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Riz : Madagascar redoute l?avenir
Les Malgaches sont certainement les plus grands mangeurs de riz de la région. S?il n?y a pas encore de crise alimentaire dans la Grande île, malgré le récent cyclone qui a détruit nombre de cultures agricoles, c?est parce que nous sommes en pleine période de récolte et que les stocks d?hier ne sont pas encore épuisés.
Par ailleurs, si les légumes et d?autres denrées alimentaires sont actuellement hors de prix pour des millions de Malgaches, ces derniers se contentent néanmoins de leur nourriture de base, qui est le riz, qu?ils consomment traditionnellement trois fois par jour. Environ dix kilos de riz par mois et par personne, soit plus de 20 % du budget personnel... Avec les familles élargies et les habitudes alimentaires propres à Madagascar, la situation s?annonce ainsi difficile pour l?avenir.
L?Observatoire du Riz de Madagascar, créé justement pour veiller à l?équilibre précaire du riz sur le vaste territoire de près de 20 millions d?âmes, note qu?il n?y a pas encore une hausse démesurée du prix, comme c?est le cas sur le marché mondial.
Son directeur, Patrick Rasolofo, fait ressortir que «la Grande île est aujourd?hui l?un des rares pays gros consommateurs de riz qui affiche encore des prix bas». Selon les statistiques de l?Observatoire, publiés avant-hier, pour le mois d?avril, le prix au niveau national d?un kilo de riz malgache est d?environ 1 000 ariary (environ Rs 15).
Toutefois, des nuages s?amoncellent à l?horizon. Ces prix relativement bas ne pourront être affichés que pour une période de cinq mois au maximum, c?est-à-dire jusqu?à l?épuisement des stocks nationaux. La situation va toutefois se corser. Car Madagascar, malgré ses rizières, n?arrive pas à nourrir la population, et n?est donc pas autosuffisante. La Grande île, souvent considérée comme un grenier potentiel pour la région de l?océan Indien, se retrouve elle-même en train d?importer la précieuse denrée.
«C?est justement en raison des stocks importés, outre la présente récolte, que le présent prix reste encore abordable pour la population malgache», relève l?Observatoire du Riz, conscient qu?il va falloir écouler le riz à un prix qu?on ne peut fixer à présent. D?où les craintes pour l?avenir.
«Outre le riz, Madagascar s?inquiète de la flambée des prix des autres denrées importées. Avec un salaire moyen très faible sur l?échelle mondiale, le Malgache ?lambda? a de quoi s?inquiéter. »
Madagascar doit encore importer quelque 10 % de ses besoins en riz, soit plus de 200 000 tonnes, alors même que les principaux producteurs comme l?Inde, le Vietnam, la Thaïlande et l?Egypte ont décidé de stopper l?exportation.
Pour atteindre l?autosuffisance ? s?il n?y a pas de cyclones ou d?inondations ? la Grande île doit produire jusqu?a 260 000 tonnes de paddy (NdlR riz non décortiqué) supplémentaires. «La sensibilisation dans le cadre de la révolution verte s?intensifie», explique ainsi Marius Ratolojanahary, ministre malgache de l?Agriculture dans un entretien à l?express de Madagascar. Il faut savoir qu?après le passage du cyclone Ivan et la crise alimentaire, Madagascar a fait de la «révolution verte» une obligation d?Etat. Le gouvernement malgache bénéficie de l?aide de la communauté internationale à cet effet (voir hors-texte). Dans cet optique, le ministère de l?Agriculture veut donner un nouveau souffle à la production alimentaire dans plusieurs régions de la Grande île, comme Sava, Diana, Sofia, Betsiboka, Menabe. Ces régions ont été choisies parce qu?elles peuvent encore pratiquer une deuxième, voire une troisième culture de riz en une année. Les paysans de ces régions reçoivent qui plus est des cours de formation, des semences et des équipements.
Outre le riz, Madagascar s?inquiète de la flambée des prix des autres denrées importées. Avec un salaire moyen très faible sur l?échelle mondiale, le Malgache lambda a de quoi s?inquiéter.
Déjà, le prix des légumes est en hausse sur les marchés de la Grande île. Le kilo de pommes de terre se vend actuellement à 900 ariary contre 500 auparavant. Le kilo d?oignon est passé de 400 à 800 ariary. En outre, le poivron, dont plus de la moitié de la production totale a été détruite par le cyclone, s?achète à 1 000 ariary contre 600 avant. Cette tendance à la hausse a commencé au mois de janvier. Et l?effet spirale n?est pas près de s?arrêter. D?où l?importance que Madagascar et ses bailleurs de fonds attachent à la culture de riz.
La Grande île a un grand potentiel que ses voisines de l?océan Indien n?ont pas. Avec l?expertise internationale, toute la région pourrait bénéficier de sa production de riz et autres denrées de base. Comme quoi, la crise alimentaire a ceci de positif : elle a provoqué une prise de conscience internationale sur la nécessité de reconsidérer la place prioritaire qu?auraient dû occuper les cultures alimentaires dans le développement des pays de la région...
MAIN TENDUE
Aide internationale
■ Les émeutes de la faim se multiplient à travers le monde. Le rapporteur de l?ONU sur la question alimentaire parle d?une «hécatombe annoncée» et accuse les producteurs de biocarburants de «crime contre l?humanité». La Banque mondiale tire la sonnette d?alarme. Et George Bush a ordonné cette semaine le déblocage d?environ 200 millions de dollars d?aide d?urgence. Madagascar est parmi les pays beneficiaires. «On va vers une très longue période d?émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables», prédit Jean Ziegler, de l?ONU, dans un entretien à «Libération». En réaction, les Etats-Unis ont consenti à une aide «supplémentaire» pour faire face «aux besoins imprévus en matière d?aide alimentaire en Afrique et ailleurs». La Grande île est ainsi parmi la trentaine de pays identifiés par l?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture pour obtenir une aide urgente face à cette situation de crise. Par ailleurs, les inspecteurs du Fonds monétaire international (FMI) effectuent leur deuxième visite de l?année à Madagascar. Une mission qui s?insère dans le cadre du Programme de Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC). Ce programme triennal s?etale de 2006 à 2009. La délégation du FMI, reçue par le président Marc Ravalomanana, s?est par ailleurs félicitée de la situation macroéconomique à Madagascar. «Les résultats sont très positifs même si le passage des cyclones ont occasionné de nouveaux «challenges» tels que les questions des besoins immédiats des sinistrés», souligne le chef de mision du FMI, selon un communique de la presidence malgache.
SITUATION PRECAIRE
Mauvaise récolte dans l?Est
■ Les premiers bilans de l?après-Ivan sont lourds dans l?Est. Pour la région d?Analanjirofo, grand producteur de litchi, de girofle et de riz, les pertes sont estimées à près de 70 % de la production normale. Les districts de Sainte-Marie, Vavatenina, Fenoarivo Atsinanana, Saonierana Ivongo et une partie de Mananara nord sont les plus affectés. Cette situation risque, dans les prochains mois, de peser lourd sur le quotidien de la population car la plupart de paysans vivent de ces cultures. Analanjirofo produit chaque année quelque 60 tonnes de litchi, 30 000 tonnes de girofle et 180 000 tonnes de riz. Seuls 30 % de la recolte a pu être sauvée cette année. Dans le tourisme, l?autre source importante de revenu de la région, l?heure est actuellement aux réparations. Selon les derniers bilans, 90 % des infrastructures d?accueil demandent à être rétablies. Les opérateurs touristiques ont encore quelques semaines pour tout remettre en ordre avant l?arrivée, au mois de juin de la haute saison.
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