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Le boulot qui attend le fonctionnaire

1 juin 2008, 00:00

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Le boulot qui attend le fonctionnaire

Les fonctionnaires sont euphoriques. L?augmentation moyenne de salaire de 36,9 %, préconisée par le Pay Research Bureau (PRB) y est pour beaucoup. Toutefois, cette augmentation s?inscrit davantage dans une dynamique de modernisation du mode de fonctionnement du service civil. En clair, les fonctionnaires obtiennent un meilleur salaire, mais devront en échange retrousser leurs manches et épouser une nouvelle culture de travail qui attache beaucoup d?importance au concept de « performance » et de « professionnalisme ». Ce qui n?a pas toujours été le cas jusqu?à présent.

Cette nouvelle approche, agrémentée de mesures incitatives, vise à rapprocher le fonctionnement de la fonction publique à celle d?une entreprise privée. Et pour ce faire, le bureau du PRB a établi un cahier des charges ambitieux que les fonctionnaires se feront un devoir d?observer. Objectif affiché : faire de la fonction publique une institution « compétente », « moderne » et « professionnelle ».

L?une des nouveautés réside dans l?introduction du reward appraisal. Le PRB a créé les conditions pour que les fonctionnaires, qui font preuve d?initiatives au-delà des obligations attachées à leur travail, soient proportionnellement récompensés. Ainsi, grâce à ce concept, un fonctionnaire pourrait bénéficier d?augmentations attachées à son poste beaucoup plus tôt. Pour celui dont le salaire aura atteint le plafond, cette récompense pourrait se traduire sous la forme d?un lump sum.

Une petite révolution que voit d?un bon ?il David, un jeune homme dynamique qui se destine à l?enseignement. D?autant qu?il a longtemps hésité à s?engager dans l?enseignement public, craignant de ne pas bénéficier d?une évolution de carrière. Une appréhension que le rapport du PRB est venu balayer d?un revers de main. En tant qu?éducateur dans le primaire, il recevra un salaire mensuel de Rs 9 600 (trainee educator). Une enveloppe qu?il pourrait très rapidement voir grossir grâce à l?évaluation de ses performances.

L?accent sur une formation continue

Toujours dans un souci d?assurer un meilleur service, le rapport du PRB a fait ressortir la nécessité de mettre l?accent sur une formation continue des employés de l?Etat. Notre jeune éducateur, qui fait partie de la catégorie « classe professionnelle », devra donc suivre 60 heures de formation par an. Une formation grâce à laquelle il pourrait, au bout d?un certain temps, être promu à un poste plus important.

Là encore, cette promotion ira de pair avec une obligation de résultat sur laquelle ne transigera pas l?Etat. Un effort qu?est prêt à consentir David qui, au terme d?une carrière bien remplie, pourrait un jour accéder au poste de Chief Technical Officer et ainsi toucher un salaire mensuel de Rs 80 000, selon les indications du rapport PRB de 2008. Mais avant d?en arriver là, il lui faudra encore faire ses preuves.

Autrefois rigides, les conditions de travail connaissent, avec le rapport du PRB, un assouplissement qui pourrait contribuer à améliorer considérablement la performance de certains fonctionnaires. Pour permettre de favoriser la réalisation de cet objectif, le PRB a notamment introduit le « homeworking ». Un concept qui s?appliquera tout particulièrement à des tâches associées à un projet spécifique. Le contrôle s?effectuera en fonction de l?objectif à atteindre et non plus au respect des heures à passer au bureau.

Le service civil entre véritablement dans une nouvelle ère. Le principe archaïque qui interdisait jusqu?à présent le double emploi ne sera bientôt plus qu?un mauvais souvenir. David pourrait, s?il le souhaite, solliciter auprès de son ministère de tutelle un congé sans solde pour lancer sa petite entreprise. Une décision qui a été bien accueillie par les employés de la fonction publique. « Le congé sans solde permet non seulement aux fonctionnaires de s?investir dans un projet personnel, mais agit également comme un filet de protection au cas où son business ne décollerait pas », souligne un haut fonctionnaire, qui ne cache pas sa satisfaction face aux recommandations du PRB. Une condition est toutefois attachée à cet item : les projets de lancements devraient s?effectuer sous l?égide de l?Empowerment Programme pour obtenir un congé sans solde.

