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«Augmentation de salaires ne veut pas dire hausse de l?inflation»
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«Augmentation de salaires ne veut pas dire hausse de l?inflation»
● Depuis des années, on parle du dernier rapport du PRB. Devrait-on l?abolir selon vous ?
Non, parce que c?est la seule institution qui s?occupe de la révision salariale et des conditions de service des travailleurs du secteur public. Donc, en l?absence d?une meilleure formule, le PRB doit être maintenu malgré ses limites.
● Quelles sortes de limites ?
Les décisions du PRB sont assez arbitraires puisqu?elles sont prises unilatéralement par des personnes prétendument indépendantes. Mais si vous y regardez de plus près, les politiques sont très influencées par les idées du Fonds monétaire internatio-nal (FMI) et de la Banque mondiale (BM).
● <B>Des informations non confirmées font état d?une hausse de salaires d?environ 25 %dans la fonction publique. C?est énorme, non ? </B>
Cela semble énorme mais peut-être que si l?on avait payé les travailleurs du secteur public ce qu?ils méritaient par rapport à leur perte de pouvoir d?achat et à l?inflation des deux dernières années, on n?en serait pas là. Les derniers chiffres disponibles sur le wage rate index démontrent que le salaire des travailleurs du secteur public a progressé par 1,9 % en 2007 alors que l?inflation était de 10 %. Alors enlevons 9 % de ce 25 %. En 2006, les fonctionnaires n?ont eu que la moitié de la compensation due - le fameux Rs 135. L?inflation était à 5.1 % et ils ont eu une augmentation de 2,5 %. Alors il faut enlever encore 2,5 %. Pour répondre à votre question, 25 % d?augmentation semble en effet un chiffre énorme mais la moitié de ce chiffre représente des compensations non-payées en 2006 et 2007.
● Et vous n?êtes pas inquiet de l?effet que cette hausse aura sur le taux d?inflation ?</B>
Je vais vous étonner. Hier soir (Ndlr jeudi), je suis allé voir quel effet le dernier rapport du PRB avait eu sur l?inflation lors du dernier rapport du PRB en 2003. Tenez-vous bien - l?inflation avait baissé ! En juillet 2003, les salaires augmentent avec le rapport PRB. En août 2003, voyez le tableau. (Il nous montre des chiffres sur son ordinateur allant dans le sens de ses affirmations).
● <B>Comment expliquez-vous cela ? </B>
Je ne sais pas mais j?imagine qu?on appelle cela l?idéologie - la différence entre ce que l?on croit et ce qui est vrai. Il y a un mismatch total. Je ne peux que supposer que les travailleurs qui ont une augmentation l?épargnent ou qu?ils l?investissent ailleurs comme dans le logement ou je ne sais quoi.
● Donc vous dites que c?est une erreur de croire que dès que l?on augmente le salaires des gens, ils vont le dépenser ?
En tout cas, les chiffres démontrent le contraire. Nous n?avons d?autre choix que de nous baser sur des faits empiriques. Mais c?est l?argument qu?utilisent la MEF et le gouvernement pour ne pas payer une compensation adéquate.
● Mais ce que vous dites du rapport 2003, la MEF et le ministère des Finances le savent ?
Ils le savent mieux que moi.
● Vous dites que l?argument de l?inflation est un prétexte ?
C?est ce qu?on appelle l?idéologie. C?est l?idée dont on se sert pour défendre un intérêt - celui de l?élite. Certains y croient vraiment alors que d?autres le font consciemment.
● Donc vous dites qu?à chaque fois ces incessantes batailles autour de la compensation, sont en faveur des intérêts de l?élite ?
Absolument. Depuis 2006, tout l?argumentaire est allé dans une seule direction ? réduire les coûts. Une baisse des coûts veut dire une baisse de salaires. Tous les chiffres pointent vers cette direction. Le Bureau des statistiques a rendu des chiffres publics le 14 avril. En 2006, le wage rate index augmente par 3,8 % et pour cette période-là, l?inflation tourne autour de 6,8 %. Il y a donc une différence entre la progression des salaires par rapport à l?inflation. Les derniers chiffres ? rendus publics il y a quelques jours ? montrent que la progression des salaires dans tout le pays était de 4,4 % en 2007 alors que l?inflation était de 10 %. Donc en termes réels, ce n?est pas une progression de salaire mais une réduction car le pouvoir d?achat diminue. C?est par rapport à cela qu?il faut voir la paie. Nous organisons une conférence sur la pauvreté depuis hier - voilà le mécanisme de la pauvreté mis en ?uvre.
● Je note que vos exemples commencent en 2006. Vous parlez de Rama Sithanen ?
Je l?attribue à ses réformes. En 2001, les salaires progressent par 5 % et les prix par 4,3 % pour la même période. Puis l?année suivante, c?est 4,7 % contre 5,4 %. En 2003 ? année du PRB, les salaires progressent par 11,6 % et l?inflation est de 5,4 %, ce qui démontre que les salariés gagnent toujours un peu plus que l?inflation. En 2004, c?est 6,3 % contre 4,1 % d?inflation. En 2005, les salaires progressent par 5 % contre 5,5 % d?inflation et en 2006, la compensation est de 3,8 % alors que l?inflation est de 6,8 %. C?est là tout l?enjeu du National Pay Council (NPC) et de la compensation salariale.
