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Goût de Pamplemousses

24 mars 2008, 00:00

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Faire d?un cimetière un lieu vivant et lui redonner son rôle de témoin de l?Histoire se révéle être travail patient acharné. Consistant à prendre le temps à contre-pied. A vaincre l?usure des ans qui passent en griffant sans remord la pierre, le marbre, l?ardoise.

Au départ, c?est une équipe de bénévoles. Réunie autour de Pierre Claite, président du comité du vieux cimetière des Pamplemousses de 1996 à 2000. Avec détermination. «Que ce soit par respect pour la mémoire de nos ancêtres, par souci de contribuer à l?Histoire, ou encore par désir de préserver l?environnement, notre comité a décidé d?aller de l?avant et de remettre de l?ordre», écrivent en avant-propos Pierre Claite et le père Gérard Guillemot, curé de Saint-François ? d?Assise Pamplemousses de 1993 à 1998.

Lecture patiente des épitaphes. Suppliques d?outre-tombe tombées dans l?oreille de gens qui ont en commun le goût de Pamplemousses.

C?est cette aventure, ce sauvetage des pierres autant que du matériau humain que retrace Pamplemousses un quartier chargé d?histoire, ouvrage signé Pierre Claite et le comité du vieux cimetière. Il sera lancé jeudi.

Parfum de ténacité

Fruit mûri à force d?espérances. Fruit mûr au parfum de ténacité. Ces pages abondamment illustrées mettent en relief un quartier pétri au gré des colonisations, des gouverneurs, ainsi que des nombreuses réalisations architecturales qui nous sont parvenues. Car ce n?est pas que du côté des morts que le comité s?est penché. Mais aussi du côté de son jardin botanique, de son histoire contemporaine : l?implantation de l?industrie sucrière, le tourisme.

«Au-delà de cette approche minutieuse et scrupuleusement documentée du Vieux cimetière, les autres nous invitent à une découverte itinérante de nombreux lieux de vie situés dans le quartier de Pamplemousses. Autour de chaque lieu, ils agrègent d?importants éléments d?histoire qui éclairent, souvent d?un jour nouveau, la vie sociale, culturelle et économique d?un pays en devenir. Ainsi, le quartier de Pamplemousses apparaît-il comme le reflet fidèle de l?histoire de toute l?île Maurice», écrit en préface, René Forceville, ancien ambassadeur de France à Maurice.

Toujours est-il que la clé de l?ouvrage ? et du travail accompli par le comité ? est bel et bien le vieux cimetière. Plus exactement les cimetières. Car, il y a en l?occurrence, un numéro un et un numéro deux. Sans compter qu?il «existe dans le village de Pamplemousses deux autres lieux destinés à recevoir les restes des habitants des environs ou ceux venant d?ailleurs».

Le corps de l?ouvrage s?appuie d?abord sur des précisions mathématiques. Avant de classer les épitaphes par catégories. Celles au «lyrisme éploré», celles qui «mentionnent celui ou ceux qui les ont fait graver». Celles qui «s?adressent à des passants pour implorer leur pitié». Celles qui «recèlent quelques curiosités». Autant de clés de la nature humaine, des mentalités, des moyens financiers et des aspirations de tous ces bons pères, ces épouses loyales et ces enfants chéris des siècles passés.

Point de départ, «le recensement complet du cimetière, établi en 1996/7 dénombre un total de 1775 tombes où reposent 2743 personnes défuntes recensées. Parmi ces tombes, 434 datent de l?époque française, y reposent 527 défunts mentionnés sur les stèles (...) Il y a une trentaine de tombes britanniques, enfants ou adultes, principalement pour ces derniers, des militaires, des cadres de la fonction publique ou du judiciaire, ou leurs épouses et enfants».

Le comité ne manque pas de noter qu? «un certain nombre de tombes étaient dans un état d?abandon total, et d?autres portaient des marques de vandalisme : caveaux défoncés, plaques de marbre enlevées, bornes déplacées, etc. D?autres enfin, portaient plus prosaïquement les marques du temps et avaient besoin d?être remises en état».

Sollicitée, l?ambassade de France finance la réfection des tombes de Français nés avant le 3 décembre 1810, date de la capitulation des autorités françaises, quand les Anglais se sont rendus maîtres de l?isle de France. «Cette prise en charge fut étendue par la suite jusqu?au 14 septembre 1815, date de l?Ordonnance qui instituait un serment d?allégeance au roi d?Angleterre, pour tous les Français de naissance qui désiraient continuer à résider à l?île Maurice. Les sépultures des Français nés ailleurs sont aussi prises en charge, sans limitation de date», notent les auteurs. Qui, plan en main, nous guide entre tombes et caveaux. A la découverte d?un «art funéraire» riche en enseignements.

*Disponible à Rs 800 le jour du lancement. En vente à Rs 1000.

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