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«Le recensement de 1972 sur lequel est calculé le BLS est dépassé»
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«Le recensement de 1972 sur lequel est calculé le BLS est dépassé»
● Tout le monde semble vouloir réformer le système électoral. Vous êtes d?accord ?
Je pense qu?il est grand temps parce que le processus électoral est un ongoing concern ; c?est quelque chose qui n?est pas statique. Il faut savoir qu?il n?y a aucun système parfait mais ce qu?il faut, c?est peaufiner les systèmes. Le système actuel nous a bien servis mais nous voyons des lacunes après toutes ces années et il faut voir où exactement le bât blesse et y remédier. Evidemment, c?est une décision éminemment politique.
● Mais, d?un point de vue éminemment technique, quelles en sont les faiblesses ?
Concrètement, nous avons vu les plus grandes faiblesses en 1982, 1991, 1995 et même en 2000 où le nombre de votes qu?un parti reçoit ne se traduit pas en nombre de sièges qui reviennent à ce parti au Parlement. Cela s?applique à tous les partis. C?est une injustice !
● La meilleure façon de corriger l?injustice est donc la représentation proportionnelle (PR) ?
Ecoutez, nous ne pouvons pas réinventer la roue. Des personnes éminentes sont venues et ont préparé le rapport Sachs ? c?est un travail très bien fait. Elles proposent plusieurs options et disent que c?est à nous de décider du système le mieux adapté à nos réalités puisqu ?un système électoral n?opère pas dans un vacuum et doit prendre en considération les réalités dans lesquelles il opère. Je crois que le consensus est l?option C des recommandations du rapport Sachs, qui propose une dose de proportionnelle au système de First Past the Post (FPTP). Nous l?avons déjà essayé à Rodrigues en 2002 et en 2006 et le système marche. Il aide aussi la représentation féminine.
● Les critiques selon lesquelles le système serait trop compliqué pour les Mauriciens ne sont donc pas fondées ?
En tant qu?administrateur électoral, je crois que l?argument ne tient pas : nous l?avons vu à Rodrigues où, dans un très court laps de temps, les gens ont compris le nouveau système. Le nombre de bulletins rejetés est très minime et comparable au nombre de bulletins rejetés que nous avons à Maurice.
● Mais ce système ne soulève-t-il pas la question de deux types d?élus ? ceux qui ont la légitimité du peuple ayant été élus au suffrage universel et ceux «nommés» ?
C?est un vieux débat parce qu?effectivement, un type d?élus devra rendre des comptes à ses mandants alors que l?autre devra rendre des comptes à son parti. Mais dans tous les pays du monde où ce système a été introduit, cela a très bien marché.
● Donc le débat serait plus idéologique qu?autre chose ?
Je le pense. Parce qu?à la fin, c?est le leader du parti qui décide quel candidat il va nommer sur la party list et à quel candidat il va donner un ticket pour les élections. Mais un point plus important est le fait qu?il y aura davantage de femmes qui entreront en politique avec la party list.
● Parce que les gens sont plus réticents à voter pour les femmes ?
Non ce n?est pas le cas mais c?est un fait qu?il n?y a pas beaucoup de femmes qui s?intéressent à briguer les suffrages. Posons la question autrement : les femmes sont-elles intéressées à être candidates au suffrage universel ? C?est un autre débat.
● Mais n?est-ce pas une autre forme de discrimination ? Les femmes ne veulent pas se risquer au suffrage universel ; rendons-leur la vie plus facile et nommons-les?
Pas nécessairement. Certaines seront candidates et d?autres seront sur la liste ; encore une fois, ce sera au parti de décider.
● Revenons au PR. Une dose de proportionnelle va régler les inégalités du système FPTP ?
Je pense que oui ; le PR va apporter plus d?équité par rapport aux sièges au Parlement.
«Rama Sithanen a une bonne analogie ? le FPTP est la première mi- temps d?un match de foot et le PR, la deuxième. Ce n?est pas parce qu?une équipe mène qu?elle va forcément gagner le match.»
● Mais tout dépendra de la dose de proportionnelle ? J?entends le Premier ministre dire qu?il faut éviter que le PR ne frustre les résultats du FPTP ?
C?est un grand débat. Il y a deux écoles de pensée. Certains pensent que le PR ne doit pas frustrer les résultats du FPTP alors que d?autres estiment que l?allocation des sièges par PR forme partie du processus électoral et, en tant que tel, même si cela déséquilibre les résultats du FPTP, c?est le résultat final qui compte. Rama Sithanen a une bonne analogie ? le FPTP est la première mi-temps dans un match de football et le PR est la deuxième mi-temps. Donc ce n?est pas parce qu?une équipe mène au score en première mi-temps qu?elle gagnera nécessairement le match.
