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L?hippocampe pour préjugés qui décampent
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L?hippocampe pour préjugés qui décampent
A dos de cheval marin. Nageant entre les déferlantes de l?absurdité de la vie. Pour que la mémoire ne coule pas à pic. Pour le souvenir de jumelles, «capables autrement».
Pour tout cela, Khal Torabully a écrit. L?hippocampe a deux visages. Sans se prendre pour Janus, le poète sourit. Sérieux et sage. A coup de poésie, il définit, «Mon handicap est de nager/ Dans le sens de l?amour/ Alors que d?autres plongent dans le sens de l?oubli».
Ce recueil lancé cette semaine est la réponse à une supplique. Celle d?un père, comme lui. Celle d?Ali Jokhun, président de U-Link, qui a vu partir ses jumelles atteintes d?infirmité moteur cérébral.
Alors, des eaux profondes de l?imaginaire corallien, est remonté l?hippocampe. «La fragilité faite force », comme le poétise Khal Torabully. La petite créature (15 cm environ pour l?adulte) ballottée par les courants mais qui se tient debout. A la verticale de ses désirs, de ses besoins. «C?est le père qui porte les bébés». A la manière du kangourou, avec sa poche ventrale. «C?est un insecte sans l?être», avec son exosquelette. «C?est un cheval».En vérité un poisson. «C?est un singe». Avec une queue préhensile pour s?accrocher aux algues. «On lui prête des vertus aphrodisiaques», explique Khal Torabully. «On en fait aussi des remèdes».
«L?hippocampe c?est la fragilité faite force. Petite créature ballottée par les courants mais qui reste debout. A la verticale de ses désirs, de ses besoins.»
Les analogies étaient toutes prêtes. Le poète les a cueillies. Les a mûries. Transformant l?animal «mutant» en cheval qui bat des ailes. «Ce n?est pas un travail en rupture avec ce que j?ai fait jusqu?ici». Interrogé sur le développement de son imaginaire corallien, Khal Torabully y voit une extension de son écosystème.
Par l?ajout de cette «créature de l?entre-deux, ce symbole pour les handicapés». Qui avec sa forme tronquée, avance quand même. «Exécute un ballet, reste debout».
Quant à l?aspect caritatif de l??uvre, Khal Torabully précise qu?il verse la totalité de ses droits à l?association U-Link, dédiée au service des handicapés. «C?est pour éditer le deuxième catalogue gratuit pour handicapés». Avec renseignements pratiques et adresses utiles, à destination des parents en besoin d?assistance. Oeuvre de charité à laquelle il a participé en 1989 déjà avec Le printemps des ombres.
Pour rendre le livre plus accessible, le poète l?a illustré de calligraphies. Lui qui aime tout ce qui est écriture, s?est rendu auprès de calligraphes qui savent dessiner les poèmes. Côtoyant ainsi au cours de ses voyages, le maître chinois Wen Qing et celui de l?école de Bagdad, Salah Al Moussawy. Ayant appris à tailler lui-même ses calames, Khal Torabully s?est appliqué à mélanger le style chinois, «pour le style et l?élan», au côté « discursif de l?oriental ».
<b>*Disponible à Rs 150 </b>
PROJET
Caravane de la francophonie
Le principe : choisir dix mots. Et donner libre cours à la création, autour de ces consonances francophones. Faire voyager les mots à la rencontre des cultures. Du côte de Plaine-Verte, des jeunes répètent. Sous le regard de Khal Torabully. C?est leur manière de se préparer à fêter la journée de la francophonie, le 20 mars. « Nous voulons sortir la francophonie des salons et des beaux discours. En faire un lien social. Attention, nous ne réprimons aucune langue, nous les incluons», explique le poète. Chez nous la finalité de ce travail sera présentée le 22 mars au centre Charles Baudelaire. Ce projet a été créé par le théâtre des Asphodèles, dans la région de Lyon en France. La ville où est établi le poète mauricien. Pour avoir participé à des comités de pilotage, il s?est laissé prendre au rythme des dix mots. L?idée de la caravane des mots s?est répandue dans douze pays. Maurice est le treizième. En Afrique, Madagascar, avec la compagnie Miangaly, le Mali, le Maroc sont déjà en réseau. Sans compter la Chine, le Vietnam et Hongkong pour la région Asie.
La caravane des dix mots se décline en l?organisation d?ateliers artistiques pluridisciplinaires, pour «stimuler la créativité individuelle et collective» autour des dix mots. Il demande aussi la réalisation d?un film de 26 minutes retraçant l?aventure. Il est aussi demandé à chaque caravane de dix mots de présenter un cours métrage de six minutes réalisé autour des dix mots.
A terme, il donne la chance à des membres de chaque caravane de se retrouver lors d?un forum international des caravanes francophones.
EXTRAIT
Et je me mis à imaginer un petit
Cheval de mer,
Sans mains ni pieds,
Une créature légère,
Flottant dans l?eau,
Sans gravité, sans douleur.
L?hippocampe aux ailes de lumière
Sera cette première image
De l?enfant flottant dans le ventre
De la mer(?)
Je ne parlai pas de handicap,
Je parlai d?injustice.
Je vis la teneur des supplices,
Et la grande aventure de l?amour
Dans les yeux ébahis des deux naufragées
Venues s?échouer entre nos larmes
De douleur et de bonheur (?)
Je suis parent de deux hippocampes
Me dis-je,
D?un bébé qui ne pourra pas ramper
D?un bébé qui ne pourra pas courir
Qui pourra à peine nager,
Qui pourra à peine parler.
Mais l?hippocampe s?accroche à l?algue
Quand la mer coule à pic(?)
La terre n?accepte pas
Les enfants différents.
L?hippocampe nage
Loin des regard des humains.
Que peut un enfant face à
L?incompréhension
Des semblables ?
La terre refuse les visages taillés
Au burin de la différence.
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