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Agent double

28 mars 2008, 00:00

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Fin février 2001, l?agent du FBI, Robert Hanssen, se fait arrêter par ses collègues pour avoir vendu des informations sensibles aux Soviétiques, puis aux Russes, durant plus de 15 ans. L?affaire fait la une des journaux américains et on en parle jusqu?au fameux 11 septembre de cette année, lorsqu?une autre affaire encore plus dramatique fait comprendre au bon peuple américain que la plus grande menace qui pèse sur lui ne provient pas du communisme.

Les films inspirés de faits authentiques ne font pas nécessairement de bons films. Et, pour nous raconter l?«affaire Hanssen», le réalisateur Billy Ray ne choisit pas la voie la plus évidente, celle qui entretient le suspense en laissant le spectateur dans la plus totale ignorance quant au dénouement de l?histoire. Son film, Agent double, commence avec l?arrestation de Robert Hanssen à la une des journaux télévisés, un matin de février 2001. La séquence a tout l?air de provenir d?images d?archives et elle ne comporte aucun gros plan de l?agent double. Ce qui permet au réalisateur de nous offrir à la fin du film, une reconstitution authentique de cette arrestation, avec Chris Cooper dans le rôle de Hanssen et Ryan Philippe dans le personnage authentique de l?agent Eric O?Neill. Ce dernier a participé au tournage en tant que conseiller technique.

Au vu du retentissement que connut cette histoire récente, il aurait été presque ridicule pour ce film de commencer autrement que par la fin. Ce qui n?empêche pas de se demander ce que les auteurs vont nous mettre sous la dent lorsque, peu après la séquence d?ouverture, le film nous ramène deux mois en arrière. O?Neill est alors agent en formation et il est retiré d?une surveillance pour être promu assistant personnel de Robert Hansen avec pour mission de surveiller ce dernier, soupçonné de ?harcèlement et de déviance sexuelle?. Comme nous connaissons, nous, les vraies raisons de cette surveillance, cela exclut a priori tout mystère et donc tout suspense.

Dans le sens où ou l?entend généralement, il y a bien quelques moments de suspense dans Agent double (lors de la fouille intégrale d?une voiture, par exemple). Mais la réussite de ces moments-là découle justement d?une autre qualité qui rend ce film proche des romans de John Le Carré ou de Graham Greene ou encore de L?agent secret de Joseph Conrad. Agent double est un film qui repose essentiellement sur un personnage, celui de Robert Hanssen trahissant son pays, mais patriote ardent, catholique tendance Hezbullah et membre de l?Opus Dei, tout en étant voyeur et exhibitionniste. Chris Cooper, grand acteur de genre, y tient l?un de ses plus grands rôles. Sous son teint blafard, derrière ses poches sous les yeux, son sourire crispé et ses manières abruptes, il nous montre les angoisses et les conflits intérieurs d?un homme au bout du rouleau. On s?interroge sans cesse sur ses motivations et il suscite tantôt un certain dégoût, tantôt de la compassion. Parfois même, on partagera l?admiration que lui voue O?Neill. Ryan Philippe ne démérite pas dans son rôle, mais on ne dira pas non plus qu?il crève l?écran. Son personnage semble exister essentiellement pour relayer le spectateur et le placer au c?ur de l?histoire. La réalisation on ne peut plus sobre de Billy Ray finit alors par procurer cette sensation d?immersion dans un univers sombre, ce que le cinéaste accentue à travers ses images de Washington en hiver.

L?appréciation qu?on aura d?Agent double dépendra d?une éventuelle répulsion ? fascination qu?on éprouvera pour le personnage de Robert Hanssen. Dans lequel cas, ce film aura été un bon thriller mais sans suspense. Ce qui relève de la prouesse.

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