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Orange : un scandale financier ?

25 mars 2008, 00:00

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«À l?aube de la colonisation, les Européens ?achetaient? les trésors de certains peuples en leur offrant des miroirs cassés. C?est exactement ce que fait en ce moment France Telecom en amenant certaines compagnies de téléphonie mobile à porter le nom d?Orange contre paiement de royalties», Celui qui parle est un opérateur de téléphonie local.

Selon lui, ni Mauritius Telecom ni Cellplus n?a besoin du nom d?Orange pour étendre leurs activités ou réaliser de plus gros profits. «Il ne faut pas être expert en gestion pour savoir qu?un rebranding de Cellplus n?aura aucune incidence sur le service offert. Il n?y aura aucune migration d?Emtel vers Cellplus avec ce changement de nom. Orange n?offrira que son nom et ne donnera aucune expertise ou équipements pour améliorer le service. Et juste pour porter le nom d?Orange, on devra payer des centaines de millions à France Telecom. Et ce sont les consommateurs mauriciens qui paieront la note», ajoute l?opérateur qui a demandé à garder l?anonymat pour des raisons évidentes.

Il estime que ce deal, si jamais il est conclu, est une manière détournée de forcer les Mauriciens à participer dans une certaine mesure au repaiement des dettes de France Telecom, qui s?élève à 38 milliards d?euros (voir hors-texte). Dettes dues en large partie à l'achat d?Orange par France Telecom.

Dans le passé, des investisseurs mauriciens, dont une importante banque et Mauritius Telecom, auraient déjà fait les frais de l?utilisation de nom Orange par France Telecom. En effet, bien avant son arrivée à Maurice, cet opérateur historique de France est entré en joint-venture avec Mauritius Telecom et des grosses firmes mauriciennes pour lancer une compagnie de téléphonie mobile à Madagascar à travers Telsea Investment Ltd, compagnie créée dans l?offshore mauricien.

Mauritius Telecom et les investisseurs mauriciens devaient commettre une erreur capitale en permettant à France Telecom de détenir 51 % des actions de cette compagnie. Mauritius Telecom n?avait que 24,5 % d?actions et les autres investisseurs locaux un total de 24,5 %.

Cette compagnie a en fait acheté une licence de téléphonie mo-bile détenu par une compagnie malgache pour lancer Antaris, qui est à sa formation le 4e opérateur de téléphone mobile de la Grande île.

«Aujourd?hui, c?est en brandissant le i-phone que certains veulent justifier les fortes sommes que Cellplus aura à payer pour porter le nom d?Orange.»</I>

Les experts en téléphonie mobile estimaient les chances de réussite de ce 4e opérateur comme étant quasi nulle. Mais la gestion et l?expertise des techniciens de Mauritius Telecom et la confiance des investisseurs mauriciens allaient faire la différence. En 1998, Antaris devient l?opérateur no 1 de Madagascar. De gros profits sont générés et des dividendes rapatriés.

C?est à ce moment-là que France Telecom impose un changement de nom. Il demande qu?Antaris prennent le nom d?Orange. Pour porter ce nom, Antaris aura à payer à France Telecom à verser 3 % de ses revenus à France Telecom en sus des royalties. Ces deux frais imposés pour porter le nom d?Orange s?élèvent à plusieurs millions.

Protestation des actionnaires mauriciens qui arguent qu?Antaris n?a nullement besoin du nom d?Orange pour étendre ses activités et réaliser de gros profits. Ils ajoutent que France Tele-com n?apporte rien en termes d?expertise nouvelle, de technologie nouvelle ou d?équipement additionnels en offrant le nom d?Orange à Antaris. Peine perdue.

