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Les enfants ensevelis des écoles du Sichuan

17 mai 2008, 00:00

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Devant l?école de briques vertes en partie écroulée, une femme courbée sur le cadavre de son enfant gémit des phrases inaudibles en embrassant la paire de baskets du mort.

A côté d?elle, une autre hurle en agitant les bras. Ailleurs encore, une femme pleure bruyamment dans les bras d?un monsieur muet, immobile et protégé de la bruine sous un parapluie mauve. Deux hommes soutiennent une vieille dame en larmes qui ne tient plus sur ses jambes. Une puissante odeur de mort vient, par bouffées, empuantir l?atmosphère. Plus d?un millier d?écoliers étaient inscrits dans cette école secondaire de Hanwang, une ville de 53 000 habitants située à une cinquantaine de kilomètres de l?épicentre du séisme.

Au c?ur de Hanwang, l?une des villes les plus meurtries par le séisme, la destruction de l?école secondaire incarne à l?extrême la nature de cette tragédie, qui n?a pas épargné les enfants et suscite déjà l?amertume, voire la colère chez les survivants. Dans une rue où les brancardiers ne cessent d?aligner des corps empoussiérés dans un camion, un petit homme en costume noir constate doucement : «Ma fille est là-dessous, sous les décombres; elle est en classe de première. J?attends?»

«il est mort»

A ses côtés, l?un de ses amis, dont le fils avait auparavant étudié ici, maugrée contre les autorités : «Le gouvernement local est fautif. Cela fait longtemps que l?on aurait dû déménager l'école de ces bâtiments construits dans les années 1960 et qui ne pouvaient pas résister à un tel choc. Les secours ont tardé et c'est aussi bien la faute des autorités locales que du gouvernement central.»

A gauche de l?école, derrière les pelleteuses qui s?activent sur les débris, des sauveteurs de l?Armée populaire de libération en tenue orange dégagent avec précaution l?espace d'un escalier écroulé. De nombreux corps empilés y ont été retrouvés. Les étudiants se sont précipités dans la panique à l?extérieur du bâtiment quand celui-ci s?est affaissé à 14h30, en ce lundi fatidique.

Une femme garde les yeux vissés sur l?espace obstrué de l?escalier : «Mon fils est dans le bâtiment. Il est mort, sans doute. Je le sais. Je veux juste le revoir une dernière fois.» Elle ne pleure pas, ne dit rien d?autre, à part son nom et celui de son fils, qu?elle calligraphie soigneusement : elle s?appelle Fu Yinglong, son fils Gou Mingshu. Il était en seconde.

barrages fissures

Un jeune soldat, rencontré plus loin dans les rues dévastées en train de fumer une cigarette, rapporte que «l'on a retrouvé des corps de professeurs entourant de leur bras les élèves, comme s'ils avaient voulu les protéger jusqu'à la mort?»

La télévision chinoise a annoncé, avant-hier, que le bilan devrait «dépasser les 50 000 morts». Le président Hu Jintao, arrivé hier au Sichuan, a prévenu que les opérations de secours avaient atteint «une phase cruciale».

La veille, Pékin avait fini par accepter, avec retard, l?arrivée sur les lieux du désastre de sauveteurs étrangers. Des experts sud-coréens ont atterri à Chengdu, capitale du Sichuan. Des spécialistes des catastrophes venus de Russie, du Japon et de Singapour sont attendus.

Les médias chinois, pour leur part, mettaient l?accent sur les fissures apparues sur des barrages construits dans les zones situées vers l'épicentre du séisme. Les autorités évoquaient, avant-hier, des plans d'évacuation de la population?

Bruno PHILIP

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