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Le mandarin et l?hindi, c?est l?avenir

5 mars 2008, 00:00

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<B>Par M.G.C. FAUVRELLE-POMÉON</B>

Je souhaite féliciter Pauline Etienne pour son article du 28 décembre 2007 intitulé «Langues : un socle pour construire l?avenir». Votre journaliste a raison : initier les enfants mauriciens au plus jeune âge au chinois (mandarin ?) ou à l?hindi, c?est l?avenir. Enfin quelqu?un de sensé qui ne prône pas l?introduction du créole à l?école.

A vrai dire, je suis un peu effarée de lire de France, où je réside depuis 15 ans maintenant, que pour régler les problèmes de l?enseignement à Maurice, on pense sérieusement à introduire le créole à l?école ! Tout a commencé, apparemment, avec des critiques faites par des opérateurs téléphoniques étrangers trouvant que les Mauriciens ne parlent pas «couramment» le français et l?anglais ! Je peux vous dire que, souvent, face à des Français, je relève beaucoup de fautes grammaticales sans compter des accents à couper au couteau qui rendent la compréhension de leur «français» impossible. Beaucoup de Français ne parlent pas couramment le vrai français enseigné dans les livres de grammaire. Et je parie qu?en Angleterre, ceux parlant le «Standard English» ne sont pas légion. Il se peut même que les interlocuteurs français et anglophones, auxquels les téléopérateurs mauriciens ont à faire face, ne maîtrisent pas leur propre langue maternelle et ne comprennent pas le français standard et l?anglais standard des Mauriciens.

En tout cas, ce n?est pas en introduisant le créole à l?école que les choses s?arrangeront. Au contraire. Ce qu?il faut pour les élèves en difficulté c?est du soutien. Savez-vous qu?en France, bon nombre de collégiens ? 10 à 15 % des élèves sortant du primaire chaque année ne savent pas lire, écrire et compter ! (voir l?Express.fr) ? à leur entrée en 6e (Form I) ne savent parler, lire et écrire le français qui est pourtant leur langue maternelle.

Je suis moi-même maman de deux enfants (six et 11 ans ? ce dernier est en Form I cette année), je peux vous dire que si leur père et moi-même ne les suivions pas quotidiennement dans leur devoirs et autres leçons, leur français et autres matières laisseraient à désirer. Et pourtant, leur langue maternelle est le français. Mon époux est avocat et moi-même, ancienne élève du Queen Elizabeth College (QEC), je prépare actuellement une thèse en langues et civilisations anglophones et je suis, ce que l?on peut appeler à Maurice, une «créole». Mon mari et moi sommes tous deux heureux d?avoir un tel bagage intellectuel car il faut bien cela, ici, pour sortir nos enfants des méandres du système éducatif français.

De plus, en France, les organismes de soutien scolaire sont en pleine croissance : à Maurice ce sont les leçons particulières, ici ce sont des organismes privés ? grassement rétribués par des parents complètement dépassés par le parcours académique de leur progéniture, et ce depuis le primaire ? qui dispensent les cours particuliers à travers des professeurs et étudiants embauchés à tour de bras. Ici, comme à Maurice, il ne faut pas voir l?échec scolaire sous un plan de langue maternelle: la solution est que les enfants en grande difficulté et même les élèves, collégiens et lycéens puissent bénéficier d?un soutien efficace, supplémentaire et gratuit après les heures de cours obligatoires. Une meilleure formation des enseignants serait aussi la bienvenue. Pour cela, il faut des sous. Notre Président a dit que les caisses sont vides ; le budget de l?Education nationale ne grossira pas comme par miracle. Nous resterons, ici aussi, dans cette jungle, où règne la loi du plus riche, du plus savant, du plus instruit, qu?est devenu le système scolaire.

Quant aux téléopérateurs mauriciens, on peut bien parfaire leurs bases en français et en anglais. Ce dont ils ont besoin n?est qu?un perfectionnement concernant l?accent et encore, même s?ils s?expriment dans un français ou un anglais standard, ils ne pourront se faire comprendre ou comprendre un interlocuteur dit Français mais au fort accent Ch?ti (du Nord ? voir le dernier film de Dany Boon, Bienvenu chez les Ch?tis, sorti au cinéma cette semaine, ici) ou d?un Ecossais du Nord qui a son propre vocabulaire, rien à voir avec le vocabulaire standard anglais.

Bref, je pense qu?encore une fois, ce sont les enfants les plus défavorisés, à qui on imposera des cours en créole, sous prétexte qu?ils confondent anglais, français et créole, qui vont encore payer : ce n?est pas le créole ? pour ne pas dire les langues créoles, car à Maurice (comme à La Réunion) nous ne parlons pas tous le même créole ? qui les sauvera. Au contraire, cette langue très peu parlée à travers le monde, et que très récemment retranscrite à l?écrit (d?ailleurs je me demande s?il y a même un consensus sur une écriture du créole / des créoles mauricien(s) ?) ne fera que leur barrer la route au monde globalisé où se faire comprendre en anglais, mandarin ou hindi deviendra de plus en plus obligatoire. Ce qu?il faut, ce sont les moyens financiers, plus de professeurs, plus de formation pour les enseignants face à des élèves en grande difficulté.

Quant à moi, je remercie le système scolaire mauricien d?il y a 30 ans maintenant, système qui m?a permis de réussir dans mes études même si à la maison, mon père et ma mère, simples cordonniers, s?exprimaient en créole. Je ne parlais ni français ni anglais chez moi, ma langue maternelle est bien le créole mais ça ne m?a pas empêchée, au contraire, de sortir première du classement du Certificate of Primary Education, d?intégrer le QEC et d?être aujourd?hui doctorante.

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