Publicité
La sécurité : un enjeu primordial
Quatre heures bloqué dans la capitale. La faute à un simple accident sur une de ses sorties sud, soit entre Bell-Village et Pailles (sur l?autouroute M 1) ou entre Cassis et le pont de la Grande-Rivière pendant les heures de pointe l?après-midi? Ainsi, ceux qui sont déjà dans un autobus à la gare centrale à 16 h 30 seront vraisemblablement dans les rues de Port-Louis à 21 heures.
Noté à trois différentes reprises dans le passé, un tel scénario risque de se répéter. Et ce, de plus en plus fréquemment. Il devient également monnaie courante le matin, entre 7 h 30 et neuf heures. Un accident sur l?autoroute, entre Phoenix et Pailles, et voilà que tous les véhicules, y compris ceux qui empruntent la vieille route de Rose-Hill et Beau-Basin, enregistrent un retard de trois heures pour gagner la capitale. Ainsi, la semaine d?avant, les automobilistes qui étaient sur l?autoroute après le pont Colville Devrell à huit heures, sont arrivés au bureau à 11 heures.
Face aux tergiversations du gouvernement et des techniciens responsables concernant la construction de nouvelles voies d?accès, la police, notamment, s?inquiète. «Ce qui se passe actuellement constitue un énorme problème de sécurité. N?importe qui peut, aujourd?hui, en provoquant volontairement deux ou trois accidents, bloquer complètement l?accès de la Special Mobile Force (SMF) dans la capitale durant les heures de pointe, affirme un haut gradé de la SMF, formé à l?étranger sur différents aspects de la sécurité. Une évacuation de la capitale en cas de tsunami ou d?incendie dans les dépôts de carburants dans le port va également s?avérer catastrophique. Souvenez-vous de comment tous les automobilistes avaient été bloqués dans la capitale, il y a quelques années, quand la météo avait émis un communiqué pendant la journée pour dire qu?elle allait émettre une alerte III dans les heures qui suivent. Ce problème se pose surtout pour ceux qui veulent quitter la capitale par les deux accès sud. Mais ceux qui partent vers le Nord risquent de se trouver dans la même situation en cas d?incendie dans le port.»
«Il n?y a aucun plan et aucune équipe chargée de la fluidification de la circulation après un accident sur l?autoroute M1, pendant les heures de pointe. Bientôt ces heures de pointes vont durer de sept heures à 18 heures.»</I>
Notre interlocuteur parle sous couvert d?anonymat, en espérant que ses propos ouvriront les yeux des décideurs politiques. Il déplore que personne ne semble s?inquiéter devant les faits et que «l?autoroute, de Réduit à Port-Louis, ne comporte aucune voie d?urgence.» «Savez-vous que la troisième voie sur l?autoroute, de Pailles à Réduit, qui comporte également une voie d?urgence (emergency lane) avait été construite principalement pour assurer la sécurité de Sir Anerood Jugnauth, alors Premier ministre ?» explique ce haut gradé. Il regrette qu?il n?y ait pas de plan d?évacuation et déplore l?absence sur le terrain d?équipements ? remorques et autres véhicules, y compris des ambulances ? pour déblayer rapidement les voies bloquées par un accident ou pire, un carambolage pendant les heures de pointe.
Aucune équipe responsable</B>
Et il ajoute : «Ce n?est que quand l?accident s?est produit qu?on fait appel aux hommes et aux équipements qui ont une grande difficulté à arriver sur les lieux. La SMF s?est retrouvée devant un tel problème, il y a quelque temps, quand il a fallu nettoyer l?autoroute car une cargaison de cannes était tombée d?un camion juste avant le pont qui se trouve dans les environs de Trianon. Et je peux vous dire que cet accident ne s?était pas produit pendant les heures de pointe. Il n?y a aucun plan et aucune équipe chargée de la fluidification de la circulation après un accident sur l?autoroute M1, pendant les heures de pointe. Bientôt ces heures de pointes vont durer de sept heures à 18 heures».
