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L?avenir incertain de l?or bleu

25 mars 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est un des grands paradoxes planétaires. La commodité la plus vitale qui soit, en l?occurrence l?eau, est également celle qui est la plus souvent prise pour acquis, du moins par ceux qui y ont accès. Ceux qui n?ont pas ce privilège, par contre, sont parmi les seuls à l?apprécier à sa juste valeur. Dans les années à venir, la complaisance des premiers risque toutefois d?être remplacée par la réalisation que la sécurité hydrologique est un luxe qui se fait de plus en plus rare et que chaque goutte d?eau mérite d?être économisée.

Jusqu?à maintenant, Maurice a été relativement épargné par la précarité hydrologique grâce en grande partie à une pluviométrie adéquate. Et même si la dernière grande sécheresse remonte à 1999 où un peu plus de 2 000 millions de mètres cubes (m3) de pluie étaient tombés (comparés au double en 2004), la demande croissante pour cette ressource vitale, ajoutée aux vulnérabilités engendrées par les perturbations climatiques et à la pollution, indique que les limitations hydrologiques pourraient se pointer à l?horizon avant trop longtemps.

Alors comment s?adapter à cette tendance mondiale pour le moins inquiétante ? Comme pour tout problème complexe, il n?existe aucune solution toute faite. D?aucuns parlent de dessalement, mais cette méthode utilisée par certains hôtels consomme beaucoup d?énergie et, qui plus est, génère une quantité de déchets liquides non négligeables. Certes, le dessalement est une option valable, à condition bien sûr de fonctionner à l?énergie solaire. Il n?est toutefois pas la panacée qui répondra à lui seul aux besoins du pays dans le long terme.

La sécurité hydrologique passe donc par plusieurs chemins, et qui parle de chemin, parle forcément de chemin à faire. Regardons, par exemple, du côté de la station d?épuration de St-Martin. Celle-ci traite environ 98 000 m3 d?eaux usées quotidiennement dont 40 000 m3 (soit un peu plus de 14,5 Mm3 annuellement) sont recyclées et réutilisées pour l?irrigation. Or un rapport du MRC sur les ressources en eau publié en 2001 avait chiffré le volume d?eaux usées «traitées qui pourraient être utilisées pour l?irrigation» à 55 Mm3 par an. Dans les années à venir, il faudra donc augmenter le volume d?eaux usées réutilisées pour l?irrigation (le secteur agricole consomme près de la moitié de la fourniture d?eau annuelle) afin de libérer davantage de ressources hydrologiques pour les besoins aussi bien domestiques et industriels que touristiques.

Fait préoccupant, le réseau de distribution d?eau accuse un taux de fuite avoisinant les 45 %. Même si ce chiffre se trouve dans la moyenne mondiale, «perdre» 450 Mm3 d?eau par an semble un tantinet outrancier. Le rapport du MRC avait d?ailleurs identifié cette lacune comme «un problème majeur pour la production et la distribution d?eau potable». Minimiser le taux de fuites sera sans doute un des grands défis à l?avenir si on souhaite maximiser nos ressources en eau.

Un autre recours potentiel est la réutilisation des eaux de pluie. L?Allemagne est apparemment un des pionniers de cette technique qui, au fait, est plus complexe qu?il ne pourrait sembler au premier abord. Il n?est toutefois pas nécessaire pour Maurice d?être en possession des dernières technologies pour commencer à atteler ne serait-ce qu?une petite fraction des 4 000 Mm3 de précipitation annuelle à des fins sanitaires et d?irrigation.

Mais au final, notre sécurité hydrologique dépendra des efforts de tout un chacun. «Le développement économique a résulté en une demande accrue pour l?eau», laisse-t-on entendre du côté de la Water Resources Unit (WRU). Et même si «des efforts sont en cours» pour augmenter les réserves hydrologiques, «il devient nécessaire d?économiser l?eau à tous les niveaux. Notre adaptabilité à long terme passera par le développement d?une culture d?économie d?eau».

Un vieux proverbe du Lesotho évoque les enjeux de manière imagée : «Paix, pluie, prospérité.» Les trois facteurs sont intimement liés. Rappelez-vous en la prochaine fois que vous ouvrez un robinet.

Assainissement :

Le jeu en vaut amplement la chandelle

● Ce n?est certes pas le sujet le plus «glamour» de l?année mais l?assainissement est un des problèmes les plus pressants auquel est confrontée la planète. À tel point qu?il a été adopté comme thème essentiel par l?UNESCO pour la Journée mondiale de l?eau, célébrée jeudi dernier. «Les gens ne sont pas conscients que toute l?eau qu?ils utilisent retourne dans l?environnement sous forme d?eaux usées. Si celles-ci ne sont pas collectées et traitées, elles peuvent contaminer les rivières, les lagons et les nappes phréatiques», rappelle le directeur général de la «Wastewater Management Authority», Anoop Soonarane. Et même si Maurice a fait preuve d?une «très bonne vision » en matière de services d?assainissement, et notamment en investissant massivement dans des réseaux de tout-à-l?égout, il n?empêche qu?un travail doit être effectué au niveau de la sensibilisation de la population. «On trouve toutes sortes de choses, comme des couches de bébé, des tampons et même des bouts de bois, dans le réseau de tout-à-l?égout. Ce n?est pas fait pour ça !» déplore-t-il. Il faudra également envisager la collecte d?huiles usées qui, une fois dans le réseau de tout-à-l?égout, compliquent le recyclage des eaux usées pour l?irrigation.

Comment améliorer la gestion des déchets liquides ?

Favorisez des produits détergents biodégradables

● Faites don de vos restes de peinture et de diluants au lieu de les jeter.

Réutilisez au maximum vos huiles et détergents.

Le chiffre

● Plus d?un milliard d?êtres humains n?ont pas accès à l?eau potable.

Pour ceux qui n?ont pas accès aux services d?assainissement, il faut compter le double.

<B>Savoir plus</B>

www.unesco.org/water/index_fr.shtml

www.sciences-po.org/projets_collectifs/eau/home.html

www.mrc.org.mu/Documents/ Thematic/WaterReport.pdf

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