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Presse-pouvoir : Dialogue à rétablir !
À Maurice ou ailleurs, que le pouvoir et la presse (reconnue comme un contre-pouvoir) croisent le fer, ce n?est plus du « news » ! N?empêche que l?avocat australo-britannique Geoffrey Robertson a dû mesurer le taux de méfiance et d?hostilité entre certains politiciens et journalistes mauriciens.
Et dix ans avant lui, son compatrio-te, Ken Morgan, avait fait le même constat et avait proposé une « Press Complaints Commission » pour dé-canter la situation. Mais les experts internationaux passent, les rapports locaux se tassent.
La tension entre politiciens et journalistes, comme des chiens de faïen-ce, demeure permanente. Des deux côtés, les mêmes arguments, sous forme d?invectives, sont lancés « ad infinitum »? Dans la presse, certains blasés disent que c?est banal et ils passent dessus car pareille actualité chasse vite une autre. D?autres, par positionnement idéologique, ou ponctuellement, disent : tant mieux si les couteaux sont tirés, car c?est la preu-ve vivante que la presse indépendante n?est pas aux ordres de l?hôtel du gouvernement ! Enfin, il y a aussi des journalistes réactionnaires, dont beaucoup qui gardent en mémoire la triste période de censure aux Ca-sernes centrales, qui sont devenus des extrémistes de la liberté d?expression. Ceux-là rejettent toute forme de régulation déontologique, imposée ou pas, arguant, entre au-tres, que la loi fait déjà provision pour les délits de presse. Et ils font, de par leur posture non consensuelle, capoter toute tentative de régulation essayée jusqu?ici? Tout cela, pour dire que, contrairement à ce qu?on veut faire accroire, la presse n?est nullement un monolithe !
Chez les politiciens aussi, le compor-tement vis-à-vis des journaux est à géométrie variable. Si la mission du journaliste devrait être au service des citoyens en leur fournissant une information « vérifiée, exacte et im-partiale », l?agenda du politicien n?est pas du tout le même. Mais il y a aussi des fois où les agendas convergent çà et là. Les retournements de veste sont légion. Bref, il serait simpliste de ne voir qu?une dichotomie dans le permanent conflit presse-pouvoir.
Le journaliste, en principe, fait de l?information et ce, dans les limites du possible et le politicien fait de la communication, pour être populaire, visible quand cela l?arrange, discret quand il le faut. Tout dernièrement, la confusion autour du dossier du Morne à l?Unesco a démontré à tous ? et au Premier ministre en particulier ? qu?il est facile de se tromper en toute bonne foi. D?où ce besoin constant de se remettre en question, peu importe le rôle qu?on joue dans la société.
« Errare humanum est »? Oui, l?erreur est humaine, et les journalistes doivent être les premiers à le re-connaître en toute modestie. Mais l?adage en latin ajoute ceci : « perseverare diabolicum », c?est-à-dire persévérer dans l?erreur est diabolique. Machiavélique, même.
L?histoire nous démontre que souvent dans ce genre d?affrontement qui s?enlise, les interlocuteurs refusent de franchir la barrière du dialogue. Dans le conflit presse-pouvoir, on ne peut que regretter ce refus systématique de céder un pouce du pouvoir ? que ce soit en termes d?autorégu-lation ou d?accès à l?information.
Et dans ce duel, outre l?image du pays sur le plan international, ce sont les lecteurs-citoyens qui s?en retrouvent pénalisés, car amputés d?une instance d?appel, peu importe la forme (ombudsman, conseil de presse, etc.), contre les écrits journalistiques. Ils doivent alors recourir à la justice qui coûte si cher et qui est aussi embouteillée que Port-Louis ! À ce chapitre, il convient de saluer le travail qu?accomplissent Robert Ahnee, Roukaya Kasenally et Rivaltz Quenette, regroupés au sein de « La Sentinelle Complaints Committee ». Harish Boodhoo en connaît le mode d?emploi?
Voila deux ans que Navin Ramgoolam brandit sa menace pour une « Media Commission ». Si au départ, plus d?une centaine de journalistes s?était mobilisée pour le court-circuiter ? et deux associations ont été créées ? aujourd?hui, c?est triste de constater que notre presse nationale est toujours orpheline d?une instance régulatrice pour l?ensemble de la profession. Pourtant, avec la paralysie orchestrée du « Media Trust », il est devenu évident que les journalistes ne doivent plus compter sur le pouvoir ? qui ne respecte même pas un acte de loi (le « Media Trust Act ») ? pour un quelconque soutien. Ils doivent se prendre en charge.
À deux ans de 2010, l?information à des fins politiques deviendra de plus en plus une arme stratégique de choix. Le pouvoir va lancer son propre journal. Il va continuer à exacerber ses divergences avec la presse.
Ce conflit permanent va encore paralyser nos jeunes journalistes, ceux qui vont prendre la relève demain. N?est-il pas temps d?avoir une discussion franche sans s?invectiver ?
Si au nom de la transparence, on réclame de Nita Deerpalsing de ré-véler à la police le nom du journaliste apparemment corrompu, celle-ci, comme lectrice, a tout à fait le droit de nous demander de faire preu-ve d?« accountability ». Nous avons tous des comptes à rendre.
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