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Donner et recevoir

31 mai 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le rapport du «Pay Research Bureau» (PRB), rendu public hier, confirme la responsabilité de l?Etat vis-à-vis de ses employés. Ceux-ci vont bénéficier d?une hausse substantielle de salaires. Ce qui est en soi une bonne chose pour tous les salariés qui ont vu ces dernières années une érosion de leur pouvoir d?achat. Cependant, fait notable dans le rapport de cette année, une transition structurelle est prévue. On y relève, entre autres, des provisions en vue de la prochaine extension de l?âge de la retraite mais aussi des mesures incitatives permettant à des fonctionnaires de tenter l?aventure de l?entrepreneuriat.

Au-delà donc de la hausse des salaires qui vise prioritairement à corriger des anomalies, il y a une volonté d?inscrire les employés des services publics dans une nouvelle logique. Le rapport du PRB réitère les fonctions régaliennes de l?Etat mais il envoie également un signal. La fonction publique n?est pas un pis-aller mais, en contre-partie, elle se doit de s?inscrire dans une autre dynamique qui participe de l?élasticité qui caractérise le monde du travail.

De prime abord, des services essentiels, ceux qui font partie de la sécurité, de l?enseignement ou de la santé publics, méritent une reconnaissance qui passe par un nivellement salarial. Il est tout autant approprié que les fonctionnaires, à la différence des employés du privé, puisse, sur une période donnée, bénéficier des réajustements qui, ailleurs, se font sur une base régulière. Selon un contrat implicite qui garantissait des rémunérations relativement modestes, l?Etat garantissait des privilèges qu?on ne retrouve pas ailleurs. Soit, entre autres, la sécurité d?emploi, la promotion à l?ancienneté, des mesures punitives qui se résumaient à des transferts? Ce sont autant d?éléments qui ont attiré, qui attirent encore de nombreuses personnes vers les services publics.

Aujourd?hui se pose néanmoins la question de savoir si les mêmes conditions doivent prévaloir. Au fond, ce sont le rôle et la fonction de l?Etat qui sont en jeu. Doit-il continuer à être tuteur et patron pour des services qui ne réalisent pas toujours leurs objectifs ? Doit-il continuer à exiger sacrifices et rigueur de tous, tout en se montrant laxiste dès lors qu?il est question de ses services ?

A Maurice, indistinctement des pouvoirs en place, la fonction publique représente une grande faiblesse de la société politique. C?est un tabou auquel on ne touche pas. Alors que dans toutes les économies qui se modernisent, on parle de plus en plus du non remplacement d?une partie des fonctionnaires qui partent à la retraite, à Maurice le débat se résume à savoir comment améliorer des services archaïques voire inopérants. Sans faire le réquisitoire de qui que ce soit, il importe de rappeler que la réforme de l?Etat est le chemin inévitable qui mène à la modernisation de toute la société. C?est un débat qui est occulté. Les pouvoirs successifs tentent, tant bien que mal, de faire avancer le dossier de la réforme de l?Etat subrepticement. Les choses sont rarement faites à découvert. Dans certains cas, il y a des initiatives comme la fermeture de quelques services de l?Etat. Mais bien vite, le pouvoir a dû revenir sur ses décisions. C?est dire le lobby qui est exercé dans le contexte local pour maintenir le statu quo.

Aujourd?hui, des voix vont s?élever pour dire leur satisfaction ou leur réserve à l?égard du rapport «Pay Research Bureau» version 2008. Pour tous ceux qui veulent aller au fond des choses, les préoccupations sont ailleurs. Il ne s?agira pas de savoir si la dernière tranche de cette révision salariale se fera probablement à la veille des prochaines législatives à partir de juillet 2009. Il est encore moins question de faire le procès des politiques pusillanimes. L?essentiel est ailleurs.

Il est dans cette nécessité absolue d?une refonte de l?Etat. On en a parlé. On en parle toujours. Dans un monde qui vertigineusement se redéfinit à chaque innovation technologique, les Etats qui font du surplace condamnent leurs populations à prendre du retard sur d?autres nations.

Il faut toujours se réjouir de ce qui est donné. Mais, en contrepartie, il est tout autant vital de savoir ce qui sera reçu en retour.

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