Mais pourquoi un simple accident provoque-t-il un retard de trois heures pour ceux qui entrent dans la capitale le matin ? L?explication est connue depuis longtemps. En sus de l?impossibilité de dévier le trafic vers d?autres voies et la difficulté des autorités de faire déblayer rapidement la route, viennent s?ajouter d?autres problèmes de gestion des policiers responsables de fluidifier le trafic le matin (voir encadré).
<B>Le rôle de la police</B>
■ «Une centaine de policiers sont déployés de Curepipe à Port-Louis tous les matins pour aider à rendre le trafic plus fluide aux heures de pointe. Les après-midi, nous n?avons pas besoin d?autant de policiers», explique le nouveau boss de la «Traffic Unit», l?inspecteur Ashok Matar.
Toutefois, tous les hommes déployés dans le corridor sud n?appartiennent pas à la «Traffic Branch». Une bonne partie est affectée aux différents postes de police et ont des heures fixes de travail sur la route.
En effet, si tous les hommes de la «Traffic Branch» ont pour consigne de rester sur place tant que le trafic n?est pas redevenu à la normale, tel n?est pas le cas de ceux qui viennent de différents postes de police. Ils abandonnent leur poste à neuf heures ou 9 h 30 au plus tard.
Ainsi, le flot de véhicules qui est bloqué après un accident et qui arrive dans la capitale après neuf heures ne bénéficie plus de la signalisation policière. Et la situation devient catastrophique. D?où les trois heures ou plus de retard.
Un tel scénario peut se répéter quand il pleut le matin. Cela donne souvent lieu à un taux élevé d?absentéisme chez les policiers affectés à la signalisation routière. «Nous allons essayer de voir avec les différents postes de police si ceux qui sont choisis pour réguler le trafic peuvent rester sur place tant qu?il y a de la congestion», affirme l?inspecteur Matar.
Le remplaçant de Ben Buntipillay est, en fait, décidé à changer la situation. Il est conscient du rôle de la police dans la prévention des goulots d?étranglement, matin et après-midi.
«Le jeudi 31 janvier, l?alerte III concernant Gula avait été enlevée vers 8 h 30. Les automobilistes ont pris la route et les effectifs de la police n?ont pu être déployés à temps. On a eu une situation catastrophique sur l?autoroute. Je n?ai jamais vu un tel chaos», explique l?inspecteur Mathar.
Le même scénario se répète quand les automobilistes évacuent la capitale avant que la police ne soit déployée. «Nous n?avons pas des plans de déploiement comme c?est le cas pour le plan tsunami. Mais nous travaillons sur de tels plans pour les accidents, etc. Par exemple, un plan de déviation, de déblaiement et de transport des blessés à l?hôpital avec des exercices et des simulations», affirme l?inspecteur Matar.
QUESTIONS À
<B>Raymond Rivet</B>
● Etes-vous étonné de constater qu?à cause d?un simple accident sur l?autoroute M1 le matin, les employés de bureau arrivent avec trois heures de retard ?</B>
Pas du tout. Il n?y a que quatre voies par lesquelles on peut entrer dans la capitale. Deux par le Sud ? Résidences Vallijee et autoroute M1 par le Sud ? et l?autoroute M2 et la voie passant par Sainte-Croix pour ceux venant du Nord.
Tout cela est doublé par un problème de parking. En 2000, un rapport indiquait que le pays perdait Rs 1,5 milliard par en en raison de la congestion routière. Ce chiffre est passé à Rs 2 milliards l?année dernière. Ces six dernières années, le pays a perdu presque Rs 10 milliards en termes de carburant gaspillé et d?heures de travail perdues dans les embouteillages. La Ring Road, ou route circulaire, n?aurait coûté que Rs 4 milliards.
● <B>Dans quelle mesure la route circulaire, que vous proposez depuis 1975, peut changer la situation ?</B>
La route circulaire, qui devait débuter sur l?autoroute à partir de la centrale électrique de Saint-Louis, va maintenant prendre naissance à hauteur de Soreze et Montebello. En cas d?accident entre l?entrée de Pailles et Réduit, toutes les voitures sont bloquées, il n?y a aucune voie secondaire pour évacuer ce trafic. Le véhicules venant de Saint-Jean se trouve vite stoppés et le bouchon s?étend de l?entrée de Pailles à Saint-Jean, souvent jusqu?à Phoenix, dépendant de la gravité de l?accident. C?est une situation catastrophique.
