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Designer, métier tout désigné

3 juin 2008, 00:00

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Elle préfère les hommes. Alterner pour eux, la couleur des chemises, la longueur des bermudas. Court ou long, pour habiller des jambes musclées. Chercher le coloris, le motif qui les fera craquer. Cela fait 22 ans que Marie-Laurence Lenoir dessine des modèles pour The Spot, marque mauricienne de surf wear.

Elle ne s?en cache absolument pas. D?ailleurs, pourquoi le devrait-elle ? Son histoire, c?est celle d?une belle réussite. «Je n?ai aucun diplôme.» Les cours de stylisme, elle n?en a jamais fréquenté.

Pour Giovanni Paul, responsable du département design de la marque Liquid (Techno Lab Wear), «le diplôme, c?est juste un bout de papier. C?est après l?école de design que le vrai travail commence». Autodidacte lui-même, il précise que «quand j?ai commencé, il n?y avait pas toutes ces formations localement».

Ce qui n?empêche pas Marie-Laurence Lenoir de dire que, «c?est une bonne chose», quand on lui parle de la loi qui a été votée, mardi dernier, au Parlement. Soit le Fashion and Design Institute Act, qui a pour objectif la fusion des School of Design de l?Industrial and Vocational Training Board (IVTB), de l?université de Maurice et le centre de design d?Enterprise Mauritius.

Formés sur le tas</B>

Alors que la formation dans ce secteur se structure davantage, une autre réalité émerge. Celles des marques locales qui, un jour, ont tout simplement donné leur chance à des gens formés sur le tas.

La marque au palmier, elle, a fleuri à Grand-Baie et Curepipe. «Réinventant à sa manière le t-shirt.» Au début des années 80, Marie-Laurence Lenoir cumule deux postes : ouvreuse dans une boîte de nuit et vendeuse à la boutique du Royal Palm.

Quand le business l?appelle, elle empruntera Rs 10 000 à sa banque, une fortune en 1986. Marie-Laurence commence par dessiner des chemises. A acheter des boutons, par dix, douze dans une mercerie à la rue La Corderie. A arrimer ses rouleaux de tissus sur sa mobylette, faisant le trajet de Grand-Baie à Cap-Malheureux pour les livrer au tailleur qui réalise ses modèles.

Le coup de pouce viendra de sa belle-s?ur, Sue Lenoir, qui a créé The Spot vers 1982, avec Danielle Paturau. Ce sont les patronnes. Qui disent oui ou non à tel ou tel design.

<B>«Question d?intuition»</B>

Question de feeling. Un peu psychologue, sans doute un peu risque-tout, Marie-Laurence, qui a commencé par faire des robes de poupées, évolue au gré des saisons. «En fait, je ne sais pas pourquoi un modèle marchera plus qu?un autre.» Bien sûr, cela lui est arrivé d?essuyer des revers. «Heureusement pas trop souvent.»

Exemple d?un modèle standard et populaire, la chemise à hibiscus. Un motif qui, il y a 20 ans, était déjà à la mode. Qui n?a jamais vraiment été remisé. Qui est revenu en force ces cinq dernières années. Qu?elle porte elle-même ces jours-ci.

«C?est une question d?intuition», répond Marie-Laurence Lenoir quand on l?interroge sur ses techniques pour anticiper les goûts et les tendances. Son point de départ : les couleurs primaires, «basiques» pour ceux «qui n?aiment pas ce qui est trop voyant». Sur lesquelles viennent se greffer l?orange, le turquoise, le rose. Des «couleurs vives pour être dans le coup, qui font vacances, qui vous mettent de bonne humeur». Et parce que les femmes sont plus «chichiteuses», que les hommes sont «plus faciles à contenter», elle préfère habiller la clientèle masculine. Avec des modèles fabriqués en séries de 20 à 50.

«Nous misons surtout sur la qualité. Il y a des clients qui reviennent après quelques années, qui disent qu?ils portent un t-shirt depuis longtemps, qu?à force, ils ont presque envie de le jeter, mais qu?il est encore bon.»

Marie-Laurence Lenoir concède cependant que «les conditions ont changé. On demande plus souvent des qualifications aux jeunes avant de les embaucher». Designer désormais fournisseur unique au service de The Spot, Marie-Laurence n?est pas de celles qui s?enferment dans leur atelier ou studio de créations. Par choix, elle est aussi devenue l?unique vendeuse de la boutique de Grand-Baie, depuis une quinzaine d?années.

Ce qui lui laisse tout de même le loisir de renouveler les collections à Pâques, en décembre et en juillet. Mais aussi de voyager. D?aller se ressourcer, s?inspirer du côté de Singapour ou de New York.

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