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Onze ministres quittent le gouvernement Jugnauth
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Onze ministres quittent le gouvernement Jugnauth
Inoubliable mardi 22 mars 1983. Journée aux antipodes de la fête de l?unité nationale du 22 juin 1982, rassemblant 200 000 Mauriciens, Mauriciennes, d?accord et même enthousiastes pou marche la main dans la main / Pou prospérité, pou bonhère lé pep / Pou bâtir ène nation mauricienne. Journée décisive qui commence avec les commentaires tous azimuts suscités par l?annonce, la veille, de la brutale démission de Gaëtan Essoo, directeur général de la MBC, (le second limogeage depuis le 11 juin 1982 après celle de Matou Delaître), ?uvre d?Anerood Jugnauth, après consultation avec Harish Boodhoo. On rappelle les circonstances, conduisant à ce point de retour. Et puis... soudain... c?est le coup de théâtre... on apprend qu?à 15h30, en ce 22 mars 1983, onze ministres démissionnent du gouvernement d?Anerood Jugnauth.
Ils sont Paul Bérenger, Jean Claude de l?Estrac, Swalay Kasenally, Cassam Uteem, Lloyd Baligadoo, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Prem Koonjoo, Rama Poonoosamy, Kailash Ruhee et Jocelyn Seenyen. Ils protestent contre la façon de faire d?Anerood Jugnauth. Ils n?encaissent pas le brutal limogeage de Gaëtan Essoo.
Anerood Jugnauth ne perd pas le nord pour autant. Il annonce qu?il formera un autre gouvernement, en espérant qu?il aura la majorité parlementaire requise à cet effet. Restent avec lui, au sein du gouvernement, Kader Bhayat, Harish Boodhoo, Rohit Beedassy, Kishore Deerpalsingh et Diwakar Bhundun (Sports). Ce n?est pas beaucoup. Onze démissionnaires contre seulement six fermes. Deux inconnues : Ramduth Jaddoo (Education) en vadrouille au... Zimbabwe et Serge Clair, leader de l?OPR. Mais il y a la masse des back-benchers et surtout ceux pouvant prétendre à un portefeuille ministériel. On pense à leurs épouses, surtout celles arrivant difficilement à cacher leur déception et frustration, après la composition du premier gouvernement MMM-PSM. Il y a de la revanche dans l?air. Le Parlement reprend ses assises avec seulement six ministres dans les rangs gouvernementaux. Les back-benchers font de la place aux démissionnaires mais ils sont un certain nombre à lorgner et même à loucher en direction de tous ces maroquins ministériels inoccupés. Ainsi va la politique à Maurice. Le malheur des uns peut parfois faire le bonheur des autres. Comme si de rien était, Jugnauth présente le projet de création d?un mort-né : le conseil économique et social. Aujourd?hui encore, il survit mal à cet accouchement laborieux.
Comment arrive-t-on à cette répétition de la crise d?octobre 1982 ? La lézarde, zébrant désormais la triste façade du gouvernement MMM-PSM, ne s?est jamais cicatrisée. Les tiraillements ne manquent pas, l?élargissant d?autant et lui donnant même allure de brèche par laquelle Seewoosagur Ramgoolam, Gaëtan Duval, Satcam Boolell, réconciliés par le ciment de l?anti-Bérenger, voudraient tant s?engouffrer pour retrouver la sécurité douillette de notre Hôtel du Gouvernement. Patience camarades ! Votre tour viendra.
L?on apprend que des ministres se sont réunis à deux reprises à 13 heures puis à 14 h 30. A l?ordre du jour : le profond mécontentement prévalant en leur sein. Prophétique l?un d?entre eux lance même : «ça ne peut plus se continuer ! L?esprit d?équipe est mort». Certains sont mauves de colère à l?idée qu?ils ont appris le limogeage de Gaëtan Essoo à la télévision, comme n?importe quel ti-dimoune.
A 10 heures, en cet inoubliable 22 mars 1983, Bérenger confie à la presse : «Il y a aura des développements considérables». Des ministres ne décolèrent pas qu?une telle décision (la révocation d?Essoo) ait pu être prise, en dehors du conseil des ministres. Une façon comme une autre de l?assimiler à une attitude dictatoriale, sinon stalinienne.
11 heures. Les couloirs de l?Assemblée législative se remplissent de parlementaires et de journalistes. Bérenger va d?un groupe à l?autre, ricanant sans cesse. Présage indiscutable qu?une crise majeure éclatera tôt ou tard. 11 h 30. Députés et ministres prennent place et nombre d?entre eux se regardent en chiens de faïence. A l?heure des réponses ministérielles, Bérenger rabroue Parsooramen et lui propose même des leçons particulières en matière de commerce. Il conteste, auprès du Speaker, une longue déclaration, à l?heure des déclarations ministérielles, de Parsooramen, président du Public Accounts Committee. Jugnauth remet Bérenger à sa place. Les choses se gâtent.
13 heures : L?heure du casse-croûte. Les futurs démissionnaires se réunissent pour un premier échange. Ils décident d?aller déjeuner (car zizanie pas rempli ventre) et de se retrouver à 14 h 30. A 15 heures, ils reprennent le chemin du Parlement mais pas celui des bancs ministériels. Kasenally et Ruhee s?en vont porter la lettre collective de démission au gouverneur général Burrenchobay. Il n?y a plus qu?à savoir qui, au parlement, sont avec Bérenger et qui sont avec Jugnauth-Boodhoo. Ne parlez pas de transfuges, à ce stade. D?ailleurs Dulloo reste avec Jugnauth.
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