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30 jours de nuit

7 mars 2008, 00:00

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Longtemps, d?abord avec Bela Lugosi (le premier Dracula en 1931), puis avec Christopher Lee dans les années 1960-1970, le cinéma nous avait habitués aux vampires aristocrates, tradition qui se perpétua jusque dans les années 1990. Le début de la présente décennie amena ce qu?on pourrait appeler une certaine banalisation : vampires experts en arts martiaux et au maniement des armes dans la série des Blade ; aristocrates toujours, dans Underworld, mais très tendance people. Un peu plus et on les voyait mettre la famille en avant pour remporter des élections, puis divorcer et épouser un top model. Ou alors, ils auraient proposé le ciblage pour désigner leurs victimes. Tout ça ne faisait pas très sérieux.

Pour ces raisons, 30 Jours de Nuit, film de David Slade, fait un peu penser à un retour aux sources ; ou plutôt à l?autre source : Nosferatu, chef-d??uvre de 1922 signé du grand F. W. Murnau. Lorsque la caméra les regarde de près, les vampires de 30 Jours de Nuit n?ont rien d?humain. Ils sont de véritables cadavres ambulants et leur regard normalement mort, s?anime d?une frénésie animale au moment des repas. Comme leur ancêtre de 1922, ils ont les doigts crochus et non pas deux incisives blanches et pointues, mais deux rangées entières de longues dents jaunes très pointues avec lesquelles ils ne font pas deux petits trous, mais égorgent carrément leurs victimes. Celles-ci n?ont généralement pas l?occasion de les voir venir : étant beaucoup plus rapides que leur trisaïeul, ils surgissent de nulle part en un dixième de seconde, enfonçant porte ou fenêtres. Il y a quelque chose d?animal dans la façon dont ils saisissent leurs proies pour les entraîner dans un recoin et la façon dont ils se gorgent de leur sang? avant de leur arracher la tête.

Ces vampires n?ont rien de charmant, ils sont mêmes franchement répugnants comme la vermine et selon la logique de tout film d?horreur, ils sont donc réussis. On peut aussi dire que les conditions sont réunies pour que ces créatures maléfiques (donc, les méchants) aient l?avantage sur les bons et que le suspense est par conséquent réussi, lui aussi, au moins pendant la plus grande partie du film. Une nuit polaire en Alaska, trente jours d?obscurité durant lesquels les habitants d?un village au préalable coupé du reste du monde seront la proie des vampires. L?idée est en fait celle de Steve Niles et Ben Templesmith, les auteurs de la bande dessinée à l?origine du film. En tant que réalisateur, David Slade a, lui, le mérite de réussir à transformer le rêve (pour les romantiques amoureux des voyages) en cauchemar.

La scène du dernier coucher de soleil avant un mois et les paysages d?Alaska, avec cette impression de bout du monde. Puis, les scènes de massacre avec la brutalité des attaques, le chaos et cette chape de terreur absolue qui s?abat sur les survivants impuissants devenus du gibier. L?efficacité de la réalisation évoque le cinéma de John Carpenter. On regrettera que les personnages (interprétés par Josh Hartnett, Melissa George, Mark Boone Jr., pour nommer quelques acteurs) soient sans surprises. Et aussi qu?il n?y ait rien pour marquer le rythme de ces trente jours qui s?écoulent et ainsi faire monter la tension vers la fin. Sans compter que dans la narration, les auteurs cèdent à certaines facilités qui feront hurler à la tricherie. Mais, les spectateurs pourront en toute légitimité, décider de ne pas bouder leur plaisir. 30 Jours de Nuit contient de belles idées dans la mise en scène de l?horreur et sera probablement une référence dans le genre du film de vampire.

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