On ne peut prendre la vieille route passant par Rose-Hill, Beau-Bassin, Coromandel et Grande-Rivière pour gagner la capitale, car elle est aussi bouchée. Nombre d?automobilistes, lorsqu?ils apprennent qu?il y a un embouteillage monstre sur la M1, prennent cette route. On aurait pu éviter tout cela si on était allé de l?avant avec la Beau-Bassin ? Port-Louis Link Road sur laquelle les Japonais ont travaillé dans les années ?80. Ils ont fait des travaux approfondis sur cette route et ont remis des plans et des rapports très détaillés.
Malheureusement, rien n?a été fait concernant la construction de cette route qui devait débuter auprès du poste de police de Beau-Bassin pour emprunter l?ancienne voie ferrée et l?ancien pont ferroviaire de Grande-Rivière pour déboucher auprès de la centrale électrique de Saint-Louis.
● <B>Vous avez proposé la route circulaire, que le gouvernement semble maintenant disposé à construire, en 1975. Ce n?est pas sûr que le projet aille de l?avant. Comprenez-vous cette valse-hésitation ?</B>
Je me tue à convaincre les ministres concernés que cette route circulaire est d?importance capitale pour décongestionner l?entrée de Port-Louis. Elle est d?importance économique pour notre développement et notre tourisme. C?est la priorité des priorités.
● Vous pouvez vous enorgueillir du fait que la firme française qui a fait une étude sur la route circulaire que vous avez proposée en 1975, accepte votre tracé (bien qu?elle propose aussi un tracé secondaire pour éviter la rue Labourdonnais, etc.) Aussi, vous êtes celui qui a proposé l?«under pass» de Pailles qui a grandement aidé à décongestionner toute cette région économiquement très active?</B>
En effet, en 1996 j?avais soumis des plans au ministre d?alors concernant cet under pass. Il a été réalisé en 1999. J?ai également eu d?autres satisfactions. J?ai proposé la route circulaire en participant aux débats sur le budget en 1975 au Parlement. J?avais alors fait ressortir que le prolongement de la M1 pour la relier à la M2 en passant devant la poste n?allait pas résoudre la congestion routière dans la capitale.
J?ai proposé dès 1975 des solutions pouvant nous dépanner jusqu?à l?an 2000 et 2025. Les événements m?ont donné raison. J?avais également ébauché un plan pour sauver l?université.
L?expert britannique que fit venir le gouvernement a fait ses propositions en suivant ce plan.
● <B>Pour la route circulaire, vous avez une proposition alternative qui rendrait la construction de cette route moins chère. Votre proposition vient de plusieurs études sur le terrain...</B>
Je propose, entre autres, que le tunnel soit creusé à Goat Rock et non à Quoin Bluff comme le propose le tracé retenu par la Road Development Authority. Le tunnel que je propose serait moins cher, car il sera d?environ 330 mètres, alors que celui de Quoin Bluff serait d?environ 775 mètres. J?ai aussi fait parvenir mes propositions au Premier ministre, Navin Ramgoolam.
● <B>Le gouvernement va de l?avant avec la construction de la route Trianon-Verdun-Terre-Rouge. Pensez-vous que ce soit une priorité ?</B>
Cette route est excellente pour notre développement. Surtout pour les touristes qui vont dans les hôtels du Nord. Il ne faut pas oublier que nous visons un million de touristes pour l?immédiat et éventuellement deux millions à l?avenir.
Mais je ne vois pas les véhicules allant à Port-Louis dévier à Trianon pour ensuite arriver à Terre-Rouge. Et de là gagner la capitale. C?est uniquement la route circulaire qui pourrait nous aider à dévier au moins 45 % du trafic pendant les heures de pointe, dans les environs de Montebello.
<I>Propos recueillis par </I> <B>R. J.</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents