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Ki «winning formula » ?

23 mars 2008, 00:00

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Depuis le début de l?année, l?économie mondiale est entrée dans une période de grandes incertitudes avec la flambée du prix du pétrole, la crise financière dont on ne sait pas quand elle s?arrêtera et qui risque d?entraîner une récession aux États-Unis. Cela s?apparente à « une noire mécanique de crise en marche ». On avance que nous subissons les coups d?un grand triple choc dont l?ampleur et les conséquences vont refaçonner en profondeur le système mondial. Le premier choc est le basculement du monde de l?Ouest vers l?Est ; le deuxième, la soif chinoise de matières premières qui fait exploser les prix ; et le troisième, la crise financière qui se prolonge et s?amplifie.

Voilà l?environnement dans lequel notre économie évolue. Si à ce stade l?économie mauricienne n?est pas encore affectée et que la prévision du taux de croissance est maintenue entre 6 et 7 % pour 2007-2008, reste qu?on s?attend à ce que la question de comment gérer l?impact de ce triple choc soit au centre des préoccupations de nos leaders politiques. Or, ce n?est pas le cas. À deux ans des prochaines élections, ils sont presque tous à fond dans le jeu des tractations politiques, dont la première manifestation est la révocation du leader du MMSM, Madun Dulloo, et qui ouvrent la voie à des turbulences et à l?instabilité politique.

Notre pays a pris du retard pour effectuer sa transition économique. Retard dû en grande partie à une classe politique qui, par manque de courage, d?imagination et parfois de volonté réelle, a préféré confondre la population en la faisant croire qu?il suffisait de changer de gouvernement pour résoudre les problèmes structurels du pays. Depuis deux ans, le pays s?est engagé résolument dans la voie de la réforme économique et sociale, et les premiers résultats sont déjà palpables. Dans la présente conjoncture, le pays et la population risquent de payer très cher l?instabilité qui s?annonce et qui va casser une dynamique.

La problématique fondamentale du moment, c?est comment de manière durable faire rimer croissance et développement. Cette problématique était à l?agenda récemment avec la question de la lutte contre la pauvreté. Au-delà des maladresses des uns et des autres et sans compter ceux qui ont l?art de tout faire déraper sur le terrain ethnique, le débat sur le ciblage a démontré qu?il existe des variantes possibles pour une stratégie concrète allant dans le sens d?un développement équitable et solidaire. Dans ce débat, nous avons eu droit à des positions allant d?un extrême (mettre un terme à toute la politique des subsides avec effet immédiat) à l?autre (le statu quo, soit s?accrocher aux recettes d?hier) en passant par un mix de prestations universelles et de prestations ciblées, un « ciblage positif » (du cas par cas), ou encore la nécessité de tenir compte de la paupérisation de certaines couches de la classe moyenne. Après les célébrations de l?Indépendance où il a été question de la fierté d?être Mauricien et de l?importance d?une république citoyenne, voilà que la politique vient occuper toute la place.

On s?en serait réjoui s?il s?agissait de la noble politique ? porteuse d?un projet de société avec des réponses aux graves enjeux sociétaux. Mais non ! Il s?agit de la même conception qui depuis quinze ans bloque notre société, à savoir la politique réduite à un jeu « pouvoiriste » : une lutte de places et une guerre de « bouttes ». Depuis le fameux dîner de River Walk suivi d?une révocation en 1993, la vie politique s?est transformée en un spectacle affligeant.

L?opération de déstabilisation en cours de l?Alliance sociale dans la stratégie de Paul Bérenger pour la reconquête du pouvoir politique commence à porter ses fruits. À la veille de la rentrée parlementaire et de la bataille des foules du 1er Mai, cette opération aura des conséquences néfastes pour le pays. D?abord, le gouvernement peut, cédant à la facilité, donner dans une gestion électoraliste du pays plus tôt que prévu. Et ce pour contenir une opposition qui va exploiter à fond les difficultés réelles et les frustrations, légitimes ou non, de la population. On court le risque que tout ce qui a été douloureusement acquis soit dilapidé, alors qu?il faudrait une gestion intelligente pour trouver l?équilibre dans l?allocation des moyens dont dispose l?Etat. Ensuite, la population va voir son attention détournée des vrais problèmes par ces basses man?uvres politiciennes et elle se laissera entraîner de nouveau par l?idée que le changement de gouvernement est le remède miracle. Avec pour résultat un dégât considérable au processus de changement de « mindset » qui commence à s?opérer.

Le terme « winning formula », qui désigne un arrangement entre leaders politiques pour « composer » avec les « réalités ethno-électorales » est un gadget supplémentaire au service d?ambitions personnelles et d?intérêts claniques. On va de plus en plus en entendre parler. Si l?accord à l?israélienne de 2000 avait une certaine légitimité historique, les avatars qui ont suivi ne sont que des dénis de démocratie. Le moment n?est pas loin où pour satisfaire tous les aspirants au poste de Premier ministre, on nous sorte après le 3-2 et le 2-3, le 1-2-2 ou le 1-1-1-1-1 ! Objectivement, il s?agit là d?une « losing formula » pour le pays. La vraie « winning formula » passe par une dynamique globale porteuse d?une nouvelle société. C?est à la population d?identifier les rares accoucheurs de cette société au sein de la classe politique. En sachant qu?un accouchement est sans doute angoissant, mais avant tout vivifiant.

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