Revaloriser certains métiers

Dans son dernier rapport, le PRB a compris qu?il était nécessaire de revaloriser certains métiers s?il voulait mettre fin à l?hémorragie qui touche certains secteurs. Ainsi, une infirmière, fraîchement embauchée, débutera désormais avec un salaire de Rs 12 000, contre Rs 9 800 jusqu?à présent. Un effort qui vise à mettre fin à l?exode des infirmières qui préfèrent mettre le cap sur l?Angleterre, où elles sont très demandées. « Cette revalorisation était nécessaire, car elle nous permettra non seulement de recruter, mais aussi de retenir nos employés », explique-t-on du côté du ministère de la Santé.

Le service clientèle n?a pas toujours été le point fort du service public. Pour preuves, les attitudes parfois « rustres » de certains fonctionnaires ont maintes fois été dénoncées par des membres du public. Le PRB a de ce fait décidé d?y remédier. Il a mis en place un programme d?évaluation. L?objectif sera de s?assurer que les fonctionnaires adoptent un comportement et une attitude qui correspondent aux v?ux de la clientèle. Celle-ci, à n?en point douter, appréciera le geste.

Mais encore faut-il que cette recommandation se traduise dans les faits. Plusieurs mesures ont été préconisées à cet effet. Parmi celles-ci, une technique d?évaluation communément appelée le « Mystery Shopping ».

Des fonctionnaires se feront passer pour des membres du public. Ils noteront tous les faits et gestes du personnel du bureau dans lequel ils se rendront. Ils attacheront une attention particulière au sens du service, à la volonté de répondre à toutes les questions du public et à la prédisposition à le mettre à l?aise. Les notes qu?ils auront prises lors de l?exercice serviront de point de départ pour l?évaluation. Si la situation l?exige, l?examen des points soulevés lors de cette évaluation pourrait éventuellement déboucher sur la formulation des mesures correctives.

L?Etat espère ainsi améliorer l?image du service civil au sein de la population. Une structure sera mise en place pour recueillir l?appréciation du public et la prestation des services offerts par les différents ministères et organismes parapublics. Cette démarche, fait-on comprendre dans les milieux concernés, est essentielle pour consolider, maintenir et réorienter la stratégie choisie. Une réforme en profondeur pour des résultats plus visibles.

Une véritable culture d?entreprise

L?une de ces réformes n?est autre que le système de pension, qui a été revu et corrigé par le rapport du PRB. Les fonctionnaires devront désormais participer à hauteur de 6 % à leur plan de pension. L?âge de la retraite passera, par ailleurs, de 60 à 65 ans. Cependant, un fonctionnaire sera autorisé à partir à la retraite à 60 ans s?il le désire.

Si le PRB a permis aux fonctionnaires de bénéficier d?une confortable augmentation salariale, il exige également qu?ils soient plus performants. Plus qu?une simple directive, c?est une véritable culture d?entreprise que tente d?instaurer le PRB. Une tâche qui s?annonce difficile. Mais déjà, quelques éternels insatisfaits laissent entendre que le rapport du PRB aurait pu être meilleur?

REACTIONS

Avinash Beezadhur, 28 ans, médecin à l?hôpital Jeetoo

« Je trouve le rapport du PRB satisfaisant et la hausse de salaire est très motivante. Nous sommes face à un chiffre assez conséquent, ce qui ne s?est jamais produit auparavant. Le barème actuel se situe entre Rs 30 000 et Rs 50 000, comparé à l?ancien qui était entre Rs 24 000 et Rs 35 000. Nous sommes donc assez contents. Par ailleurs, les allocations aussi ont augmenté, ce qui est doublement avantageux. Personnellement, je pense que cette hausse est une véritable motivation et un encouragement pour persévérer dans le métier. »

Vinod Seegum, président de la « Government Teachers Union »

« Nous continuons de décortiquer le rapport. Toutefois, dans un premier temps, nous sommes satisfaits, car le critère d?ancienneté pour les Deputy Head Teachers est conservé. En revanche, on a enlevé ce critère pour l?accès au poste de Head Master. Du côté du salaire, on bénéficie d?une hausse allant de 20 à 35 %, ça paraît convenable. Toutefois, le rapport a omis de nous aligner sur le salaire des enseignants du secondaire, ce qui n?est pas normal puisque nous avons les mêmes diplômes et nous travaillons autant qu?eux, voire plus. Mais dans l?ensemble, le rapport est plus ou moins acceptable. ».

