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Mauricienne intégration à une chinoise immigration

23 février 2008, 20:00

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Huguette Ly Tio-Fane-Pineo et sir Edouard Lim Fat font ?uvre filiale et patriotique, en racontant, dans leur livre conjoint, From Alien to Citizen, l?odyssée de l?intégration des Mauriciens d?origine chinoise au sein de notre population arc-en-ciel. Ils retracent succinctement, mais exhaustivement les mille et un détails, quand il ne s?agit pas, plus exactement, d?obstacles à surmonter victorieusement, de tout un processus, d?une véritable épopée, commençant par des coolies chinois, effrayés de l?audace avec laquelle ils osent fuir, au péril de leur vie, ce paradis de l?Empire Céleste mais ne parvenant plus à les nourrir convenablement.

Pour se poursuivre brillamment, de nos jours, en 2008, avec les membres les plus entreprenants, les plus performants et les plus prometteurs de la communauté mauricienne d?origine chinoise, capables de faire jeu égal et même de surpasser leurs homologues membre des autres communautés mauriciennes d?origines diverses, mais non chinoises. Pour ne rien dire des chapitres restant à vivre et à décrire et que rempliront les activités des Mauriciens et pas seulement ceux d?origine chinoise, appelés d?une façon privilégiée avec cette nouvelle Chine, capable d?accueillir excellemment les Jeux Olympiques de 2008.

Dans son avant-propos, Huguette Ly Tio-Fane-Pineo explique son intention de fondre, en un seul livre, l?essentiel d?une de ses ?uvres précédentes et également consacrée à notre communauté d?origine chinoise et de la compléter, en racontant son parcours jusqu?aux jours qui sont les nôtres et qui coïncident avec le 40e anniversaire de notre accession à l?Indépendance politique.

Cette mise à jour de cette odyssée sino-mauricienne pourrait passionner davantage les plus jeunes d?entre nous, peut-être moins désireux de comprendre les états d?âme de leurs ancêtres du XIXe siècle et plus intéressés à comprendre ceux de leurs parents et grands-parents, se retrouvant davantage coupés de leurs racines ancestrales, en raison des multiples conflits chinois continentaux, internes et externes, les empêchant d?aller humer l?air ambiant dans leurs villages ancestraux aussi souvent qu?ils le veulent.

Ils seront d?autant plus heureux de connaître les raisons de ce froid qui se glisse, bien malgré les Mauriciens d?origine chinoise, entre eux et leur mère patrie chinoise que de plus en plus le reste du monde, autrement dit le village global que nous devenons, veut rattraper au plus vite le temps perdu et considère la Chine éternelle, devant accueillir prochainement les jeux Olympiques de 2008, avec une envie de réussir et d?exceller en toutes choses. Que seul peut comprendre un homme cultivé pétri par la pensée et la philosophie chinoises millénaires, comme le pays par excellence à visiter, à connaître et avec qui établir de fructueux accords de coopération.

En peu de mots, Huguette Ly Tio-Fane-Pineo explique cela mais avec une clarté remarquable. On peut résumer arbitrairement sa pensée de la manière suivante : avant 1930, les Mauriciens d?origine chinoise, se considèrent davantage comme des Chinois exilés à Maurice que comme de futurs citoyens mauriciens à part entière. Ils caressent toujours l?idée de pouvoir regagner la mère patrie et l?empire céleste, avant de quitter la terre des hommes. On travaille à Maurice, mais on épargne et on investit en Chine. Le temps passé à Maurice ne doit être qu?un intermède dans une existence devant s?étendre au-delà de la mort.

Ils remportent victoire sur victoire

Cette Chine d?avant 1930 a pourtant beaucoup perdu de sa sérénité et même de son prestige. La fin du pouvoir politique absolu de l?empire céleste et de son empereur donne lieu à des guerres fratricides entre tenants de la république fondée par Sun Yat Sen. L?ascension irréfutable du parti communiste de Mao Tsé-Toung n?arrange pas les choses. Et quand les chats se disputent le pouvoir absolu, les souris dansent, autrement dit les Seigneurs de Guerre, ramenant des régions entières à un système féodal et médiéval, ce qui n?encourage guère l?investissement.

