 ans, «fidèle lieutenant» de Guy Rozemont, qui est désemparé à la mort de ce dernier. Le jour des funérailles de Rozemont, Guy Narainsamy qui a à l?époque une vingtaine d?années, marche derrière le cercueil du défunt. Il a à ses côtés feu l?avocat Baby Venchard et Renganaden Seeneevassen. «Tous les lieutenants de Rozemont étaient comme des guêpes dont on avait brûlé le nid. A un moment donné, Seeneevassen m?a dit : eta piti, pran to bann kamarad e vinn lakaz dimanche.» Guy Narainsamy et ses amis se rendent effectivement chez le tribun qui habite à l?époque à l?angle des rues Ternay et Labourdonnais.

Renganaden Seeneevassen les exhorte à continuer à s?occuper des bases du parti et à coller des affiches. Sir Seewoosagur Ramgoolam est également présent ce jour-là. Les partisans acceptent et lorsqu?ils s?apprêtent à se retirer, l?avocat retient Guy Narainsamy. «Il disait ne pas comprendre le pourquoi de mon côté rebelle. Il me comparait à de la dynamite. J?avais un trop plein d?énergie qu?il fallait canaliser. Il m?a interrogé sur mes antécédents familiaux, m?a dit que j?avais une intelligence qu?il fallait développer et qu?à partir de ce jour-là, il allait me prendre en charge.»

C?est ainsi que tous les dimanches, Guy Narainsamy se rend chez celui qu?il appellera toujours Monsieur Seeneevassen. Ce dernier lui enseigne les mathématiques, l?anglais, la culture indienne, l?initie à la musique classique, à la peinture. Cet «encadrement» particulier dure sept à huit ans. «C?était mon père adoptif. C?était le c?ur qui parlait. Même absent, il est toujours présent dans mon c?ur et à jamais dans mon esprit. Il n?y a pas un jour de ma vie qui passe sans que je ne pense à lui», confie Guy Narainsamy, les yeux embués.

En tant que partisan du PTr, Guy Narainsamy apprend aussi beaucoup de son mentor. «Il insufflait la foi dans le c?ur des partisans. Bien qu?il fût un penseur, un intellectuel, il savait se mettre à la portée de l?homme de la rue, parler son langage et comprendre sa misère. Il nous insufflait le goût de la lutte et celle de l?honnêteté dans la lutte. Et puis, ce qui était merveilleux avec lui, est qu?il respectait ses adversaires et ne donnait jamais dans l?insulte.»

«C?était mon père adoptif. C?était le c?ur qui parlait. Même absent, il est toujours présent dans mon c?ur».</I>

S?il avait besoin de résumer le rôle joué par Renganaden Seeneevassen au sein du PTr, Guy Narainsamy fait appel à une image sportive. «Pensez à un relais 4x4. Le premier coureur a été le Dr Maurice Curé qui a parcouru les premiers 200 mètres. Rozemont a pris le relais. Le témoin a ensuite été passé à Seeneevassen qui a fait le plus gros du travail pour que le quatrième coureur, en l?occurrence le Dr Seewoosagur Ramgoolam, puisse l?emporter.» Une des plus grandes leçons que notre interlocuteur dit avoir retenue de Renganaden Seeneevassen est «d?être toujours serviable mais jamais servile».

Guy Narainsamy estime que le destin de Renganaden Seeneevassen n?a pas joué en sa faveur. «Son karma n?était pas bon. Ce qui fait qu?il n?a jamais pu profiter des fruits de son travail. Je pense au moment où nous luttions pour obtenir le droit de vote. Nous gagnons une élection à la mairie de Port-Louis et nous voulions que Seeneevassen devienne Lord-maire. Il a refusé et l?a proposé à sir Seewoosagur Ramgoolam. Tout comme lorsqu?il a lutté pour que la General Port Harbour Workers Union ait une reconnaissance, lorsque ce fut fait, des grands messieurs du PTr qui sont restés les bras croisés, ont pris la parole et ont tiré le drap à eux. Je trouvais cela inacceptable et l?ai dit à Seeneevassen. Il a répondu : piti, travay la inn fini fer. To kontan, mo kontan, sa ki konte.»

Les honneurs de ce monde n?avaient pas de prise sur lui. Ainsi, même lorsqu?il occupait les fonctions de Liaison Officer à l?Education, Renganaden Seeneevassen, «n?a jamais changé d?attitude d?un iota. Pour lui, le devoir était le devoir».

Guy Narainsamy n?est pas étonné que Renganaden Seeneevassen soit mort si jeune, soit à 48 ans, alors qu?il occupait encore ses fonctions ministérielles. «Il fumait et buvait beaucoup de café.» C?est notre interlocuteur qui s?est chargé de son dernier bain rituel, qui a fait construire en signe de gratitude un monument à sa mémoire à Vallée-des-Prêtres et qui est à la base de la cérémonie commémorative annuelle à son égard depuis plusieurs années. «Des hommes d?un tel calibre on n?en trouve pas tous les jours?»

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