Anil Balgobin, « General Manager » de la « Mauritius Meat Authority »

« Je n?ai pas eu le temps d?éplucher ni le rapport, ni les conditions, ni même les barèmes. Toutefois, cette augmentation constituera une bonne motivation pour tous les cadres. En effet, cet encouragement contribuera largement au besoin de la productivité. »

Reaz Chuttoo, l?un des porte-parole du « Fron Travayer Sekter Privé »

« Je suis satisfait pour mes camarades fonctionnaires du secteur public. Ils méritent cette augmentation. Toutefois, ce sont les fonctionnaires du secteur privé qui vont en payer les frais.

Je regrette cependant que le rapport du PRB 2008 soit une réévaluation des salaires qui ne va profiter qu?aux cadres et non à ceux qui sont relégués au bas de l?échelle. Par ailleurs, les travailleurs du privé risquent de se sentir persécutés.

Il faudrait une égalité entre tous les travailleurs du pays ! »

Dooky Parufhram, 40 ans, président de la « dispensing branch »

« Je ne suis pas satisfait du rapport du PRB. Il y a environ un an, à la suite d?une réorganisation de notre travail, nous avons augmenté nos heures de travail. Le ministère nous a assuré à ce moment, que le PRB prendrait en compte cette restructuration et que la rémunération de ces heures supplémentaires sera étudié à ce moment. Mais à notre grande surprise, ce rapport ne mentionne à aucun moment cet aspect. De plus, les dispensaires sont à présent ouverts jusqu?à 18 heures au lieu de 16 heures.

Le rapport ne prévoit qu?une compensation de Rs 155 pour ces deux heures supplémentaires de travail, ce qui est dérisoire à nos yeux. Ce n?est pas encourageant pour les officiers. »

Dr Nizam Mohit, président de la « Medical and Health Officer Association »

« Je peux dire que dans le corps des médecins, le salaire a connu une augmentation entre 30 et 33 %. Nous sommes contents de ce que nous avons acquis, mais il y a des requêtes qui n?ont pas été prises en considération. Nous sommes déçus que le poste de Registrar n?a pas été retenu. De plus, avec les salaires, les horaires de travail et allocations, les médecins généralistes ne sont pas gagnants.

Avec le PRB 2008, un nouveau gap s?est créé entre les généralistes et les spécialistes ! »

Rajesh Buldee, président du « Mauritius Trade Union Congress »

« Je suis satisfait concernant les conditions, ainsi que les qualifications énoncées dans le rapport. Il y a plusieurs points positifs dans le rapport du PRB, notamment les incremental credits, les federal benefits; les sick leaves qui sont passés à 110 jours. Mais il y a aussi quelques points négatifs comme le salaire dérisoire des personnes au bas de l?échelle.

Je regrette qu?il n?a pas été fait mention d?un salaire minimum. Par ailleurs, il faudrait qu?il y ait un alignement dans le secteur privé qui est délaissé. »

Noël Joson, 75 ans, professeur retraité

« Pour le moment, je ne sais pas trop ce que le rapport a réservé aux retraités, mais je suis content de savoir qu?on ne nous a pas oubliés. On a pris en compte notre statut et c?est une bonne chose. Avec cette augmentation, les enseignants vont se sentir un peu plus proches de leurs collègues du secondaire, et aussi être reconnus à leur juste valeur. J?espère aussi que cette hausse aura d?autres avantages comme encourager les jeunes enseignants à travailler au sein des établissements publics, car il y a un manque d?effectifs. De plus, les changements d?appellations pour les différents postes sont une bonne chose. Mais outre le bien-être du corps enseignant, c?est avant tout celui des élèves qu?il faut privilégier. »

Propos recueillis par Alexandra Oraison et H. C.

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