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Etat des lieux
Le théâtre vit, les planches vibrent mais cet art à des vagues à l?âme. Pour les trois dramaturges invités à s?exprimer, il est catégorique qu?il y a un mal qui ronge cet art. Si les points varient selon les interlocuteurs, les idées vont dans le même sens.
Surtout concernant l?absence d?une culture du théâtre. Il y a un manque de création et pas assez de proposition, souligne Gaston Valayden. «Le théâtre n?est pas bien ancré dans la culture mauricienne. Oui, il va mal. Mais je reste positif, en espérant que la situation va s?améliorer,» déclare Bulram Tacouri de l?Academy of Film and Theatre. Pour Henri Favory, la situation est plus grave.
«Le théâtre ne va pas bien. Aussi longtemps qu?on ne fait pas du théâtre notre gagne-pain il ne va pas marcher.»
Cette condition fait que cet art ne prend pas l?essor espéré. «Il faut que les artistes soient payés pour ce qu?ils font et non dépendre des billets d?entrée pour avoir un salaire? Le théâtre à Maurice est un art difficile. Cela ne veut pas dire que les autres formes d?art sont faciles,» ajoute-t-il.
Où est le mal ? Pour les dramaturges, le système d?éducation est la cause de ce manque d?intérêt. «Les jeunes n?ont pas l?occasion de vivre le théâtre. Ils sont broyés par le système éducatif,» observe Gaston Valayden.
«réduit au rire»
«On n?a pas inculqué cet art à l?école. Je ne critique personne mais je trouve que ce secteur est toujours négligé. Il n?y a qu?une minorité qui s?intéresse au théâtre,» observe pour sa part Bulram Tacouri. Les problèmes du théâtre tournent autour de l?aspect économique et le manque de formations suivies, constate Henri Favory.
Si le théâtre vit, il est malheureusement «réduit au rire», observe Gaston Valayden. «On a aussi tendance à prendre le théâtre en créole comme un divertissement, un art qui fait rire? Les gens préfèrent rire que réfléchir,» ajoute Gaston Valayden. Bulram Tacouri constate aussi que les «infrastructures ne sont plus en phase avec les demandes. Les deux grands théâtres du pays ne sont, aujourd?hui, que des monuments.»
L?Etat ne montre pas assez d?intérêt pour ces lieux, ajoute le dramaturge. Il y a aussi un manque de soutien financier pour la réalisation d?une pièce.
Selon Henri Favory, la peur et l?ignorance causent du tort au théâtre. «A Maurice, les pouvoirs publics favorisent les arts plastiques, la danse? Ces arts ne les dérangent pas car ils ne comprennent pas les messages que dégagent ces ?uvres, d?ailleurs un ministre des Arts et de la Culture l?avait dit lors d?un spectacle de danse. Alors que le théâtre gêne. Le théâtre est un art, dont les dirigeants ont peur surtout quand il est en créole.» Il faut ainsi des personnes progressistes qui peuvent le laisser développer. «Les autres ont peur ou sont ignorants». Et de conclure : «Le message est plus fort là où l?art est plus fort? Plus tu travailles le style plus tu renforces le message.»
?Le théâtre comique attire davantage que le dramatique?
«Le bilan de chaque Festival de Théâtre annuel produit par Immedia, avec la collaboration de metteurs en scène mauriciens et la mairie de Port-Louis, est généralement positif. C?est l?occasion pour les dramaturges, metteurs en scène et comédiens professionnels et semi-professionnels de faire montre de leur talent. Il y a également la participation de troupes théâtrales de l?étranger, ce qui permet des échanges avec nos artistes. Concernant le public, on le souhaiterait plus nombreux. Il est surtout composé de mordus du théâtre mais aussi de jeunes intéressés par cet art. On constate, heureusement, un regain d?intérêt pour le théâtre par la jeune génération dû principalement au travail de formation des écoles de théâtre. Le théâtre comique et mélodramatique attire davantage que le théâtre dramatique ou tragique. La raison principale est que peu de Mauriciens ont une culture théâtrale. De plus, le stress de la vie moderne ne favorise pas l?intérêt pour des spectacles intellectuels et cérébraux. Et c?est dommage, car je pense qu?il faut continuer à créer et à présenter différents genres de spectacle.»
« Qu?apportent les concours de théâtre au théâtre ? » s?interroge Henri Favory. Selon lui, la compétition, les concours détruisent la créativité. Mais, poursuit le dramaturge, il y a une autre forme de compétition? la compétition avec soi-même. Cette volonté d?aller de l?avant.
De se parfaire. «Il s?agit d?éveiller et de nourrir la créativité pour aller plus loin. C?est cela qu?il faut inculquer à la jeunesse pour cultiver l?art du théâtre. Je suis pour l?introduction de l?art, le théâtre, le dessin, la danse, la musique? dans le système éducatif. Pour éveiller la créativité des enfants dès la maternelle. Mais pas à travers la compétition,» conclut Henri Favory.
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