Un de ceux qui avait assisté au conseil d?administration d?Antaris raconte : «Je me souviens qu?on avait demandé au représentant de France Telecom pourquoi on devait lui remettre une copie des comptes d?Antaris tous les mois, pourquoi on devait lui payer un certain pourcentage sur nos revenus en sus des royalties quand il ne nous donnait rien en retour. Nous lui avons fait comprendre que Antaris n?avait pas besoin du nom d?Orange pour poursuivre sa croissance. Il a maintenu sa position. Bien après, hors de la salle de réunion, il nous a dit qu?il était d?accord avec nous, mais qu?il ne pouvait faire autrement. Que la décision de changer Antaris en Orange pour recueillir un pourcentage du chiffre d?affaires et des royalties avait été imposée par la direction de France Telecom.»

Forte de ses 51 % d?actions, France Telecom a fini par imposer sa décision, pour empocher davantage d?argent sur les opérations d?Antaris au détriment des autres actionnaires.

Aujourd?hui, c?est en brandissant le i-phone que certains veulent justifier les fortes sommes que Cellplus aura à payer pour porter le nom d?Orange.

«Ni Mauritius Telecom, ni Cellplus n?a besoin de France Telecom ou d?Orange pour adopter l?i-Phone. C?est une technologie comme une autre qui s?achète. En fait, c?est France Telecom qui doit payer Cellplus si ce dernier porte le nom d?Orange. En fait, France Telecom va ajouter les abonnés de Cellplus sur sa liste d?abonnées pour faire état de sa croissance et donner un petit plus à ses actions en Bourse» explique un autre opérateur mauricien de téléphonie mobile.

L?adoption du nom d?Orange par Cellplus et éventuellement Mauritius Telecom est considérée comme un scandale financier dans les milieux des actionnaires de Mauritius Telecom. Ceux-ci peuvent contester en Cour suprême tout deal dans ce sens.

<B>Les actionnaires de Mauritius Telecom se mobilisent</B>

Ce sont les utilisateurs de téléphonie mobile et les actionnaires de «Mauritius Telecom» (MT) qui seront les grands perdants dans un éventuel «deal» pour changer le nom de «Cellplus» en celui d?«Orange». Ainsi, un groupe d?actionnaires de MT cherche en ce moment à entrer une pétition en Cour suprême pour contester ce changement de nom accompagné d?un paiement de «royalties».

En fait, 40 % des actions de «Mauritius Telecom» sont détenues par le gouvernement et le «National Pensions Fund», 19 % par la «State Commercial Bank» et 1 % par les employés et des ex-employés de MT.

Mises en vente au départ à Rs 16 à ces employés et ceux qui ont pris leur retraite après 2004, les actions, après déclaration de dividendes, ont été vendues à Rs 9.Le nombre d?actions que détient un employé dépend de son temps de service.

Plusieurs de ces actionnaires cherchent à connaître les détails de ce «deal». Selon des renseignements venant de MT, il est question d?un paiement de 3 % sur le chiffre d?affaires de MT.

«C?est une aberration d?accepter un tel «deal». Disons que j?ai une entreprise qui a un chiffre d?affaires de Rs 100. Mon profit est de Rs 3.

En prélevant 3 % de mon chiffre d?affaires, vous prenez tout mon profit.

Il faut comprendre que payer un pourcentage sur les profits est une chose, payez un pourcentage sur le chiffre d?affaires est inacceptable», explique un actionnaire de MT qui détient quelques actions. «Avec une seule action, on peut contester le «deal» Orange en cour», affirme un légiste.

