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Morgan Tsvangirai, combattant acharné
Lorsqu?il s?en est remis samedi dernier aux électeurs zimbabwéens, Morgan Tsvangirai n?ignorait pas qu?une nouvelle défaite mettrait sans doute un terme à sa carrière politique.
L?ardent syndicaliste, en qui beaucoup voient de longue date l?unique espoir d?alternance au sommet de l?Etat, semble aujourd?hui à deux doigts de pousser l?inamovible président Robert Mugabe vers la sortie.
Le chef de file de l?opposition s?est pourtant lancé dans cette bataille électorale à la tête d?une opposition divisée. Le duel attendu s?est, qui plus est, trouvé perturbé par l?entrée en lice de Simba Makoni, troisième prétendant et dissident du Zimbabwe front patriotique (Zanu-PF) au pouvoir.
«Pour Tsvangirai, il ne s?agit pas d?une élection ordinaire. S?il perd, il devra réfléchir sérieusement à son avenir politique», commentait à la veille du scrutin John Makumbe, professeur de sciences politiques à l?Université du Zimbabwe et détracteur du chef de l?Etat.
Selon son parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), l?opposant a obtenu 50,3 % des suffrages exprimés samedi contre 43,8 % pour Mugabe. Un candidat doit réunir 51 % des voix pour être élu dès le premier tour mais le parti appelle Mugabe à reconnaître sa défaite sans attendre pour éviter un revers humiliant.
Les dissensions au sein de sa formation ont considérablement entamé l?image, acquise il y a huit ans, d?unique prétendant sérieux à la succession de Mugabe. Il reste toutefois au yeux de tous l?incarnation de la lutte contre le régime autoritaire du président, qui brigue un sixième mandat à 84 ans.
Destins opposés </B>
Les images de son visage tuméfié à son arrivée au tribunal d?Harare, diffusées l?an dernier dans le monde entier après un coup de filet dans les rangs du MDC, l?ont considérablement renforcé. Ses opposants affirment qu?elles ont opportunément relancé une carrière en berne.
Fort de ce statut, Tsvangirai s?est juré de remporter en 2008 la victoire dont Mugabe l?a privé six ans plus tôt, par des moyens selon lui frauduleux.
Rarement deux destins politiques ont été aussi contrastés que ceux du président, au pouvoir depuis 1980, et du chef de file du MDC. Pendant que Mugabe orchestrait la lutte armée contre le pouvoir blanc de l?ancienne colonie britannique, Tsvangirai, chef d?une famille nombreuse, se souciait avant tout de subvenir aux besoins des siens.
Aux nombreux diplômes universitaires affichés par son rival, le chef de l?opposition ne peut opposer qu?une éducation scolaire rudimentaire, toutefois complétée par une formation d?autodidacte dont il n?est pas peu fier.
Fils de maçon, Morgan Tsvangirai fut d?abord contremaître pendant dix ans à la mine de nickel de Trojan, dans la région agricole de Bindura. C?est là qu?il aborde l?activité syndicale en s?inscrivant à la Confédération des syndicats du Zimbabwe, dont il gravira les échelons progressivement pour en prendre la tête en 1988. Il prône et réalise alors l?alliance stratégique avec le Zanu-PF, parti dominant dirigé par Mugabe. Mais l?entente ne dure pas.
L?année suivante, Tsvangirai, accusé d?espionnage au profit de l?Afrique du Sud, est incarcéré pendant un mois et demi. Depuis, il a connu pas moins de trois tentatives d?assassinat, selon le MDC.
En décembre 1997, il remporte son premier combat contre le chef de l?Etat en le contraignant par une série de grèves à renoncer à une hausse massive des impôts.
Rassemblant autour de lui l?ensemble des forces syndicales, il contribue en 1999 à la création du MDC, qui remporte en février de l?année suivante son premier succès électoral avec le rejet par référendum d?une réforme de la constitution visant à concentrer l?essentiel des pouvoirs entre les mains du président.
En juin 2000, le MDC achève sa percée par une victoire aux législatives. Mais la consécration promise deux ans plus tard à l?élection présidentielle ne viendra pas. Bien que Tsvangirai pointe largement en tête des rares sondages, le duel, que les observateurs internationaux jugent biaisé, tourne à l?avantage de Mugabe.
Depuis cette défaite, doublée de celle des législatives de 2005, l?ancien syndicaliste poursuit un combat de plus en plus affecté par la répression et une désorganisation croissante. Jugé en 2002 pour trahison et complot contre la vie du chef de l?Etat, il sera acquitté. S?il a acquis une expérience précieuse au cours des dernières années, notamment dans ses relations avec l?étranger, beaucoup doutent qu?il ait les moyens de tirer son pays de la profonde crise qu?il traverse?
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