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My Blueberry nights

15 février 2008, 00:00

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Les blueberries, en anglais, sont ce qu?on appelle les myrtilles : ces petites baies d?une couleur noire bleutée, comme la nuit dans une grande ville. Mangées à point, elles sont douces comme le souvenir, mais elles ont aussi le goût acide du chagrin, avec ce parfum indéfinissable des fruits des bois qui réveille des envies de grand air ou des envies d?ailleurs, tout simplement. D?où, peut-être, le titre du dernier film de Wong Kar-Wai, My Blueberry Nights, dans lequel il est beaucoup question de tarte aux myrtilles ; avec de la glace, comme ils en mangent aux Etats-Unis.

Ces innocentes petites baies font, ici, office de métaphore. Norah Jones a rompu avec son compagnon. Prétextant une histoire de clés, elle revient chaque soir dans le même bar pour consommer une part de tarte aux myrtilles et tout en vidant un sac de souvenirs, elle consomme aussi une part de plus en plus grandissante de sympathie et d?affection que lui dispense Jude Law, le patron du bar.

Douceur des souvenirs et du rapprochement entre les deux, aigreur du chagrin et la couleur des nuits de New York. Ou plutôt, les couleurs ; car, au noir bleuté des extérieurs, Wong Kar-Wai oppose en contraste les intérieurs aux éclairages chaleureux dans lesquels viennent s?ébattre le rouge, la couleur orange, le jaune citron et autres couleurs chatoyantes. Le maître hongkongais nous éblouit et nous enchante ; il s?offre le plaisir de remplir le champ de la caméra en entourant ses personnages de toutes sortes de reflets. Il prend aussi un plaisir malicieux à changer sans cesse d?angle de prise de vue en filmant Norah Jones ou Jude Law alors qu?ils se font des confidences ; parfois pour rien, juste pour la beauté de l?éclairage ou pour l?élégance d?un mouvement de caméra. Les images proviennent parfois de la caméra de surveillance du bar et au détour d?un changement de plan dans une conversation, il fait apparaître le visage de Nora Jones dans les chromes que Jude Law astiquait l?instant d?avant. On finit alors par se rendre compte que depuis tout ce temps, Wong Kar-Wai parle de solitude.

My Blueberry Nights est le premier film que tourne le cinéaste sur le continent Nord Américain. Le sachant originaire d?une des plus grandes mégapoles du monde, on comprend qu?il se soit senti quelques affinités avec la ville qui ne dort jamais. Etant issu de la culture pop, il accompagne cette partie new-yorkaise d?une musique pop urbaine aux prétentions jazzy, ce qui n?est pas désagréable. Wong Kar-Wai reste toujours un citadin lorsque son film quitte New York pour accompagner Norah Jones dans son périple à travers l?Amérique. Travaillant comme serveuse dans un bar et dans un restaurant, elle rencontre David Strathairn en policier alcoolique et déprimé. Celui-ci se refuse à laisser partir Rachel Weisz, son épouse qui veut aller voir ailleurs.

Puis, serveuse dans un casino à Las Vegas, elle rencontre Nathalie Portman en superbe flambeuse embrouillée dans un conflit non-déclaré avec son père absent du film.

Ces personnages ne manquent pas de substance. Mais en même temps, cette partie du film reste assez creuse pour ce qui est du récit. Elle est même maladroite, par moments. Sans compter que Norah Jones ne fait pas grand-chose pendant tout ce temps, bien qu?elle apparaisse dans pratiquement chaque scène. Impressions qui finissent, malheureusement, par déteindre sur le reste du film. Il y a dans My Blueberry Nights, moins de substance que de style. Tout en étant sous le charme, les admirateurs de Wong Kar-Wai risquent de rester sur leur faim. Les admirateurs de Norah Jones, par contre, seront sûrement ravis

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