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Un an de prison aux huit évadés d?août 82

4 mars 2008, 20:00

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Les huit prisonniers à avoir pris la clef des champs, en août 1982, écopent d?une rallonge carcérale d?une année. Quatre d?entre eux purgeront également d?autres peines pour divers délits commis pendant leur cavale. Ils devront purger ces peines séparément. Autre particularité : c?est une des rares fois où un tribunal doit juger des accusés en leur absence. S?appuyant sur plusieurs sections de la Constitution, la Cour intermédiaire a continué ses travaux en dépit de l?absence de six des huit accusés. Ceux-ci durent être évacués manu militari, en raison de leur mauvaise conduite en cour.

Dans leurs dépositions à la police, les huit prévenus admettent les faits qui leur sont reprochés. Il en ressort que le vendredi 6 août 1982, Georges Marmite et quelques détenus mijotent un plan pour prendre la poudre d?escampette. Ils avisent la présence d?un échafaudage qui leur paraît providentiellement érigé pour les aider à se faire la belle. Il s?agit de choisir le jour le plus propice à toute évasion. Ils jettent leur dévolu sur la journée dominicale où, de mémoire de détenu, l?on compte souvent un nombre réduit de gardes-chiourme.

Le dimanche 8 août 1982, 6 heures du matin, les détenus quittent leur cellule. Les aspirants évadés s?arrangent pour se regrouper du côté de la cuisine où officie, bien sûr, Marmite, Georges de son prénom. Ce dernier s?arme de quelques ustensiles toujours disponible dans une cuisine : un couteau du même nom, une mesure en fer blanc. Il s?approche du surveillant de service. Ce dernier anticipe le coup fourré. Plus rapide, Marmite lui coupe le sifflet, le rendant du coup muet comme une carpe. Telcide vient à la rescousse et donne quelques coups de poing à ce garde-chiourme trop zélé.

Dominique Julien, Marday Pakiri Poullé, Keertee Kumar Jhurry, Jaffar Guillaume, Georges Désiré et Vishnu Cantaya bousculent, de leur côté, un autre surveillant, posté à l?extérieur de la cuisine. De là, ils escaladent l?échafaudage et passent sur le toit du Records Office. Il ne leur reste plus qu?à passer par-dessus les murs de la prison, à traverser le terrain de football et trouver refuge dans les ruelles de la Cité Barkly.

Marmite manque de peu de rater son évasion. Pendant qu?il franchit le mur de la prison, il glisse et retombe, non pas dans la caraille, mais tout bonnement dans la cour de la prison, Go to jail, en quelque sorte. Il ne lui reste plus qu?à tout recommencer.

Une dizaine de gardes-chiourme assistent impuissants à cette évasion. La raison en est qu?ils savent les évadés armés, non pas de bonnes intentions, mais de... pierres et de morceaux de bois. Que faire contre de telles armes de dissuasion ?

Hors de prison, les évadés se réfugient dans ces caro cannes si familiers à nos candidats malchanceux. Ils se couvrent, non de cendre, signe évident de repentir, alors inexistant, mais de paille de canne, à l?approche de l?hélicoptère, survolant les abords de la prison. A la nuit tombée, ils se séparent. Marmite, blessé au pied, ne peut guère s?éloigner. Julien, Telcide et Jhurry commettent, le lendemain, un vol avec effraction à la Baie-du-Tombeau. Ne me demandez surtout pas comment se rendent-ils dans cette localité. L?enquête policière se montre peu loquace à ce sujet.

La police reprend facilement Cantaya, plus ou moins trahi par un proche, n?appréciant guère les angoisses collatérales à toute évasion, le concernant de trop près. Telcide et Jhurry se font reprendre sur la plage publique de Mont Choisy, le 9 août. Le lendemain, Julien n?a pas plus de chance. Le 11, c?est la fin de cavale, à Terre-Rouge, pour Jaffar Guillaume. La veille de l?Assomption, la police arrête tout bonnement Désiré à son domicile à Sainte-Croix. Et en ce jour où Indiens et Pakistanais fêtent le jour anniversaire de leur Indépendance, Marmite, toujours caché dans les champs de canne de Barkly, voit la sienne disparaître. Dépité de ne pas avoir été repris par la police, Pakiry Poullé regagne de lui-même la passoire de Beau-Bassin cum échafaudage, etc.

Motifs de votre évasion ? leur demande-t-on alors. Enfant malade pour Pakiry. Protestation contre traitement privilégié pour un détenu plus égal que d?autres, pour Marmite et Guillaume. Désiré désirait voir sa mère, également souffrante. Il appert que l?envie de gâteau Marie n?y est pour rien, dans toutes ces grandes et petites évasions.

Julien écope de peines carcérales additionnelles pour avoir blessé un chien et molesté un officier des prisons, dans l?exercice de ses fonctions. Peines à purger séparément, bien sûr.

Au début du procès, six des huit détenus effectuent un walkout, protestant contre le fait qu?ils n?avaient pas reçu copie de leur déposition. Ils menacent de quitter motu proprio le prétoire. La gendarmerie présente préfère leur mettre des menottes aux poignets. Une évasion est si vite arrivée.

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