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L?Etat impotent face aux attentes de la population

21 mars 2008, 00:00

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Il peut paraître incongru de cibler l?Etat dans un pays que la très libérale Heritage Foundation qualifie de ?mostly free? et classe à la 18e place au tableau de la liberté économique. Et pourtant, on a le sentiment que l?Etat est omniprésent dans la vie quotidienne des Mauriciens. (?) Qu?il provienne de la société civile ou du monde des affaires, chaque problème, petit ou grand, est porté à la connaissance du gouvernement. Cet appel permanent à l?Etat fait que les Mauriciens deviennent dépendants de lui.

Maurice est certainement une économie de marché, une économie libre, où le secteur privé contribue largement au produit intérieur brut (PIB). La contribution du secteur public au PIB a diminué, passant de 12,6 % en 2000 à 11 % en 2007. C?est une part bien faible par rapport aux pays développés (entre 40 % et 50 %).

L?administration publique, la sécurité sociale, l?éducation et la santé sont quatre grands secteurs étatiques qui produisent. On constate toutefois une régression des deux derniers secteurs au profit du privé : entre 2000 et 2007, la part du public dans la production de l?éducation passe de 53 % à 48 %, et celle dans la production de la santé de 66 % à 55 %.

Sous la pression de la dette, l?Etat a investi de moins en moins ces dernières années pour laisser la place au secteur privé. L?investissement public, excluant l?aviation, était à un niveau record en 2003 lorsqu?il représentait 37 % de l?investissement total et 8% du PIB. Aujourd?hui, les taux ont baissé respectivement à 18,8 % et à 4,4 %.

Davantage que par le volume de sa production, il faut évaluer l?Etat par la qualité de ses services. Dans les activités où l?Etat est présent, il doit être efficace au sens où il offre le maximum de bénéfices au moindre coût. Par ailleurs, même là où l?Etat est absent, il exerce une grande influence sur les décisions des opérateurs. Il ne joue pas toujours bien son rôle de facilitateur qui est d?enlever des obstacles administratifs inutiles.

<B>Des biens collectifs médiocres</B>

On confère à l?Etat la mission de produire des biens de consommation collective (éducation, santé, infrastructure, police). Mais toute production comporte des coûts. Ces coûts peuvent être justifiés moyennant que les biens produits soient de bonne qualité et satisfassent ceux qui les consomment. Or c?est loin d?être le cas, à voir le niveau élevé de l?échec scolaire, l?incurie dans les hôpitaux, la faillite de la gestion routière et l?insécurité rampante.

On entend souvent dire que l?Etat ne peut pas être géré comme une entreprise privée qui est motivée par le seul souci du profit. Si l?Etat n?a pas pour vocation de faire des profits, il ne peut, toutefois, pas se permettre d?être en déficit. Car tout déficit doit être financé par les impôts des contribuables.

L?Etat ne résoud pas son problème de déficit simplement en ne faisant payer les impôts qu?à ceux qui en ont les moyens. Les contribuables qui portent le fardeau fiscal sont précisément ceux qui sont les plus productifs au travail et font ainsi progresser l?économie. Il serait injuste de pénaliser leurs efforts individuels pour leur proposer, en retour, des biens collectifs médiocres.

L?Etat est un mauvais gestionnaire : malgré une croissance économique soutenue d?environ 5 %, il est prévu que son budget affichera pour l?année 2007 ? 2008, un déficit de Rs 9,5 milliards, en augmentation de Rs 100 millions par rapport à 2006-2007. Les déficits s?accumulent chaque année, portant la dette publique à Rs 122 milliards au 30 juin 2007. Le service de la dette publique sera, cette année, de Rs 12 milliards, soit un cinquième du budget des dépenses.

L?Etat consacre Rs 7,8 milliards au budget de l?éducation et Rs 4,8 milliards au budget de la santé. Imaginons un instant qu?on abolisse le ministère de l?Education et celui de la Santé, et qu?on distribue ces sommes directement aux 230 000 élèves du primaire et du secondaire ou aux 300 000 familles mauriciennes. Chaque élève aura droit à un chèque-éducation de Rs 34,000 pour payer ses frais de scolarité, et chaque famille bénéficiera d?un chèque-santé de Rs 16 000 pour prendre un plan d?assurance privé. Devant une aussi forte demande, les fournisseurs des services d?éducation ou de santé baisseront drastiquement leurs prix. Ceux capables d?offrir de tels services entreront sur le marché et seront poussés par la compétition à assurer la meilleure qualité-prix.

Actuellement, l?Etat est un mauvais producteur. Chaque année, un tiers des élèves participant aux examens du Certificate of Primary Education échouent. Parmi les 18 000 jeunes qui entrent au primaire, un peu plus de 6 000 parviennent plus tard à décrocher un Higher School Certificate. Un véritable désastre.

La santé publique ne fait pas mieux. Le ministère de la Santé est administré par un fonctionnaire plutôt que par un praticien. Les hôpitaux publics peinent à offrir un service décent aux patients. Les fonctionnaires justifient toujours leur défaillance en invoquant l?insuffisance des budgets et le manque de personnel.

<B>Pas de subventions à l?entreprise d?Etat</B>

Maintenant, il se trouve que l?Etat veut aussi produire des biens non-collectifs, des biens qui peuvent être fournis par des entreprises privées. C?est ce que tente de faire la State Trading Corporation en créant une compagnie commerciale subsidiaire. Celle-ci ne serait pas un monopole d?Etat, mais qu?est-ce qui garantit qu?elle ne le deviendrait pas ?

Un monopole d?Etat est contestable dans une économie libre, car il s?arroge le droit exclusif de fournir un service quelconque. Il convient de le distinguer d?une entreprise d?Etat qui, elle, est légitime à condition que l?Etat ne la subventionne pas. A moins que ce dernier donne les mêmes subventions aux entreprises privées concurrentielles de la même industrie. Mais allouer ainsi des ressources publiques est économiquement inefficace.

C?est la fourniture des biens et services, et non la nature publique ou privée des institutions dispensatrices de ces biens, qui détermine la liberté économique.

La méfiance qu?inspire toute entreprise d?Etat aux entrepreneurs est très justifiée. Car rien ne dit que la première sera traitée par l?Etat sur un pied d?égalité avec les seconds. Si l?Etat use de son pouvoir fiscal pour aider ses entreprises, il peut, à tout moment, les transformer en monopoles de fait.

Il est difficile de gérer un pays quand sa population attend tout de l?Etat. Comme celui-ci ne peut pas résoudre tous les problèmes, les gens sont constamment déçus, et cette déception influe sur le moral de la nation. On croit l?Etat omnipotent, il est, en fait, impotent. Par conséquent, un gouvernement ne peut jamais être populaire dans ses fonctions. C?est pourquoi, pour citer Tocqueville, «le plus grand soin d?un gouvernement devrait être d?habituer peu à peu les peuples à se passer de lui».

<B>Eric NG PING CHEUN</B>

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