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Eau : le dessalement coule de source

25 février 2008, 00:00

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Maurice pourrait entrer plus vite que prévu dans l?ère du dessalement de l?eau de mer. En effet, la principale centrale électrique du pays dispose des atouts ? situation géographique et excès de vapeur d?eau lors de la production d?électricité ? pour dessaler l?eau de mer. De tels projets mixte-électricité et eau dessalée sont recommandés par la Banque mondiale à certains pays africains.

Le projet de City Power à Pointe-aux-Caves peut également être repensé pour permettre à l?éventuelle centrale de dessaler l?eau de mer par la technique d?évaporation et non par osmose inverse. Récemment, le Conseil des ministres a, en fait, envisagé le dessalement comme mesures d?urgence au cas où la sécheresse persisterait. Quatre solutions d?urgence sont envisagées. Soit (1) le dessalement de l?eau de mer,(2) l?exploitation des nappes souterraines privées et l?allocation des droits, (3) l?exploitation des sources d?eau sous la mer et (4) l?exploitation du plafond des nuages.

Le dessalement de l?eau de mer n?est pas une technique mais une réalité dans certains hôtels du sud-ouest, notamment des hôtels du groupe Beachcomber et Naïade Resorts. Les deux groupes utilisent la technologie d?osmose inverse.

«Une telle technologie coûterait trop cher à la Central Water Authority (CWA). Le dessalement de l?eau de mer par trois différents hôtels du Morne coûte environ Rs 20 le mètre cube. C?est inabordable pour le consommateur mauricien. Il nous faut d?énormes subsides pour dessaler et vendre au prix actuel», indique Harry Boolauck de la CWA.

Au Mauritius Research Council, les techniciens estiment que le pays doit entrer dans le domaine du dessalement. Car la construction d?autres réservoirs pour répondre à la demande de demain pourrait ne pas être la seule solution.

L?industrialisation qui se poursuit, une population de travailleurs étrangers qui ne cesse de croître, une arrivée de deux millions de touristes, des villages IRS et une production agricole qui doit suivre. Ce sont autant de facteurs qui augmenteront de façon très conséquente la demande en eau.

Or, les bouleversements climatiques avec de longues périodes de sécheresses diminueraient considérablement la capacité du pays à répondre à cette demande à travers ses réservoirs et nappes phréatiques. D?où la nécessité de penser à exploiter l?eau de mer et à ensemencer les nuages.

Arjoon Suddhoo, directeur du Mauritius Research Council, affirme que le prix du dessalement de l?eau pas osmose inverse ne cesse de baisser. (Voir interview) Or, des techniciens responsables de l?installation des équipements de dessalement de l?eau par osmose inverse estiment que le pays ne doit pas investir dans cette technologie. C?est plutot le dessalement thermique qui doit être envisagé.

Osmose inverse et thermique

Parlant sous le couvert de l?anonymat, un de ces techniciens affirme que le pays n?aura pas besoin de gros investissements pour dessaler l?eau de mer dans des centrales électriques, notamment celle de Fort-George.

Valeur du jour, deux procédés se partagent le marché du dessalement thermique : le procédé de distillation à détentes étagées (Multi-Stage Flash distillation MSF) et le procédé de distillation à multiples effets (Multi-Effect distillation MED).

«Je constate que votre gouvernement hésite beaucoup avant de se lancer dans des projets innovateurs. Ils ont peut-être peur de l?échec. L?échec est très probable avec l?ensemencement des nuages, mais pas avec le dessalement thermique», affirme le technicien de dessalement par osmose inverse.

C?est la distillation à détentes étagées (Multi-Stage Flash distillation MSF) et le procédé de distillation à multiples effets (Multi-Effect distillation MED).

Le dessalement thermique est en fait un procédé de distillation. Il s?agit de chauffer l?eau de mer pour en vaporiser une partie. La vapeur produite ne contient pas de sels et il suffit alors de la condenser pour obtenir de l?eau douce liquide.

Il s?agit là d?une imitation du cycle naturel de l?eau. En effet, l?eau s?évapore naturellement des océans, des lacs ou des flaques. La vapeur s?accumule dans les nuages puis l?eau douce retombe sur terre par les précipitations. Ce principe de dessalement, très simple, a été utilisé dès l?Antiquité pour produire de très faibles quantités d?eau douce sur les bateaux.

Mais ce procédé est très coûteux. La consommation énergétique importante liée à la chaleur latente de vaporisation de l?eau est énorme. A noter que cette chaleur, souvent disponible, n?est pas entièrement utilisée dans des centrales thermiques.

Pour réduire la consommation d?énergie des procédés industriels de dessalement, des procédés multiples effets qui permettent de réutiliser l?énergie libérée lors de la condensation ont été mis au point. Distillation à détentes étagées (Multi-Stage Flash distillation MSF) et le procédé de distillation à multiples effets (Multi-Effect distillation MED).

L?osmose inverse est un procédé de séparation de l?eau et des sels dissous au moyen de membranes semi-perméables sous l?action de la pression (54 à 80 bars pour le traitement de l?eau de mer). Ce procédé fonctionne à température ambiante. Les membranes polymères utilisées laissent passer les molécules d?eau mais pas les particules, notamment les sels dissous dans l?eau. L?énergie requise par l?osmose inverse est uniquement celle électrique consommée principalement par les pompes à haute pression.

