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Un éducateur spécialisé ferme mais juste
Ricardo Mourgine, 29 ans, n?a pas choisi la voie de la facilité. Il aurait pu rester à Maurice et aider ses parents dans l?affaire familiale, c?est-à-dire la location de bungalows et la gestion d?une boutique touristique à Flic-en-Flic. Ce qu?il a d?ailleurs fait dans un premier temps, après avoir stoppé l?école en Form IV. Mais c?était avant d?être pris par un désir d?indépendance qui l?a mené à exercer comme pest control operator pendant trois ans pour le compte d?Ireland Blyth Ltd.
Ayant tâté du social au contact de ses parents (il a notamment fait de l?accompagnement scolaire avec les enfants du Camp Firinga et l?accueil des personnes handicapées que ses parents recevaient) ?, sa rencontre avec une éducatrice spécialisée suisse achève de le convaincre que c?est dans le social qu?il devrait être. Plutôt que d?apprendre sur le tas, Ricardo veut d?une formation en bonne et due forme. «Cette Suissesse m?a conseillé de suivre une formation d?éducateur spécialisé à la Fondation Perceval où elle a elle-même étudié et travaillé». Le handicap de Ricardo est qu?il a un bagage académique insuffisant pour entreprendre de telles études supérieures. La Fondation Perceval, auprès de qui il s?adresse, se montre disposée à l?accepter comme stagiaire. Mais il doit faire ses preuves.
Cette fondation située non loin de Lausanne, est un institut privé résidentiel qui veille sur les destinées de 150 personnes souffrant de troubles mentaux, adultes comme enfants. Si le stage de Ricardo est rémunéré, ce qu?il perçoit est insuffisant pour couvrir ses frais de séjour en Suisse. De ce fait, il profite de ses heures de repos pour travailler auprès d?autres instituts s?occupant de personnes handicapées physiques.
Au bout de six mois, la Fondation Perceval pressent qu?il a du potentiel. On le charge d?accompagner un jeune handicapé mental qui donne du fil à retordre aux éducateurs. Ricardo fait des merveilles avec ce jeune, d?autant plus qu?il sent que ce métier est fait pour lui. L?école supérieure de la fondation est enfin prête à l?accepter. Au départ, Ricardo a du mal à suivre les cours. «C?était très difficile de se remettre à l?école. Et puis, le niveau des cours était très élevé. De plus, je manquais de confiance en moi car les autres étudiants étaient des psychologues, des médecins et d?autres professionnels calés intellectuellement».
Mais au fur et mesure qu?il progresse dans ses cours, Ricardo reprend confiance et ses notes s?améliorent. Ses études durent quatre ans. Au final, son mémoire porte sur les sujets hyperactifs. Une fois qualifié, la Fondation Perceval l?embauche comme éducateur spécialisé.
<I>C?était très difficile de se remettre à l?école. Et puis, le niveau des cours était très élevé.</I>
Travaillant au sein d?une équipe pluridisciplinaire comprenant des psychologues, des psychiatres, des médecins et des éducateurs, sa responsabilité est d?observer les personnes souffrant de troubles mentaux afin d?établir pour elles des projets pédagogiques devant leur permettre de se développer personnellement, d?être autonomes au point d?envisager leur réinsertion sociale.
Ricardo avance que dans son métier, il donne beaucoup mais reçoit aussi beaucoup des personnes handicapées qu?il côtoie. «J?apprends beaucoup de mes observations des personnes handicapés. Elles me forment car elles me poussent au bout de mes limites. Elles me renvoient à moi-même car quand je réagis d?une certaine façon, je me demande pourquoi j?ai agi ainsi et l?analyse qui en découle me permet de mieux me connaître et m?apprend à mieux gérer mes émotions».
C?est à la Fondation Perceval que Ricardo rencontre Emmanuelle, Française qui étudie pour être éducatrice spécialisée comme lui et qu?il épouse. Actuellement, Ricardo encadre dix jeunes adultes souffrant de troubles mentaux. Bien que travailler avec les enfants handicapés mentaux soit plus exigeant, il aime particulièrement ce contact.
«Avec les enfants, il faut poser une base sur laquelle on peut construire ensuite. Quand la base n?est pas posée durant les sept premières années de vie, c?est difficile à gérer. Beaucoup de ces enfants ont un tuteur car ils ont été abusés ou maltraités par leurs parents. On doit alors avoir une attitude d?autorité avec eux, être chaleureux certes mais ferme et juste».
Il est d?ailleurs très heureux car dans deux mois, il travaillera à nouveau avec des enfants. Mais ce sera dans un autre univers. «Je vais m?occuper d?enfants à l?intelligence normale mais souffrant de troubles du comportement à l?Hôpital de l?Enfance de Lausanne».
Mais avant de quitter la Fondation Perceval, il a tenu à faire trois de ses collègues et six handicapés mentaux suisses pris en charge par la fondation, venir en échange culturel à Maurice. Pour cela, il a contacté le NCRD du ministère de la Sécurité sociale. Les choses se sont mises en place naturellement. Ses collègues et lui ont pu évoquer leurs expériences en Suisse lors d?une session de travail avec le NCRD et les ONG encadrant les personnes handicapées mentales. Ricardo et ses accompagnateurs ont visité bon nombre de ces ONG. «Les handicapés suisses ont pris conscience du fait qu?en comparaison avec leurs semblables mauriciens, ils ont beaucoup de facilités dans leur pays. De mon côté, je suis resté admiratif du travail abattu par ces ONG. Avec peu de moyens et de la bonne volonté, les éducateurs mauriciens font un travail formidable. Mais je persiste à croire que la formation reste primordiale car elle permet d?amener une plus grande évolution chez le sujet handicapé et de mieux structurer le travail de l?éducateur».
Il se dit soucieux de l?inexistence d?un institut résidentiel pour la personne handicapée mentale. «J?ai rencontré pas mal de parents très fatigués, qui ont besoin de souffler et qui se demandent qui s?occupera de leur enfant une fois qu?ils ne seront plus de ce monde. Je ne dis pas qu?il faut transposer à Maurice tout ce qui se fait à l?étranger mais adapter les modèles étrangers à Maurice. Pour que les parents puissent décompresser par exemple, il faudrait des prises en charge régulières le temps d?un week-end et durant les grandes vacances».
De l?Etat ou des ONG, qui devrait s?en charger ? «Les deux. L?Etat représente la tête et les finances alors que les éducateurs sont des gens de terrain et même s?ils n?ont pas été formés, ils ont du métier. Le partenariat donne toujours de meilleurs résultats?»
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