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The Mist
La prochaine fois que vous irez faire vos courses dans cet hypermarché connu des Plaines-Wilhems, vous ressentirez peut-être le besoin d?aller discrètement éprouver la solidité des parois du bâtiment, de ses baies vitrées et surtout, de vérifier les issues. The Mist, film d?horreur signé Frank Darabont, est un film qui donne ce genre d?envie. Et, ayant commencé à faire dans la névrose, autant y aller carrément : allez-y en compagnie d?amis en qui vous avez toute confiance. Des fois qu?un épais brouillard viendrait recouvrir les hautes Plaines-Wilhems, un brouillard dissimulant des créatures épouvantables venues d?un univers parallèle pour vous assiéger dans votre hypermarché. Vous préférerez alors peut-être ne pas vous retrouver en compagnie de parfaits inconnus. Cela pourrait rendre les conversations difficiles.
Déjà auteur de deux adaptations d??uvres atypiques de Stephen King (The Green Mile et The Shawshank Redemption), Frank Darabont nous emmène cette fois en territoire plus familier. Nous sommes cette fois bien dans l?Amérique rurale, avec toutes ses aigreurs, ses frustrations, ses non-dits et sa violence mesquine. C?est d?ailleurs ce qui rend l??uvre de King si intéressante : cette façon de mettre de tels éléments en avant, l?horreur n?étant souvent que le moyen plutôt que le but recherché. On pourrait trouver dans le texte original de The Mist, de quoi faire une excellente pièce de théâtre avec l?apport d?un bon metteur en scène. Une pièce à la Arthur Miller qui serait un huis clos chargé de tension et d?un incroyable pessimisme pour ce qui est de la nature humaine.
Le matériau original, né de l?imagination de Stephen King, est donc d?une grande richesse. La grande réussite de Frank Darabont est d?avoir su non seulement illustrer cette imagination pour ce qui est des mécanismes de la peur, mais aussi d?être parvenu à accompagner l?écrivain dans ses réflexions désespérées sur l?être humain. The Mist est un film terriblement efficace, pour ce qui est d?effrayer le spectateur. Que ce soit au début, lorsque la nature de la menace reste encore imprécise ou vers le milieu, lorsque celle-ci est bien définie. Comme ses confrères les plus avisés, Frank Darabont n?a pour ces moments de frayeur, que très peu recours aux effets spéciaux. Comme les meilleurs d?entre eux, il sait à merveille utiliser le temps et l?espace (ou la perspective) pour jouer avec les nerfs du spectateur. Et, contrairement à la plupart d?entre eux, ce réalisateur utilise la meilleure des bandes-son possibles : le silence. Une fois l?anxiété installée, rien ne joue autant sur les nerfs que l?imagination privée de repères ? sonores inclus ? tout en donnant cette impression d?être au c?ur du vécu.
Les monstres sortant du brouillard, les effets spéciaux finissent donc par faire leur apparition. Mais les bestioles ne sont pas le véritable sujet, malgré les frayeurs du début et quelques belles scènes d?horreur pure. The Mist est surtout un film sur les gens et le propos sur ce sujet est d?une insondable noirceur. «Nous vivons dans une société civilisée? jusqu?au jour où la machine se dérègle», dit l?un des personnages. Il est question ici de ce dérèglement. Ou, comment un microcosme de nos sociétés en apparence évoluées, finit par basculer dans une hystérie religieuse qui débouchera dans la violence la plus abjecte. Peu importe qu?il s?agisse ici d?évangélistes américains, toute religion en appelle à ce que l?être humain a en lui de peu reluisant. Et, lorsque la machine se dérègle, les foules répondent «Présent !». Voilà le constat amer de ce film servi par une bande d?acteurs inconnus mais suffisamment convaincants parce que bien dirigés. Un film dont la fin est d?une incroyable cruauté.
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