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Que faire contre la faim?

2 mai 2008, 00:00

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Les émeutes de la faim en Afrique, en Asie et en Amérique latine ont déclenché un mouvement de compassion dans l?opinion publique qui pousse les responsables de la communauté internationale à prendre des mesures d?urgence en faveur des populations les plus touchées.

Mais l?émotion retombée, si des mesures plus radicales et structurelles ne sont pas prises, les drames auxquels nous assistons pourraient se reproduire, à une plus grande échelle encore, sous le simple effet de la croissance démographique et l?augmentation de la demande des pays émergents. La gravité potentielle de cette situation mérite qu?on cherche des idées simples autour desquelles les responsables de la planète pourraient unir leurs efforts.

Il a suffi d?un faible déficit de production de céréales (- 10 %) au moment où quelques pays émergents comme la Chine augmentaient leur demande pour provoquer une forte hausse du prix du marché, amplifiée par la technique financière des produits dérivés et les possibilités de spéculation.

<B>Nourrir au plus bas prix </B>

A son point le plus bas, la tonne de blé valait, il y a quelques années, 50 dollars... A ce prix, aucun paysan producteur de cultures vivrières des pays en développement ne peut résister à la concurrence des céréales importées. Il abandonne la production et part grossir la foule des urbains pauvres. Et quand le prix remonte (aujourd?hui 400 dollars la tonne), ce sont les salariés et les chômeurs de ces mêmes pays qui ne peuvent plus acheter...

Les gouvernements de certains pays en voie de développement se sont longtemps satisfaits de cette situation qui permettait de nourrir au plus bas prix les populations urbaines. Ce n?est plus possible dans la situation actuelle du marché, et les peuples affamés se révoltent.

80 % des 3 milliards de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté habitent dans les zones rurales, et la plupart sont des paysans. L?objectif majeur doit donc viser à les encourager à produire pour se nourrir et nourrir leurs concitoyens. Comme le suggère la Food and Agricultural Organistaion (FAO), il faut profiter de la haute conjoncture des prix agricoles pour favoriser leur «décollage» et acheter des machines, des engrais, des semences à partir de programmes d?aides.

Puis leur permettre de maintenir des niveaux de prix rémunérateurs pendant une période assez longue assurant la stabilité sans laquelle il n?y a pas de développement agricole possible.

Le développement des agricultures vivrières est donc la tâche urgente et prioritaire que doit se donner la communauté internationale. C?est dans le Sud que se jouera l?avenir alimentaire de l?humanité.

Il ne peut pas être laissé aux seuls soins du marché, des surplus du Nord et des bonnes opérations des spéculateurs. Il faut qu?il soit l?affaire des paysans du Sud et de leurs responsables avec le soutien et la protection des pays mieux dotés. Il faut que les actes suivent et que l?aide publique au développement revienne au coeur des politiques de solidarité.

Cet effort pour l?autonomie alimentaire des pays du Sud correspond à l?intérêt bien compris des pays du Nord. En effet, si la demande alimentaire est pour partie satisfaite localement en Afrique et en Asie, les grands pays producteurs du Nord pourront à leur tour modifier radicalement leurs politiques agricoles dans le sens exigé par l?opinion publique : plus de qualité et moins de pollution consécutive au grand mouvement d?intensification qui a permis à la fois la libéralisation des marchés et la baisse des prix.

Ils pourront même, sans mauvaise conscience, consacrer une petite fraction de leurs terres arables à produire des biocarburants afin de contribuer à la diversification nécessaire de leurs sources d?énergie, dès lors que leur bénéfice pour l?environnement est globalement démontré.

Si le programme de biocarburants des Etats-Unis a détourné de la consommation humaine une partie du maïs, provoquant la hausse du prix de cette céréale consommée par les Mexicains, les projets européens en matière de biocarburants n?auront pas les mêmes effets.

Les céréales que l?on se propose de transformer en carburants représentent 5 % à 7 % de la production européenne, exactement les surplus dégagés jusqu?ici par le marché et bradés aux pays déficitaires avec des subventions à l?exportation qui ont justement mis à mal les productions agricoles du Sud ! On ne peut donc pas reprocher à l?Europe à la fois de vendre à bas prix ses surplus et d?affamer l?humanité lorsqu?elle décide de les utiliser à d'autres usages...

Ajoutons que les biocarburants contribueront à stabiliser les prix des céréales et des graines à un niveau relativement élevé, ce qui est absolument nécessaire pour les paysans du Sud. Enfin, certains biocarburants, produits à partir d?oléagineux, fournissent des tourteaux riches en protéines qui se substituent aux céréales et aux tourteaux de soja importés pour l?alimentation animale.

<B>© Le Monde 2008

Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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