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Ces héros Ordinaires

29 mars 2008, 00:00

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De solides épaules. Un regard franc. Lui dit qu?il n?a fait qu?agir selon les circonstances. N?empêche que Kamal Sookarry est désormais un nom connu à Mon Goût.

Allez dans les rues de cette localité de Pamplemousses. Expliquez que vous cherchez le gars qui l?autre soir, a raconté à la télé comment il a sauvé des enfants de la noyade en les faisant grimper dans un arbre, au plus fort des pluies torrentielles, mercredi. C?est comme chercher une aiguille dans une botte de foin, direz-vous. Pas tant que cela.

Car il se trouvera une bonne âme pour vous dire «al dimann sa bann dimounn anba la boutik la, dir ou pe rod Sookarry». Effectivement, ils vous indiqueront: «Al droit» dans Chokwa Lane. Au moment de frapper, une voisine sortira pour dire: «Atan mo al kriye zot, zot rest par deryer. »

Mais une fois de plus, cette aventure est sans commune mesure avec les moments difficiles qu?à vécus ce jeune homme de 27 ans, qui «fek retourn depi langleter», où il était inscrit à l?université de Kingston, en BSc Computer Studies.

D?ailleurs, il revient tout juste des funérailles de l?une des victimes des fortes averses. Le temps de se laver les mains, c?est dans sa cuisine, au milieu de tous ses proches, venus l?écouter encore une fois raconter «sa bann aksyon la», que le jeune homme détaille cette pluvieuse après-midi de mercredi.

Ce jour-là, vers 15 h 30, il sort de chez lui, pour «al aste gato». Des munitions pour «get televizion». En trouvant les portes du supermarché closes, il rebrousse chemin. Son attention est attirée par «de kamarad», des connaissances. Deux ados de 12 et 14 ans «kinn vinn get lapli lor pont». Car la localité est traversée par la rivière Citron. Sauf qu?à l?heure qu?il est, la rivière qui déborde de son lit s?est transformée en torrents de boue. Les deux amis, dont l?un à qui il manque la main gauche de naissance, ne peuvent revenir sur leurs pas. L?eau qui a envahi les rues monte à vue d?oeil. Pas loin, un réservoir en plexiglas emporté par les eaux, vient buter contre la rambarde.

Que faire ? L?eau est presque arrivée à hauteur de la poitrine. Qu?à cela ne tienne, c?est en se tenant aux mains courantes que Kamal lutte contre l?eau. Avance centimètre par centimètre. Rejoint les deux amis. Tous, ils grimperont dans un manguier. Avec les difficultés que cela implique pour un ado qui n?a qu?une main. «Si pa ti fer sa, mo kroir pa mo ti pou la zordi pe koz ar ou». Trempés jusqu?aux os, ils attendront deux heures que l?on vienne les secourir. «Dimoun pa kone nou lor piye». La maman de Kamal témoigne: «Ayo, mo rod li kouma enn fol, li dir moi li al laboutik li vini, li pa abitye tarde koumsa.» Kamal ajoute, «Monn trouv sa de lekor la pass divan moi dan dilo, me pa kapav fer narien.»

A-t-il pensé se servir de son portable ? «Portab dan dilo sa ler la.» Il faudra attendre que l?eau baisse pour voir arriver les secours.

Comme Kamal, ils sont nombreux ces héros ordinaires à avoir secouru des personnes en difficulté. Bel élan de solidarité, comme témoigne Armen Run-gasamy, dont la voiture a été emportée sur une distance de 150 mètres par les eaux à Mon Goût. Et que des habitants ont secouru, ainsi que son fils de six ans, qui était avec lui dans la voiture, en s?aidant de cordes. «Mo pa ti atann sa kalite solidarite la», dit-il encore, «pa tro normal», après la panique qu?il a vécue.

Du côté de Quatre-Bornes, Deven Anacootee, jeune président des forces vives, raconte comment il a sillonné la ville avec «enn dizaine kamarad». Comment ils ont conseillé à des étudiants des collèges Régis Chaperon et Ebène SSS de «pa pass lor pont». Comment ils ont dit aux gens de ne pas s?aventurer du côté des rues obstruées, comme celle jouxtant le stade ou le Canal La Ferme.

Et même si le soleil est revenu, ce n?est pas dit que les rivières sont sans danger. De toute la force de ses 71 ans, Ateedeo Goordin s?est évertué d?expliquer aux «madam ki pe vinn lav linz» à la Rivière Citron de ne pas commettre pareille imprudence. «Pa fer narien kant mem ena boukou linz sal, taler ou al perdi lavi», leur a-t-il dit. «En plis dilo lamem sal».

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