<B>Historique</B>

Orange est une filiale détenue à 100 % par le groupe France Telecom. À l?origine, Orange est un opérateur de téléphonie mobile de la Grande-Bretagne en compétition avec l?opérateur historique British Telecom (BT). Très vite, Orange va surpasser BT pour devenir le premier opérateur de téléphonie mobile britannique. Son succès est dû à une culture corporative et un marketing qui surprend et accroche. Par exemple, il n?y aura jamais la photo d?un téléphone sur leurs panneaux publicitaires. Son succès en fait l?objet de toutes les convoitises. Orange va cependant commettre une erreur capitale. À l?annonce de l?arrivée du 3G, Orange fonce. La licence 3G est mise aux enchères par le régulateur britannique. On disait alors que le passage du GSM au 3G équivaudrait au passage de la télé noir et blanc à la télé couleur. La fréquence pour l?exploitation du 3G est ainsi mise en vente par une «running auction». Orange fait de la surenchère et des milliards sont proposés. Finalement quand il obtient la licence, il est endetté par une somme de plusieurs dizaines de fois sa valeur. En l?an 2000 France Telecom rachète à Vodafone l?entreprise Orange. France Telecom, déjà cotée sur la bourse de Paris, entreprenait alors une campagne d?acquisition pour s?internationaliser. Acquisition et fusion se succèdent. France Telecom a acheté la grande majorité d'Orange Plc en 2000 et l'intégralité en 2003 ; ensuite il l'a fusionnée avec ses activités mobiles (Itinéris, OLA, Mobicarte) en une filiale nommée Orange SA. France Telecom a en fait acheté Orange avec ses dettes à 100 %. Résultat des courses : en 2001, France Telecom a 70 milliards d?euros de dettes résultant principalement de l?acquisition d?Orange. Un endettement qui arrive au mauvais moment. Le 3G ne tient pas ses promesses. La situation est si catastrophique que France Telecom finit par vendre ses locaux de Paris et de propriétaire, il devient locataire. C?est le développement du GSM qui lui permettra de pallier. Il ne vendra pas Orange, mais utilisera ce «brand name» qui est vendu à des opérateurs contre des royalties, ou utilisé pour entrer en partenariat avec des opérateurs d?Afrique et d?Asie. Aujourd?hui le groupe Orange (téléphonie mobile) compte 21,4 m de clients en France pour 47,1 % de parts de marché. Il est le premier opérateur en France et le troisième en Europe avec plus de 67 millions de clients.

<B>France Telecom : des dettes de 38 milliards d?euros</B>

■ France Telecom, qui détient 40 % des actions de «Mauritius Telecom», est en fait une compagnie fortement endettée. L'endettement financier net de France Telecom au 31 décembre 2007, s'élève à 38 milliards d'euros.

Les déboires de France Telecom commencent en 1997 quand le capital de France Telecom est ouvert avec succès dans le cadre d'une Bourse euphorique due au phénomène de la bulle Internet. Une seconde ouverture a lieu en 1998. Les investisseurs ne lésinaient pas à investir gros dans les télécommunications et l?Internet.

Or, en 1997, France Telecom est en retard dans la course à l?internalisation comme ses concurrents internationaux comme Vodafone. France Telecom se met alors à chercher des acquisitions au plus fort de la valorisation des années de la bulle Internet. Son alliance avec Deutsche Telekom va échouer lorsque ce dernier annonce un projet de rapprochement avec «Telecom Italia» sans avertir les Français.

En sus d?Orange, France Telecom a également fait de nombreuses autres acquisitions de sociétés. Plusieurs ont été revendues. Mais pas les 40 % d?actions achetées de «Mauritius Telecom». En fait, «Mauritius Telecom» est considérée comme une poule aux ?ufs d?or par l?opérateur français. Quoi qu?il en soit, de 2002 à 2005, France Telecom doit rembourser chaque année entre cinq et 15 milliards d'euros de dettes. Le cours de l'action s'effondre à 6,94 euros le 30 septembre 2002, alors qu'il était à 219 euros le 2 mars 2000.

En 2002, France Telecom est la deuxième entreprise la plus endettée du monde (à court terme). Il a obtenu 15 milliards de réaménagement de la dette à être pris en charge par les banques et investisseurs, 15 milliards d'augmentation de capital réclamés à l'État alors actionnaire majoritaire, et 15 milliards de trésorerie à dégager grâce à des économies internes. C?est cette situation économique qui fait dire à certains analystes qu?on n?aurait jamais dû permettre la vente de 40 % des actions de «Mauritius Telecom» à France Telecom.

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