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« Maurice et la Réunion communiquent mal »

30 mars 2008, 00:00

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« Maurice et la Réunion communiquent mal »

Vous avez présenté mercredi « Du rêve à l?action », un livre de Brigitte Croisier, qui reprend un certain nom-bre de vos discours en tant que président de la Région Réunion. Est-ce là votre testament politique ?

Pas du tout ! C?est une initiative de Brigitte. Elle a proposé de transcrire les diverses interventions que j?ai pu faire dans le cadre de mes fonctions et de les regrouper dans un livre. C?est un socle d?idées pour faire connaître ma position.

« Du rêve à l?action »? Au terme de votre longue carrière politique, quelle est l?action dont vous êtes le plus fier ?

Nous sommes en train de vivre probablement la dernière grande révolution démographique. De 6 milliards, l?humanité va passer à 9 milliards d?ici trente ans. Avec des problèmes dont on ne mesure pas les conséquences. De la mê-me manière, le changement climatique aura le même impact sur la planète que la fin de l?ère glaciaire, sauf que là, cela va se faire en un siècle, et non pas sur plusieurs millénaires. Sur le plan économique, pour la première fois, nous faisons face à un marché mondialisé, avec, parmi les conséquences, des problèmes identitaires, des conflits, etc.

Tous ces bouleversements nous amènent à préconiser une politique de prise de conscience. Les Réunionnais ne peuvent plus rester dans une bulle avec la nostalgie du passé, alors qu?on vit une période exaltante. La nostalgie n?est pas une stratégie. S?ils prennent conscience qu?ils sont engagés dans une ère nouvelle, alors j?aurai réussi. On n?est pas un politique responsable si on n?anticipe pas à trente ans.

Vu d?ici, les Réunionnais semblent plutôt bien lotis. Et pourtant, vous dites qu?ils accusent un retard dans leur développement, alors qu?ils disposent des financements et des compétences nécessaires. D?aucuns accusent le système d?en avoir fait des assistés?

Sur le plan individuel, l?intégration de la Réunion comme département français a permis aux Réunionnais de bénéficier des avantages sociaux de la métropole. C?est vrai. Mais il y a un développement propre des capacités endogènes qui n?a pas suivi. C?est là qu?on pèche, parce qu?on a eu tendance à considérer que ce que la France apportait en termes d?aides était une fin en soi. Ce qui n?est évidemment pas le cas. Au-jourd?hui, l?heure de la responsabilité des Réunionnais a sonné. Il nous faut faire une révolution culturelle. Pour reprendre un vers de Césaire, « il est temps de se lever et de se ceindre les reins comme un vaillant homme ».

Vous vous intéressez aux questions environnementales depuis 1987. Vous êtes d?ailleurs président de l?Observa-toire national sur les effets du réchauffement climatique. Avez-vous participé au Grenelle de l?environnement ?

Oui, la Région a contribué par le bilan de ses activités et les perspectives qu?elle souhaitait avoir. Mais en réalité, le travail est déjà fait. On l?a anticipé. Cela dit, nous avons eu la chance d?avoir un projet ? le seul ? sélectionné par tous les experts présents, « Réunion 2030 », qui doit aboutir à l?autonomie énergétique de l?île (électrique en 2025, et en 2030 pour les autres énergies) et à la protection de sa biodiversité.

« Nous devons consulter les élus de nos pays pour mobiliser les populations »

Nos deux îles ont une histoire commune et des défis communs à relever. Il y a là, matière à une coopération étroite entre elles. Mais on a l?impression qu?elle a du mal à décoller. Est-ce dû à la vieille rivalité entre les « îles s?urs » ?

Il est évident que le fait d?avoir été pendant cinquante ans dans des empires rivaux, anglais et français, a entraîné des niveaux de développement différents. Aujourd?hui, ce qui compte, c?est la complémentarité. Notre proximité, notre cousinage font que nous devons avoir un développement solidaire.

