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La nuit nous appartient

21 mars 2008, 00:00

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«W e own the night»: c?était dans les années 1980, le slogan de la police de New York en guerre contre la mafia russe qui commençait alors à s?implanter dans la grande pomme. Ces années-là avaient quelque chose de presque obscène : effrayé par ces élans de liberté et de générosité qui avaient soufflé sur la décennie précédente, le monde redécouvrait le conservatisme, la loi du «chacun pour soi», la rapacité (fortune décomplexée) et le luxe ostentatoire érigés pour la première fois en valeurs. C?est un point de vue évidemment sujet à discussion, mais il aidera à comprendre le personnage de Bobby Green interprété par Joaquin Phoenix dans La nuit nous appartient, le film de James Gray.

Il est le jeune patron d?une boîte de nuit branchée de Manhattan qui appartient à une famille de trafiquants de drogue russes. C?est presque sa famille d?adoption, le patriarche Marat ? Moni Moshonov, le considérant comme son propre fils. Dans sa vraie famille, celle dont il ne parle pas et qu?il ne fréquente que nommément, Bobby a un frère et un père (Mark Wahlberg et Robert Duvall) qui sont tous deux policiers. S?étant jusque-là refusé de s?engager pour l?un ou l?autre des deux camps, Bobby Green va devoir choisir entre ces deux familles qui sont chacune d?un côté de la nuit new-yorkaise. C?est le choix entre deux élans du c?ur, mais aussi entre une ambition personnelle et l?appel du sang. Certains ont parlé de «tragédie grecque», on pourra aussi voir dans La nuit nous appartient la transcription d?une de ces paraboles bibliques sur le bon et le mauvais fils. Sans compter que le simple fait que les mafieux soient des Russes dans ces années-là, est en lui-même tout un symbole.

Ce n?est pas la première fois qu?un réalisateur s?intéresse à la mafia russe, au point que les mots « russe » et « mafia » sont presque devenus synonymes (pour des raisons qui sont autant à rechercher dans la vie réelle qu?au cinéma). Mais James Gray a été l?un des premiers à y promener le regard d?un auteur de cinéma dès 1994, avec Little Odessa. Ce n?est pas non plus la première fois que nous voyons une histoire d?agents infiltrés au cinéma. Ni l?un ni l?autre ne sont le véritable sujet. On aura rarement vu une mafia aussi peu folklorique dans un film d?envergure et si la mission d?infiltration de Bobby nous offre un beau moment de suspense, celui-ci ne dure justement, qu?un moment.

La nuit nous appartient n?est pas un film d?action ou un film de suspense, mais bien un film noir traversé de bout en bout par une tension presque palpable. Curieusement, et c?est ce qui fait toute la réussite du film, celle-ci se trouve entre les personnages du même camp : Bobby, son frère, son père et sa fiancée portoricaine, Amada ? Eva Mendes. Rejet de la famille, rivalité entre frères, l?affection du père, l?amour sincère de la fiancée : autant de facteurs sur lesquelles James Gray joue très habilement tant dans son écriture (il signe le scénario) que dans sa réalisation. Il n?y a qu?à voir la façon dont ses images ? décors, éclairages, costumes, etc. ? opposent constamment le monde de Bobby et celui des policiers. En dépit de quelques criantes invraisemblances, le cinéaste nous offre quelques belles démonstrations de son savoir-faire, dans ce film. Certaines sont spectaculaires, d?autres sont plus discrètes ; toutes sont terriblement efficaces, à commencer par la scène du début. C?est pourquoi ce film est à recommander, même s?il ne méritait pas vraiment de récompense au festival de Cannes 2007.

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