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Ces maladies qu?on respire

28 mars 2008, 00:00

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« On sait par quoi elle se termine, mais on ne sait pas comment elle commence » : cette phrase qu?affectionne le docteur Roland Donat, pneumologue, sur le caractère « insidieux » de la pollution atmosphérique et de ses conséquences sur la santé, souligne toute l?importance des études à mener dans la population pour être à même de cerner les dangers auxquelles elle est exposée ? en bref, le rôle de l?épidémiologie est essentiel ici.

« L?épidémiologie, c?est l?étude des statistiques, des relations de cause à effet et autres rapports entre un groupe de maladies et certains facteurs dans une population donnée », indique le pneumologue. « Il existe à Maurice de pareilles études dans le cas de la prévalence de l?asthme ? le rapport Isaac. Mais pas a priori sur les effets pathogènes de la pollution de l?air ».

Reste qu?« il y a de fortes chances qu?un asthmatique qui roulerait entre Port-Louis et Floréal derrière certains types de voitures diesel meure étouffé avant d?arriver à destination. »

La pollution atmosphérique mérite d?être définie du point de vue médical : c?est une pollution « liée à la présence dans l?air de fumée, de gaz, de vapeurs toxiques, de poussière et de germes microbiens et allergènes », renseigne le médecin.

Cette pollution atmosphérique est liée aux sources d?émissions : principalement on trouve d?un côté la pollution industrielle, et de l?autre la pollution émanant du parc automobile.

Si en Europe, l?aspect industriel fait l?objet d?un contrôle rigoureux ? l?essentiel du danger de la pollution vient des gaz d?échappement des automobiles ? dans un pays émergent comme Maurice « nous souffrons des deux types de pollution ensemble ! » déplore Roland Donat.

Mais il est parfois difficile de bien cerner l?effet de la pollution. Alors que lorsqu?on est en présence d?un pic de pollution, la relation peut être aisément établie. « Jeune médecin de l?hôpital Civil, j?ai pu observer les effets d?un dégagement subit de vapeurs toxiques provoquant des cas d?étouffement lors de l?incendie du bâtiment connu de Port-Louis dans les années 70.»

Mais lorsqu?il s?agit de pollution chronique, celle qui est la plus fréquente et celle qui provient par exemple des émissions de cheminées d?usine ou des pots d?échappement, « les dégâts se font à longue haleine, et le mal est insidieux ». Les différentes substances polluantes et types de pollutions présents dans l?air sont aussi « autant de cofacteurs qui brouillent l?image claire et nette qu?on chercherait à faire apparaître entre une source et un mal », ajoute le docteur.

Substances nocives

Tous ces irritants dans l?air pourront avoir des effets néfastes au niveau du système respiratoire, un système qui va du nez jusqu?au plus profond des poumons, aux alvéoles.

Du point de vue des maladies liées à la pollution atmosphérique, on observe plusieurs catégories : « Les rhinites, qui dénotent l?effet d?une pollution au niveau nasal ; l?asthme, aigu ou chronique, au niveau de l?appareil respiratoire lui-même, des bronches ; les bronchites et emphysèmes ou chroniques (classées parmi les broncho-pneumopathies chroniques obstructives ? BPCO) ; les cancers pulmonaires. »

On connaît les substances nocives par rapport au cancer : « En tête de liste, on trouve ainsi les gaz, dont le dioxyde de soufre (SO_) et autres acido-particulaires (pollution de particules acides). On associe cette pollution à la combustion de charbon et de mazout, riches en soufre », indique Roland Donat.

Toujours parmi les gaz, voici les oxydes d?azote, liés au trafic automobile. Ils sont suivis par les émanations de certaines industries provoquées par la combustion de produits chimiques.

L?ozone, quant à lui, lorsque produit par la combustion, « peut aussi être une source de pollution, particulièrement sur des sites où l?air ne circule pas, comme dans une vallée ».

Plus notoire, le monoxyde de carbone, associé aux voitures qui rouent à l?essence, « est une cause majeure de pollution urbaine ».

Une autre forme de pollution atmosphérique se manifeste par des particules en suspension : « la combustion de charbon (ou de la canne) provoque en effet ce lâcher de particules dans l?air ».

Et cette fumée de cigarette alors ! Le docteur Donat est catégorique : « Comparé, l?incidence de la cigarette est tout aussi néfaste. Les études épidémiologiques faites dans le monde ne laissent planer aucun doute sur le rôle du tabac dans le processus meurtrier du cancer du poumon ». L?effet synergique du tabac est « dévastateur, notamment sur les mécanismes biologiques. Le taux de mortalité dans le cas d?un cancer pulmonaire est très élevé ».

Quant à la pollution, les études montrent qu?il y a une relation, « mais il y a tellement de cofacteurs, qu?il reste difficile de montrer clairement que telle émanation donne tel mal. Reste que le tabac, dans ce cas, peut lui aussi être un cofacteur aggravant ».

Voilà pourquoi chez un enfant en bas âge, on ne pourra pas établir de relation directe entre la pollution atmosphérique et une bronchite chronique. La pollution peu certes l?aggraver mais non la provoquer. Pour constater qu?un enfant a des poumons de gros fumeurs, il faudrait l?opérer pour voir si ses poumons sont réellement atteints.

Par contre, un examen clinique suffit pour diagnostiquer une bronchite chronique ? une toux prolongée sur des mois. D?autres cas nécessitent une exploration du système respiratoire, une observation radiologique, ou via le scan : emphysèmes, cancers?

Mais en cas de pic de pollution, on pourra observer « des lésions ». Par lésion, il faut comprendre l?abrasion du « revêtement » de la paroi des bronches ? l?épithélium ? par les vapeurs toxiques.

On peut aussi rencontrer des dépôts de particules au plus profond des bronches, au niveau des alvéoles.

L?irritation des yeux pourra être davantage associée à une pollution chronique. « Chez une personne asthmatique et allergique, l?exposition à une pollution peut aggraver une conjonctivite ».

Certaines personnes sont certes plus vulnérables à la pollution ? les enfants souffrant d?asthme, personnes âgées atteintes de maladies respiratoires qui découlent d?une autre cause que celles liées à la pollution elle-même.

Promiscuité

Il y a aussi trois éléments à prendre en considération lorsqu?on parle de pollution : son intensité, sa durée et le facteur promiscuité. « La durée d?exposition à un produit polluant peut déterminer l?apparition de la maladie. » Par intensité on peut comprendre « le volume de pollution émis dans un moment donné. » Enfin, l?élément promiscuité décrit « une situation où les personnes affectées sont dans un local fermé ou vivent non loin de la source polluante ».

Dans certains milieux professionnels, il existe un médecin du travail qui effectue des tests pour mesurer le degré de pollution (en nanogrammes).

La prévention est possible, mais, on s?en doute, elle est davantage du ressort des décideurs que de la santé. « Il faut réduire les polluants. On sait qu?il y a des technologies disponibles, des filtres. On peut aussi opérer des choix énergétiques. On sait que l?huile lourde et le charbon sont particulièrement toxiques. »

En Europe, leur impact est diminué et ce sont les émissions du parc automobile qui continuent de préoccuper, souligne Roland Donat. « Je rappelle que chez nous, nous avons les deux problèmes. Enfin et surtout dans un pays comme le nôtre, il faut une meilleure prise en compte des problèmes de pollution de l?air dans la politique d?aménagement du territoire ».

Le docteur Donat, en guise de conclusion, nous livre un message de l?Organisation mondiale de la Santé : « Environnement d?aujourd?hui, santé de demain ».

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