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Pertes sèches pour les planteurs
Les pluies, cela fait partie des risques du métier. Le leur, c?est planter. Faire venir des légumes de la terre-mère. Prier pour du soleil, attendre les pluies, espérer que le vent se calme. Oui mais voilà, la semaine dernière, les conditions climatiques n?en ont fait qu?à leur tête. Indifférentes aux suppliques. Lavant à grande eau les sueurs de tant de jours.
Une semaine plus tard, les karo ne s?en sont pas encore remis. Rajendra Seetul semble désorienté. Là où il pose son regard, il voit du travail à recommencer. Son karo, c?est deux arpents au bord de la route côtière, du côté de Pointe-aux-Piments.
L?air de la mer, c?est bon pour les poumons. Mais le sel et «bann lasid ki dilo la sarye» le sont moins pour son karo de margoz, de patole, de voëme, de piments, bringelles et lalo. «Ayo?» Rajendra n?en finit pas de se lamenter. C?est un peu comme s?il avait perdu père et mère. La voix se casse au milieu d?une phrase. Avant que ne reprenne la longue litanie. Sans arrêter de parler, il se baisse soudain. Et soulève une lalyann margoz pour nous montrer le fruit en train de jaunir sur place.
Première impression en nous baladant dans son karo : il est rocailleux et semble presque abandonné. Il est en tout cas envahi par quantité de mauvaises herbes de taille respectable. Lui explique que «top soil la inn ale avek lapli, li finn deteriore net». Mettant à nu la peau dure de la terre.
Les bottes de Rajendra butent contre les pierres. Mais il ne s?arrête pas. Son esprit est uniquement occupé par «letan dir» à venir. La cueillette était programmée pour ce mois-ci. «Pye pa finn reziste.» Il en mangerait presque le chapeau qu?il tient à la main. Et d?ajouter comment il faudra du temps pour fertiliser à nouveau le terrain. Attention, précise-t-il, pas de produits naturels, sinon cela prendrait plus de temps. Ce qui repousse la prochaine récolte dans trois à quatre mois.
Facilités d?emprunt, un cercle vicieux
Nous nous risquons à lui dire que les pluies font partie des risques du métier. Les «ayo» reprennent de plus belle. Rajendra le reconnaît : «Vremem sa, sak lane nous gagn enn sezon bien eventful.» Notamment la sécheresse, comme c?était le cas depuis la fin de l?année dernière.
Ce sujet-là, c?est le moment qu?il attendait pour lancer son autre litanie. Celle des «gouvernman bizin fer?» Comme en plus c?est un membre de la Small Planters Association qui nous a emmenés chez ce petit planteur de Pointe-aux-Piments et qu?ils ont, à eux deux, une idée très précise de tout ce que «gouvernman bizin fer?», leur liste s?allonge au soleil.
D?abord, ils sont d?avis que proposer des facilités d?emprunt, c?est un cercle vicieux. Rajendra explique : «lane avan, ti ena lapli, ti donn loan, lane pase ti ena lapli, ti donn loan, sa lane la, loan enkor.» En clair, cela endette les planteurs qui, en plus, n?ont pas fini de rembourser un emprunt qu?ils se trouvent dans le besoin d?emprunter encore. «Nou ti pou kontan ki 50 % loan vinn grant in aid». Et le voilà qui passe sur les taux auxquels ils paient pour les machines, le manque de fertilisants sur le marché?
On ne peut s?empêcher de se dire qu?elle sera bien légère la tente bazar dans les mois à venir. Et que tout compte fait, lane ale lane vini, planteurs et consommateurs subissent les mêmes situations.
Nous laissons là nos réflexions pour «al deryer karo kann», là où Ayoob Soodhun, lui aussi planteur de légumes de Pointe-aux-Piments, surveille la récolte. Des femmes aux mains agiles et au dos courbé sauvent ce qui peut encore l?être dans l?arpent et demi sous culture de pommes d?amour et de piments.
Quand on lui demande de mesurer les pertes encourues à cause des pluies torrentielles de la semaine dernière, il répond : «ou pe trouv sa madam la ? Lor enn distans 10, 15 pye, li abitie ramas enn seo, la li pou gagn mem pa la moitie.» Plus prosaïquement, il explique qu?il estime ses pertes à Rs 70 000 à Rs 75 000. Et que ce n?est que dans 90 jours après avoir semé à nouveau qu?il pourra récolter. Un cycle qu?il perpétue depuis quarante ans maintenant. Un de plus?
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