● Pensez-vous vraiment que le système électoral sera réformé ?
Je l?espère parce que je pense que c?est très important. Mais j?aimerais faire ressortir quelque chose d?aussi important. La réforme du système électoral est la prérogative des politiciens mais d?autre part, il y a d?autres réformes électorales d?ordre plus administratif mais tout aussi importantes. Nous sommes peut-être le seul pays au monde où les centres de vote sont fermés de midi à 13 heures parce que les gens doivent manger. Il faut revoir cela car c?est inacceptable.
Il faudrait aussi revoir le registre électoral ; l?addition des nouveaux votants doit se faire de façon continue. C?est le droit le plus fondamental d?une personne qui atteint 18 ans de se présenter à la commission électorale pour se faire enregistrer comme votant. Il faut aussi absolument que les gens présentent leur carte d?identité ou toute autre pièce d?identité pour pouvoir voter.
● Il y a beaucoup de débats autour du «Best-loser System» (BLS). A quel point est-ce important pour assurer une représentation adéquate des groupes ethniques ?
C?est une question très politique mais nous avons vu depuis 1968, que plusieurs députés des «minorités» ont été des best-losers. Cela a clairement aidé une représentation des minorités au Parlement. Mais le BLS nomme aussi parfois des gens de la communauté majoritaire ? par exemple Ravi Yerigadoo et Motee Ramdass. C?est fait à partir d?un calcul mathématique de l?Electoral Supervisory Commission (ESC) parce que les quatre premiers best-losers des communautés dites minoritaires viennent parfois débalancer la donne, quand un parti se retrouve avec plus de candidats que les élections lui ont donnés. Les quatre autres best-losers sont donc choisis par rapport aux partis politiques qu?ils représentent indépendamment de leur communauté. Mais encore une fois, ce calcul est fait à partir des chiffres de 1972.
● Des chiffres clairement dépassés ? Sont-ils représentatifs de la population de 2008 ?
Bien sûr que non. Mais c?est la loi, que voulez-vous. Pour les besoins du BLS, nous devons utiliser les chiffres de 1972.
● Je sens là une critique?
Oui, parce que je ne pense pas que ces chiffres reflètent la réalité. Depuis 1982, quand on fait le recensement de la population, on ne demande plus aux gens leur communauté.
● Donc le BLS est encore plus dépassé puisque les chiffres sont faussés ?
(Sourire?) Enfin, les chiffres ne sont pas totalement faussés?
● Mais pensez-vous que nous avons besoin du BLS ?
Les minorités pensent qu?elles ont besoin de cette assurance.
● Qu?en pensez-vous ?
Je suis désolé mais je ne peux pas répondre à cette question.
● Posons-la autrement ? quand ils choisissent leurs candidats, les chefs de partis ne tiennent-ils pas en compte la représentation des communautés ?
Mais cela ne marche pas toujours. Je prends l?exemple de la circonscription numéro 14 aux dernières élections. Les élus sont Krishna Babajee, Maya Hanoomanjee et Alan Ganoo, tous de la même communauté. Sur papier, c?est très bien ? il y a des candidats de toutes les communautés ? mais cela ne marche pas toujours. Pareil pour la circonscription numéro 10 ? où les élus sont Ajay Gunness, Indira Seebun et Lormus Bundhoo.
● Donc il faudrait toujours un système qui va, disons, redresser les torts ?
Ça c?est le système actuel. Mais à l?avenir, la party list pourrait faire l?affaire. Ce que j?ai compris de ce que Rama Sithanen a dit ? et là, il rejoint Sachs ? c?est qu?il faudrait un système dans lequel le BLS va se fondre.
● Si effectivement le système est réformé, qu?est-ce que cela changera pour vous à la commission électorale ?
Pas de grand changement à part une campagne très agressive pour expliquer aux gens le nouveau système de vote.
● Il y a quatre ans, vous êtes allé en Inde pour tester l?«electronic voting machine» et vous êtes revenu, tout content en espérant que vous n?auriez plus besoin de faire imprimer des bulletins de vote. Où en est le projet ?
Je suis désespéré. Je crois qu?il est temps d?introduire cet outil extraordinaire qui nous fera économiser beaucoup d?argent, de temps et de papier. Malheureusement tout le monde est intéressé mais on n?en est resté qu?à ce stade.
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