Ensemencement des nuages

Le plus grand programme d?ensemencement des nuages a été mené en Chine. De 1995 à 2003 plus de 210 milliards de mètres cubes de précipitations ont été créés pour 266 millions de dollars américains.

En Australie, l?ensemencement des nuages se pratique depuis plus de 50 ans. Des expériences menées en Tasmanie, sur plusieurs dizaines d?années, ont permis d?augmenter de 20 à 30 % les chutes de pluie. Toutes les études menées depuis les années 70 dans le monde entier ont démontré l?innocuité des ensemencements en iodure d?argent sur l?environnement.

L?ensemencement des nuages consiste à introduire des particules dans un nuage afin de déclencher la précipitation. L?ensemencement des nuages par des noyaux d?iodure d?argent, par exemple, peut donc favoriser la formation des nuages et des précipitations.

Les produits les plus fréquemment utilisés pour l?ensemencement des nuages sont : iodure d?argent chlorure de sodium alginates neige carbonique.

EXPLOITATION DES «DILO BWI»

■ Le Conseil des ministres envisage également l?exploitation des sources d?eau sous la mer.

De telles sources se trouvent dans plusieurs parties du lagon et ont déjà fait l?objet de la convoitise d?une firme française. Celle-ci avait comme projet le captage de cette eau des sources sous-marines pour alimenter certains hôtels. Toutefois, aucune étude n?a été faite jusqu?ici sur ces sources d?eau que les pêcheurs appellent les « dilo bwi», traduisez par eau bouillonnante. On ne connaît ni le nombre de sources sous-marines, ni leur débit. On ne sait encore moins si elles sont pérennes, c?est-à-dire si elles coulent en permanence. En effet, toutes les sources ne sont pas pérennes et certaines ne coulent qu?après que les aquifères, dont elles dépendent, ont reçu une grande quantité d?eau de pluie. A Maurice les sources jaillissent directement du sol dans plusieurs régions tandis que d?autres alimentent des mares ou jaillissent directement de l?eau du lagon. Le jaillissement d?une source dépend de la combinaison de facteurs topographiques et hydrogéologiques comme une meilleure perméabilité du sol à certains endroits.

MAURICE SE DIRIGE VERS UNE CATASTROPHE

■ La «Water Ressources Unit» du ministère des Services publics est l?organisme mauricien responsable des aquifères et octroie des droits d?exploitation des nappes, des sources et des rivières. Elle a aussi pour mission de veiller à ce que les Mauriciens disposent d?un minimum vital en eau, soit 1000 m3 par habitant par an. Un mètre cube d?eau contient 1 000 litres. C?est le «Water Ressources Institute» , organisme international, qui a défini ce minimum vital. Selon cet institut, 250 millions d?individus ne disposent pas aujourd?hui de ce minimum vital d?eau défini à 1000 m3 par habitant et par an. Il estime que Maurice entre, en ce moment, dans une période dans laquelle les habitants seront contraints de vivre en situation de stress hydrique, c?est-à-dire avec une consommation d?eau limitée entre 1000 et 2000 m3 par habitant par an du fait que la demande en eau du pays augmente sans cesse avec l?industrialisation et le tourisme alors que le stockage dans les réservoirs etc. est resté le même. L?institut rappelle que l?eau est abondante sur terre. Elle représente 1380 millions de kilomètres cubes (km3). L?essentiel toutefois est constitué d?eau de mer (97,2 %) et de glace (2,15 %) inutilisables directement. L?eau douce, facilement disponible (lacs, fleuves, certaines eaux souterraines), ne représente que 0,07 % de la ressource totale soit environ un million de km3. Pour faire face à la pénurie annoncée d?eau, de nouvelles techniques de production d?eau potable devront être mises en place, selon l?Institut, pour satisfaire les besoins de la population croissante. La technique proposée est le dessalement de l?eau de mer ou des eaux saumâtres, surtout après la baisse du prix du dessalement par osmose inverse.

LE GOUT DE L?EAU DESSALEE

■ L?eau dessalée par osmose inverse contient peu ou pas du tout de sels minéraux, comme l?eau distillée. Elle a un goût très particulier et sa consommation ne pose aucun problème de santé pour l?homme et l?animal. En effet, une alimentation normale fournit les sels minéraux que l?osmose inverse élimine de l?eau. Boire de l?eau qui a subi un traitement par osmose inverse est non seulement sans danger, mais bénéfique. De petits appareils d?osmose inverse sont disponibles dans le commerce. Ces appareils sont fixés sous le robinet de la cuisine et traitent l?eau de boisson. Des études épidémiologiques indiquent que le procédé d?osmose inverse n?enlève pas seulement les sels minéraux, mais éliminent aussi les micro-organismes. Les bactéries ne peuvent pas survivre dans de l?eau déminéralisée ou osmosée. Leurs cellules se vident de leurs sels minéraux. Le taux de gastro-entérite chez les utilisateurs de ces appareils par osmose inverse est nul.