Survient l?invasion japonaise, commençant par la Mand-chourie, s?étendant au sud, gagnant Shanghai et même Canton et coupant en quelque sorte la Chine intérieure avec le reste du monde et donc de Maurice. La Seconde Guerre mondiale empêche les forces alliées (Russes, Anglais, Français, Américains) de se porter au secours de la Chine nationaliste de Tchang Kai-Chek ou communiste de Mao Tse Toung. Celle-ci s?éloigne d?autant de ses enfants exilés à Maurice qu?au départ les Japonais, alliés de l?inqualifiable Hitler, remportent victoire sur victoire, ridiculisent l?armée britannique et même américaine dans le Sud-Est asiatique, menacent l?Australie, sinon Madagascar, l?Afrique de l?Est et même Maurice.

Huguette Ly Tio-Fane-Pineo ne dit pas assez que les Mauriciens d?origine chinoise sont les plus enthousiastes des Mauriciens à célébrer la seconde armistice de 1945, celle du 17 août, qui scelle l?humiliante reddition de l?empereur du Japon à un simple général américain, Mac Arthur en l?occurrence. La guerre finie, les portes de la Chine ne s?ouvrent pourtant pas à ses enfants exilés à Maurice. La guerre intestine fait de nouveau rage entre les frères ennemis Tchang Kai-Chek le nationaliste et Mao le communiste et protégé (?) de l?Union soviétique du Petit Père des Peuples.

Formose ou T?ai-wan fait office de Sainte-Hélène pour Tchang Kai-Chek. Mais la Chine communiste de Mao fait aussi figure de Corée du Nord face au boom économique qui hausse T?ai-Wan au rang des dragons d?un nouvel ordre économique. Parallèlement, la Chine de Mao nationalise à outrance, considère la propriété privée comme un vol et les traditions ancestrales, prônant le sens sacré de la famille, comme l?opium du peuple. Maintenir des liens avec la Chine millénaire et éternelle, qui n?est pas forcément celle du paradis communiste du rideau de bambous, demeure compliqué.

Barrière linguistique

Pendant ce temps, les générations montantes, ne pouvant pas toujours accéder à une éducation chinoise traditionnelle, vont à l?école du gouvernement et dans les meilleurs collèges d?Etat ou privés, dont, bien sûr, le London College d?Harold Chan Lam. Elles s?européanisent donc et s?occidentalisent à la vitesse Grand V. Dans un nombre croissant de familles d?origine chinoise, on commence à noter une barrière linguistique entre grands-parents et petits-enfants.

L?île Maurice de l?Indépendance évolue également. La monoculture sucrière cède la place à d?autres piliers économiques : zone franche manufacturière, tourisme, grande distribution, informatique, services financiers, offshore, externalisation. Les Mauriciens d?origine chinoise ont un rôle de plus en plus prépondérant à jouer, à l?instar du Pr Edouard Lim Fat, pour attirer en toute confiance les investisseurs taiwanais, sud-coréens, singapouriens, hongkongais. Les deux cents dernières pages du livre établissent d?une manière irréfutable cette prépondérance d?origine sino-mauricienne dans ce que d?éminents étrangers n?hésitent pas à nommer « le miracle mauricien ».

Mais la partie la plus belle de l?histoire n?est pas encore rédigée. De nos jours, T?ai-Wan redevient grain de sable face à la puissance économique, industrielle et commerciale explosive que connaît la Chine populaire, capable enfin de jouer pleinement la carte de l?ouverture au monde et de se frotter victorieusement aux marchés capitalistes les plus impitoyables.

Qui sait ce que pourront devenir notre île Maurice et plus particulièrement notre communauté d?origine chinoise quand elles pourront jouer pleinement le rôle prépondérant que notre offshore, nos services financiers et d?externalisation jouent actuellement au sein de l?investissement étranger direct dans l?économie de cette autre superpuissance écono-mique émergente qu?est l?Inde ?

D?ores et déjà, le livre d?Huguette Ly Fio-Fane-Pineo et de sir Edouard Lim Fat se présente comme la clé, nous permettant d?ouvrir toutes les portes de la compréhension du mystère de cette mauricienne intégration d?une chinoise immigration, mais aussi l?étoile, capable de nous laisser entrevoir la direction que prendront inexorablement les chapitres suivants à rédiger de la merveilleuse histoire de la diaspora chinoise en terre mauricienne.

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