Nous sommes des Afro-Asiatiques, faisons fructifier ça !

Prenons un exemple concret : le projet de tram-train, dont le premier tronçon, qui coûtera 1,3 milliard d?euros, est prévu en 2013.

À Maurice, cela fait plus de quinze ans que l?on parle de métro léger. Ne pourriez-vous pas nous faire bénéficier de votre expertise ?

Cela relève du gouvernement mauricien. Mais nous allons faire visiter le tram-train aux Mauriciens et mettre tous nos dossiers à la disposition des autorités.

Quand ?

Dès que le chantier aura démarré l?année prochaine, et pendant toute sa durée.

Un autre exemple : l?une des missions de l?Agence régionale de l?énergie de la Réu-nion que vous avez fondée en 2000 est la diffusion du concept d?autonomie énergétique dans la région. On n?en a pas enten-du parler à Maurice. Y aurait-il une mauvaise communication ?

Oui, hélas, Maurice et la Réunion communiquent mal. Nous sommes trop repliés sur nous-mêmes. Et puis, il y a eu peut-être trop de modestie sur la portée de nos actions. Mais à notre décharge, il faut d?abord qu?un organisme ait une action sur le terrain. On a obtenu que les maires consacrent tous leurs efforts sur les énergies renouvelables en accord avec le Protocole de Kyoto. Aujourd?hui, plusieurs villes comme Le Port ou Saint-Paul sont des villes solaires. Dans la mesure où les résultats sont positifs, pourquoi ne pas développer ce concept dans les autres îles de la région ?

Joël de Rosnay a proposé au gouvernement mauricien de mettre en place le concept d?« île Maurice, île durable » et prône, comme vous, le développement des énergies renouvelables. Vergès, de Rosnay, même combat ? L?avez-vous rencontré pour mettre en place une stratégie commune ?

C?est une chance pour Maurice que d?avoir quelqu?un comme Joël de Rosnay. Il va jouer un rôle important. La formation de nos îles, l?histoire de leur peuplement, nos compétences communes font que le concept de De Rosnay crée les bases d?un échange entre nos deux îles, vis-à-vis de notre co-développement.

Comme je l?ai dit précédemment, le seul projet concret et financé qui a été retenu par le Grenelle de l?environnement, c?est « Réunion 2030 ». Et bien moi, je propose une initiative commu-ne à nos deux pays, « Maurice, Réunion 2030 ». Et je la propose aussi à la France et à l?Europe en leur disant : « Aidez-nous à devenir un exemple de développement durable pour le monde. » Cela va être ma priorité à partir de maintenant.

J?ai rencontré Navin Ramgoolam avec lequel il y a une totale convergence de vues, et j?espère rencontrer de Rosnay. À partir de l?inventaire des différents projets, nous devons consulter les élus et les professionnels de nos pays pour mobiliser et sensibiliser les populations, afin que toutes les parties prenantes soient les acteurs de ce développement durable.

La coopération régionale, vous y croyez vraiment, vous ?

Il faut raffermir nos relations, c?est vrai. Nous préférons parler de co-développement plutôt que de coopération, qui a fait référence à la fois à la colonisation et à l?aide apportée par les pays riches aux pays en développement. Le co-développement suppose que nos pays, à partir de spécificités semblables, ont décidé de mettre en commun des projets, d?avoir une convergence commune, qui doit se concrétiser par des projets et des accords.

De son côté, la Commission de l?océan Indien ne doit pas être un organisme qui comble les vides de la coopération bilatérale, mais être solidaire d?un co-développement du concept « gagnant-gagnant ».

Elle devrait coordonner nos actions, aller au-delà des accords à l?avenir immédiat, et fixer des objectifs pour 2030 et plus. Il y a là un bloc de cinq territoires qui représentera bientôt 48 millions d?habitants. Cela nous donnera une portée régionale et internationale.

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