EXPLOITATION DES FORAGES PRIVES

■ Le Conseil des ministres a donné son aval pour l'utilisation de l'eau des forages privés dans le cadre des mesures d'urgence. En fait, la moitié de l'eau que la CWA vend aux consommateurs mauriciens vient des nappes phréatiques, soit environ 250 000 mètres cubes par jour. L'autre moitié provient des réservoirs et rivières. En fait, les forages qui donnent de l'eau des nappes souterraines sont au nombre de 4O à travers le pays. La plupart appartiennent à la CWA. Le secteur privé, des usines, des propriétés sucrières et l'«Irrigation Authority» possèdent également des forages. Ainsi, 24 millions de mètres cubes d'eau par jour sont puisés des nappes par le secteur privé pour l'irrigation et 11 millions de mètres cubes par jour pour des besoins industriels. Tous les producteurs de boissons gazeuses et de bières utilisent l'eau des nappes phréatiques, de même que les teintureries. «Plusieurs propriétaires de «bore holes» (forages d'eau) ainsi que l'«Irrigation Authority» nous ont déjà donné leur accord pour l'exploitation de leurs ressources», a indiqué Harry BoolaucK. Mais la CWA n'est pas encore entrée dans la phase critique où elle fera une grande utilisation de ces forages.

QUESTIONS A ARJOON SUDDHOO,

DIRECTEUR DU «MAURITIUS RESEARCH COUNCIL»

La décision du Conseil des ministres d?aller vers l?ensemencement des nuages et le dessalement de l?eau de mer vous paraît-il farfelue ?

Absolument pas. Je crois qu?il est grand temps que le public mauricien réalise que le gouvernement utilisera tous les moyens et toutes les technologies disponibles pour atteindre trois types de sécurité. Soit la sécurité alimentaire (pour que sa population ait accès à des aliments à un prix raisonnable), la sécurité énergétique(accès à l?électricité et aux différents carburants) et la sécurité hydrologique.

Avec la forte demande en carburant et en aliments des pays émergeants et la flambée du prix du pétrole, la sécurité énergétique et alimentaire sont sous menaces. La sécurité hydrologique, c?est-à-dire la disponibilité d?une quantité suffisante d?eau pour les besoins domestiques, industriels et agricoles est également sous menace à travers le monde. Il y a deux raisons à cela. L?explosion démographique couplée à une grande demande industrielle et agricole en eau. Le bouleversement climatique avec de longues périodes de sécheresse dans plusieurs pays (d?où la flambée des prix du blé et d?autres céréales) a pour effet d?aggraver la situation.

Vous comprendrez que dans une telle circonstance, il n?est absolument pas farfelu de penser à des techniques de pointe, notamment l?ensemencement des nuages et le dessalement de l?eau de mer.

Justement. On affirme que l?ensemencement des nuages est farfelu pour Maurice en raison du fait que l?île est d?une petite superficie. Il devient alors difficile de faire tomber les pluies des nuages ensemencés sur l?île.

Non, les techniques ont évolué. Les autorités mauriciennes ont eu recours à des consultants lors de la sécheresse de 1999. Ils avaient préconisé l?ensemencement des nuages comme option. L?ensemencement des nuages est de plus en plus utilisé, notamment au Maroc et en Thaïlande. C?est une option qu?il nous faut considérer.

Deux groupes hôteliers ont actuellement recours au dessalement de l?eau de mer pour sa clientèle touristique. Pourrait-on adopter cette option coûteuse pour le grand public ?

Le dessalement coûtait environ Rs 60 le mètre cube quand cette technique a été adoptée pour des besoins industriels domestiques. Ce prix a baissé pour tomber à Rs 20 le mètre cube aujourd'hui. Il peut encore baisser. Mais je crois qu?il nous faut penser également au dessalement avec l?utilisation des énergies renouvelables, solaire et éolienne notamment. Le coût de l?électricité, surtout quand elle est produite avec du pétrole, a une incidence considérable sur le prix du dessalement. Il faut aussi penser qu?une grande partie de l?eau distribuée à Maurice utilise la gravité pour parvenir aux consommateurs. Les réservoirs et les nappes phréatiques sont en, général, dans les hauteurs.

Dans le contexte du dessalement, les choses sont inversées. Les unités de dessalement seront sur le littoral, ce qui fait qu?il va falloir pomper l?eau vers les consommateurs. C?est pour cela que je préconise l?utilisation des énergies renouvelables pour le dessalement mais aussi pour le pompage.

Si les prix baissent avec de nouvelles technologies, cela doit nécessairement impliquer un plus grand recours au dessalement ?

Effectivement. Vous savez sans doute que la FAO prédit qu?en 2025, le monde fera face à une importante crise en ce qui concerne l?eau potable. C?est donc toute une stratégie que plusieurs gouvernements mettent en ce moment en place et le dessalement est devenu un big business. On voit cela à Singapour qui dépend presque entièrement de la Malaisie pour son eau. Singapour a une politique anti-gaspillage d?eau admirable et des programmes de retraitement et de dessalement. L?Australie aussi s?y lance pour Sydney et Perth.

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