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La digne fille de son père

2 avril 2008, 00:00

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Feu Lewis Kok Shun, agent commissionnaire à la tête d?une entreprise d?import-export au rayonnement régional, a laissé aux membres de la CCC, organisation qu?il a présidée entre 1996 et 1997, le souvenir d?un homme affable, déterminé et débrouillard. On retrouve quasiment les mêmes caractéristiques chez sa fille Annabelle, 29 ans cette année mais qui a l?avantage d?en faire sept de moins.

La jeune femme a le contact facile. Ce qui d?emblée met à l?aise ses interlocuteurs. Quand elle a une idée en tête, rien ne la fera reculer. Pour preuve, bien qu?elle ait épousé Thierry Kon Kam King depuis trois ans, à qui elle donné un fils, Tobias, âgé de trois mois, elle a toujours insisté pour conserver son nom de jeune fille. « Je suis née avec un nom et même si je me marie et prend tout ce qui vient avec le mariage, chacun des partenaires conserve son identité. Je suis comme j?étais avant le mariage et je tiens à garder mon nom de jeune fille ».

Pour ce qui est de la débrouillardise, elle a montré de quel bois elle se chauffe après avoir été catapultée à la tête du business familial à la suite de la mort accidentelle et prématurée de son père. C?était six mois après son retour d?études supérieures en Grande-Bretagne. Et pourtant, ce n?était pas à elle que son père voulait transmettre les rênes de la compagnie qu?il avait créée mais à son frère Dimitri.

Ce qui fait qu?à la fin de ses études secondaires au Bocage International School qui n?est pas, précise Annabelle, « une école pour ultra-riches comme peuvent le penser des gens », ses excellentes notes lui permettent de décrocher une bourse d?études auprès de la European Business School de Londres, université privée où elle décroche au bout de trois ans, un Bachelor of Arts en International Business. Ses stages en entreprise ayant été accomplis à Price Waterhouse Coopers de Londres et de Maurice, Annabelle pense pendant un temps travailler dans le domaine du service-conseil. A moins que cela ne soit dans le marketing. Après un transit dans une agence de publicité, elle se met à lorgner du côté de l?investissement direct étranger.

Le destin contrecarre ses projets en lui arrachant brutalement ce père qu?elle adorait. « C?était vraiment le papa gâteau par excellence. Bien que j?étais rentrée d?études supérieures, il allait à la boulangerie acheter du pain tous les matins et préparait mon pain ». Dimitri, son fils étant trop jeune pour lui succéder et leur mère étant secrétaire de direction chez Ireland Blyth, Annabelle, bien que désemparée, est obligée de rentrer dans les souliers laissés vacants par son père. On est alors en 2002. C?est ainsi qu?elle doit mettre son nez dans Island Export qui commerce avec les pays de la région. «Mon père vendait de tout, allant du textile au bois».

Si Annabelle conserve les clients de son père, elle est contrainte de se débarrasser de certaines lignes pour ne conserver que le textile, notamment les vêtements de protection. Vêtements qu?elle fait fabriquer localement pour les revendre dans les îles.

Bien que depuis, elle ait diversifié les marchés, améliorant le chiffre d?affaires d?Island Export, Annabelle est consciente que si son père était encore en vie, la société familiale aurait progressé plus rapidement. « Ce métier s?apprend sur le tas ». Elle a ajouté les fournitures pour l?événementiel à ses cordes.

Etant la femme à tout faire ou presque dans le bureau qu?elle a aménagé à River Court à la rue St- Denis à Port-Louis, Annabelle ne peut se permettre de s?absenter que tous les trois mois. Les commandes, expliquent-elles, reposent surtout sur la confiance et sur la rapidité d?exécution. « Récemment, une entreprise fabricant du sur mesure m?a commandé 1 800 petites boîtes en carton contenant chacune une sacoche rose renfermant un mètre de couturier. Je devais tout fabriquer et livrer en cinq jours. C?était un casse-tête au début mais tout s?est mis en branle rapidement. J?ai fait un tailleur coudre les sacoches, fait fabriquer les boîtes et mon bureau s?est transformé en petit atelier. Mes casual workers m?ont prêté main forte et nous avons pu assurer la livraison. Mes petits ateliers sont toujours temporaires. Je ne recrute pas des bras supplémentaires afin de maximiser mes profits ».

<I>«L?année dernière, j?étais vice-présidente et depuis deux semaines, je suis présidente. Si seulement mon père était là pour voir cela».</I>

Au départ, elle doit aller farfouiller dans tous les commerces pour savoir où s?approvisionner. Aujourd?hui, elle a ses références. « Cela dit, je travaille 24 heures sur 24. A chaque sortie, je fais certes mes courses mais j?ai aussi l??il pour le business ». Le plus dur pour Annabelle a été de convaincre les clients de son sérieux car tous se fiaient au départ à son apparente jeunesse. « J?ai dû les mettre en confiance et leur dire de me mettre à l?essai avec une petite commande. C?est ce qu?ils ont fait et ils ont compris que I meant business. D?ailleurs, aucun client ne m?a lâchée ».

Si elle a rejoint la CCC à la mort de son père, c?était parce qu?il figurait dans cette instance pendant des années et l?avait présidée durant deux années consécutives. « Il en parlait sans cesse à la maison ». Croyant qu?elle y rencontrerait de l?hostilité du fait que la CCC est restée un monde masculin, Annabelle est agréablement surprise de voir qu?elle s?est trompée sur toute la ligne. « J?ai été bien accueillie. Je n?ai rencontré aucune méfiance ou hostilité. J?ai été admise comme membre, siégé sur le sous-comité travaillant sur le 95e anniversaire, intégré l?exécutif en tant qu?assistant-secrétaire, puis secrétaire. L?année dernière, j?étais vice-présidente et depuis deux semaines, je suis présidente. Je suis super contente. Si seulement mon père était là pour voir cela », dit-elle en soupirant.

La CCC a connu un rajeunissement depuis 2002 et Annabelle entend bien poursuivre sur cette voie. « Je veux dynamiser davantage la CCC, lui donner une autre impulsion. Il faudrait plus d?engagements de la part de ses membres ». Mais elle n?ébranlera pas les fondements de la Chambre car sa philosophie est « le respect de soi et celui des anciens ».

Annabelle a d?ores et déjà sa petite idée sur la façon de célébrer dignement le centenaire de la CCC le 6 décembre. Mais pour l?instant, elle préfère n?en piper mot puisqu?un sous-comité a été chargé d?y travailler. On le saura en temps et lieu?

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