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Bhayat : Bérenger n?est plus l?homme qu?on croyait qu?il était
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Bhayat : Bérenger n?est plus l?homme qu?on croyait qu?il était
Nous poursuivons, ce matin, avec la version que donne, à notre presse écrite, Kader Bhayat, des crises gouvernementales de 1982-83, ayant conduit à la cassure du MMM en deux blocs irréductibles, l?un fidèle à Paul Bérenger et l?autre à Anerood Jugnauth (voir l?express d?hier).
Bhayat écarte d?un revers de main l?argument du bloc pro-Bérenger que le PSM d?Harish Boodhoo serait la principale cause des malheurs du MMM. Il en veut pour preuve, la déclaration de Bérenger, lors d?un meeting à Sainte-Croix, la veille même de la cassure du 22 mars 1983, à l?effet que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes entre le MMM et son allié, le PSM d?Harish Boodhoo. Bhayat oublie seulement de préciser qu?un politicien peut fort bien dire une chose en public et penser le contraire dans son for intérieur. A la décharge de ce Bérenger si rassurant, il faut préciser qu?au moment où il tient des propos aussi lénifiants, il ne sait pas encore que Jugnauth et Boodhoo ont à son insu, lèse-majesté impardonnable, limogé Gaëtan Essoo, le directeur de la MBC.
Bhayat est trop intelligent et possède une personnalité trop forte pour accepter indéfiniment qu?un parti, comme le MMM, marche au pas derrière Bérenger, au point de dire que tout va bien quand il est pleinement satisfait, et piailler que tout va mal quand il est de mauvaise humeur.
Il ne peut tolérer que douze ans d?amitié et de luttes politiques communes se terminent par le désir mesquin et injustifié de Bérenger de le bouter hors du gouvernement. Il se dit alors : cet homme est dangereux. Il possède un esprit bizarre. La presse s?étonne de sa soudaine découverte de l?irascibilité insupportable de Bérenger. Bhayat s?en explique. Dans l?opposition, avant le 11 juin 1982, les rencontres entre dirigeants militants étaient occasionnelles, soit une ou deux fois par semaine. Il en va autrement au pouvoir. Ils doivent alors se voir plus souvent, parfois même pendant des journées entières, quand ils ne doivent pas voyager ensemble. De plus, chaque ministre à un champ de responsabilités bien délimité et nul ne peut accepter, sans déchoir, que quelqu?un d?autre piétine ses plates-bandes. Pour Bhayat, l?arrogance et le mépris de Bérenger pour ses collègues ministres deviennent tout simplement intolérables. Il ne veut nullement insulter Bérenger. Il fait seulement ressortir que Bérenger n?est plus l?homme qu?on croyait qu?il était.
Bhayat éprouve-t-il de la nostalgie à ne plus faire partie du MMM ? Bien sûr, répond-il, mais en y ajoutant une précision de taille : Si rester dans le MMM veut dire être un «court-pas» et ramper devant certaines personnes, accepter ce qu?elles disent, ne plus réfléchir, ne plus avoir son point de vue ni le donner à temps et à contretemps, ce MMM ne lui inspire aucune nostalgie.
Mais il n?y a pas, à Maurice, que le MMM, ses militants et anciens militants. Notre presse écrite n?oublie pas que Bhayat est aussi ministre de l?Industrie, un secteur économique qui bat de l?aile depuis longtemps. Il se réfugie derrière la récession mondiale à laquelle Maurice ne saurait échapper, selon lui. Il ne met pourtant pas en doute la capacité des Mauriciens à attirer l?investissement étranger. Les crises gouvernementales ont certes provoqué une certaine instabilité mais bien passagère. Même Bérenger admettait, après la crise d?octobre 1982, que «Maurice préserve toutes ses chances vis-à-vis du monde extérieur». Il est certes plus pessimiste, dans l?opposition, après la cassure du 22 mars 1983. Il a tort cependant de vouloir mettre tout le tort sur le renvoi des travaux parlementaires par Anerood Jugnauth.
Bhayat renvoie ses prochains voyages de promotions industrielles après les débats budgétaires. De toute façon, fait-il ressortir, la solution aux problèmes de Maurice se trouve à Maurice et non à Hong Kong. Il est au courant que bon nombre d?entreprises manufacturières arrivent au terme de leur régime fiscal promotionnel et préférentiel et qu?elles devront passer bientôt d?un régime sans taxe à un autre de taxes et même de lourdes taxes. Lutchmeenaraidoo promet à Bhayat de revoir, dès que possible, la situation de ces industriels, jouissant de certificats EPZ (Export Processing Zones) mais... expirant.
Bhayat ne croit pas, en 1983, aux possibilités d?obtenir de l?étranger des milliards à mettre à la disposition des producteurs locaux. L?argent coûte cher et qui en a besoin, doit pouvoir en payer le prix. Nul ne peut jeter de l?argent par la fenêtre, en donnant l?argent à n?importe qui pour faire n?importe quoi.
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