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Un site mauricien rend les médecins français malades

22 mars 2008, 20:00

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Après les profs, les médecins. Note2be. com, le site de notation des enseignants, venait à peine d?être condamné par la justice française, que son cousin mauricien, demedica. com voyait le jour, vendredi 7 mars. Où ça ? Loin des tribunaux français, à Port-Louis, rue John Kennedy.

Deuxième étage du Harbour Front Building : c?est là que se trouve le siège de la société DeMedica SA, qui héberge le site éponyme. Sur place, ni plaque ni enseigne. Encore moins de bureau. La bonne porte, c?est Matco. Cette compagnie gère 300 sociétés offshore, dont DeMedica.

Les explications recueillies dans le couloir ont le mérite d?être claires : « C?est une boîte postale ici, vous ne trouverez personne de chez DeMedica. Le client n?est pas Mauricien, il vit à l?étranger. Le reste est confidentiel. » Nous n?en saurons pas plus. Le site Internet, lui, n?a rien de confidentiel. Demedica est même le site francophone de notation de médecins le plus important du Web avec 324 000 praticiens référencés. L?idée : soumettre les professionnels de santé au jugement des internautes français (et belges depuis mercredi).

Plus cocasse encore</B>

« Nous nous sommes inspirés du site américain RateMDs », précise David Vindaloo, le promoteur et porte-parole du site, joint en Belgique. Bingo ! « Quatre jours après le lancement, on avait déjà accueilli plus de 10 000 visiteurs », se réjouit notre interlocuteur. Le principe est simple. Chaque internaute s?inscrit gratuitement. Il peut ensuite donner une note précise à son généraliste ou à son spécialiste, son dentiste, son kiné ou son pharmacien. Il est également invité à faire des commentaires. Le tout anonymement? et de façon purement subjective.

Une modalité défendue par David Vindaloo, qui estime simplement rela-yer un « super bouche à oreille ». « Nous n?allons pas chez un médecin pour sa valeur scientifique, mais pour le bien-être subjectif que cela nous procure ; c?est ce qui fait la valeur des notes attribuées », explique-t-il. Détail frappant : la société DeMedica décline toute responsabilité sur les commentaires publiés et ne modère le site qu?après publication. Plus cocasse enco-re, l?hébergeur réclamait au départ 100 euros aux médecins qui souhaitaient être effacés du site?

À Paris, le Conseil national de l?Or-dre des médecins (CNOM) est indigné. « Ce mode d?évaluation est racoleur et condamnable », estime Jacques Lucas, vice-président du CNOM, chargé de la télématique de santé. « La médecine française se sent agressée et des associations de patients sont éc?urées. Nous ne resterons pas inertes », prévient-il.

En clair, l?ordre des médecins n?exclut pas des poursuites judiciaires à l?encontre du site. « Demedica échappe au droit français, mais il est toujours possible d?agir », souligne Jacques Lucas, qui précise que le CNOM consulte, sur cette affaire, la Commission nationale de l?informatique et des libertés (CNIL), la Haute autorité de Santé et les instances ministérielles.

Son grain de sel</B>

« Nous veillerons ensemble à ce que la médecine française ne soit pas victime d?une cyber-attaque », conclut le vice-président de l?ordre des médecins. Côté syndicats, on s?alarme aussi. « Demedica est là pour faire du business. Cette démarche est incompatible avec les exigences de la santé publique. D?autant que les commentaires peuvent rapidement tourner au règlement de comptes », craint Martial Olivier K?hert, médecin et président de MG France, le premier syndicat de méde-cins généralistes.

« Demedica répond à une demande de transparence de la part des malades », poursuit le Dr Koehert. « Le problème, c?est qu?ils sont incapables de juger leurs médecins sur des critères objectifs. Leur opinion est certes respectable, mais elle est subjective. Est-ce que pour être bien noté je dois donner à mon patient l?arrêt de travail qu?il demande ? », s?interroge le médecin. Un argument repris par son confrère Pierre Lévy. Le secrétaire général de la Confé-dération des syndicats médicaux français (CSMF) s?insurge, quant à lui, con-tre « un procédé malsain et dangereux ».

« Un bon psychiatre ne parle pas, il écoute. J?en connais d?excellents qui ne prononcent pas une seule parole. Seront-ils bien notés dans la rubrique dialogue ? Des instances indépendantes sont là pour nous évaluer tous les cinq ans. La santé n?est pas un spectacle. Demedica, c?est de la médecine de caniveau. Le grand perdant, c?est le pa-tient. On touche au summum du consumérisme médical », fulmine le Dr Lévy.

L?allusion vise la publicité présente sur Demedica et les services payants qui seront prochainement ajoutés. Si David Vindaloo reconnaît que le site est cons-truit sur un modèle économique lucratif, il n?y voit rien de pernicieux « puisque DeMedica est une société commerciale ».

En revanche, il « ne partage pas l?avis du corps médical qui estime que seul un médecin peut juger un autre médecin. Le fait de ne pas être spécialiste n?interdit pas d?avoir une opinion. Le meilleur exemple, c?est la Constitution européenne. Ce texte a été soumis au vote des Français, lesquels ne sont pas tous juristes. »

Comme si les critiques ne fusaient pas assez nombreuses, le fondateur de Note2bib. com ? concurrent direct de Demedica ? ajoute son grain de sel par forum interposé. Nicolas Herson-Macarel accuse Demedica de « site exotique absolument incontrôlable ». Une formule qui fait sourire son porte-parole. « Notre concurrent français est un spécialiste des déclarations imagées, c?est très rafraîchissant », ironise David Vindaloo, qui refuse par ailleurs de dévoiler les « solutions techniques » que sa société envisage pour « éviter les dérives sur les commentaires publiés ».

Avocats et plombiers bientôt notés</B>

D?ailleurs, David Vindaloo souhaite en dire « le moins possible ». Sur ses activités, son lieu de résidence, ses « liens très forts avec Maurice » et sur le modèle économique de sa société. Le mystérieux porte-parole note simplement au passage que « pour les Français, le reste du monde, c?est la savane. J?ai notamment lu que Mau-rice était une zone de non-droit absolu », confie-t-il.

Toujours est-il que DeMedica échappe à la loi française Informatique et libertés. Un détour que cette société compte bien exploiter. Elle prévoit, en effet, le lancement, « dans les semaines à venir », de deux nouveaux sites, Dejuridica et Dedomestica. Le premier permettra la notation des professions juridiques et administratives, le second concernera les métiers de la maison.

Après les médecins, ce sera donc au tour des avocats et des plombiers français de se voir attribuer un carnet de notes sur le Net. À moins que DeMedica ne se fasse trop d?ennemis d?ici là?

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