● Vous dites ? «voilà le mécanisme de la pauvreté mis en ?uvre.» Que veut dire cela ?
D?abord, je me demande si c?est la conférence de la SADC ou de la BM et du FMI ou de l?Union européenne (UE)?
● Ce n?est pas très juste ce que vous dites. La meilleure façon d?avoir des résultats n?est-elle pas de travailler ensemble ? </B>
Mais c?est la politique de ces institutions qui est responsable de l?agrandissement de l?inégalité et de la misère dans le monde. Ils ont aussi une grande responsabilité dans la crise alimentaire qui affecte le monde donc je m?explique mal leur présence ici. Il n?y a plus aucune discussion possible sur l?échec des politiques du FMI et de la BM ces derniers 25 ans. C?est aussi ironique que ce soit Sithanen qui préside cette conférence parce que c?est sa réforme qui a contribué à la pauvreté ces dernières années. Ce n?est pas moi qui le dis, ce sont les chiffres du CSO qui démontrent que le nombre de pauvres a augmenté et que l?inégalité entre les riches et les pauvres a augmenté - c?est pire qu?en 1996-1997. Je n?ai pas trouvé ces chiffres dans les médias mainstream. Ce que je note, par contre, c?est que le débat a dévié sur le ciblage.
<I>«Quand cette élite a bénéficié de la dépréciation de la roupie, elle n?a pas jugé bon de partager ses profits avec ses travailleurs en augmentant leurs salaires.»</I>
● <B>Plus je vous écoute, plus j?ai l?impression que vous croyez à une théorie du complot !</B>
Non, je ne crois pas à un complot. Du moins, je préfère ne pas y croire. Je pense plutôt que c?est le système qui fait que c?est la pensée unique. Il n?y a pas d?analyse critique de ce que les puissants décident.
● <B>Et quelle est votre solution à la pauvreté ?</B>
Écoutez, à Maurice il y a deux élites - l?une a son origine dans notre histoire coloniale et l?autre qui a consolidé son pouvoir autour de l?état. Les deux élites sont en train de drainer toutes les ressources de la société vers elles-mêmes. Ces deux élites se bagarrent de temps en temps et se mettent d?accord de temps en temps. Par exemple - regardez ce qui se passe avec l?appréciation et la dépréciation de la roupie. Voyez le nombre de ressources que la Banque de Maurice utilise pour le dollar américain, qui se déprécie par lui-même, pour le ré apprécier. Et quand ils font ça, ils sont en train d?aider les compagnies dans l?exportation en utilisant notre argent ; la conséquence, c?est l?appauvrissement de la population. C?est cette même élite qui contrôle la zone franche et qui paie ses travailleurs Rs 2 800 comme salaire de base. J?ajoute que quand cette élite a bénéficié énormément de la dépréciation de la roupie, elle n?a pas jugé bon de partager ses profits avec ses travailleurs en augmentant leurs salaires. Voyez le wage rate index. La révision salariale dans la zone franche n?a pas été faite depuis 1987. Voilà la pauvreté. N?aurait-on pas pu avoir un autre type de développement ?
● <B>J?imagine que c?est facile de tenir ces propos quand on est syndicaliste. Mais quand vous gouvernez, ne faudrait-il pas créer la richesse d?abord ?</B>
Quand on est un businessman, oui. Quand on est un gouvernement, cela ne doit pas être la seule considération. Aujourd?hui, les hommes d?affaires ont complètement inféodé l?état et les instances démocratiques. Aujourd?hui tout ce qui intéresse l?état, c?est d?être business-friendly. Mais l?état ne peut pas être neutre entre les pauvres et les possédants.
● <B>Donnons le bénéfice du doute au ministre des Finances qui dit qu?il faut créer la richesse pour la partager. Après trois ans de «serre-ceinture», pensez-vous qu?il y aura un infléchissement cette année-ci ? </B>
Sithanen est caractérisé par une vision néo-libérale. Il avait dit early harvest, je viens de vous expliquer ce que c?était la early harvest. Il faut attendre voir mais j?ai mes doutes surtout avec la pression du FMI et de la BM ainsi que le rôle néo-colonial de l?UE. Ce n?est pas une coïncidence que les représentants du FMI, de la Banque Mondiale et de l?EU soient venus inspecter nos institutions démocratiques avant la préparation du budget.
● <B>Mais au niveau du NPC ? Avez-vous l?impression qu?il y aura changement ? </B>
Il y a un semblant de changement avec le gouvernement qui semble vouloir avoir des «full and frank consultations» comme préconisé par le Bureau international du travail. Contrairement à l?année dernière. Mais attendons voir si ces discussions auront vraiment lieu.
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