Publicité
Qu?est-ce que le racisme?
Le racisme expliqué à ma fille , Tahar Ben Jelloun, Editions du Seuil, 96 pages.
«Le racisme expliqué à ma fille» de Tahar Ben Jelloun est le premier livre dans cette collection des Editions du Seuil, le plus célèbre et le plus vendu dans le monde. Le nom de l?auteur, Prix Goncourt 1987 (pour «La Nuit sacrée»), l?importance du thème et la dimension pédagogique de l?ouvrage y ont, certes, contribué.
Dans son Introduction, Tahar Ben Jelloun raconte la genèse de ce dialogue avec sa fille Mariam. C?est en allant manifester, le 22 février 1997, avec elle contre le projet de loi Debré sur l?entrée et le séjour des étrangers en France qu?il a l?idée de publier ce petit texte : «Ma fille, dix ans, m?a posé beaucoup de questions. Elle voulait savoir pourquoi on manifestait, ce que signifiaient certains slogans, si cela servait à quelque chose de défiler dans la rue en protestant, etc. C?est ainsi qu?on en est arrivés à parler du racisme.»
La première question est évidemment : c?est quoi le racisme ? : «Le racisme est un comportement assez répandu, commun à toutes les sociétés, devenu, hélas !, banal dans certains pays parce qu?il arrive qu?on ne s?en rende pas compte. Il consiste à se méfier, et même à mépriser, des personnes ayant des caractéristiques physiques et culturelles différentes des nôtres.»
La question / réponse sur la race est, à mon avis, l?une des plus importantes, car on entend trop souvent des gens et non des moindres parler de «races» en ce qu?il s?agit des hommes et des femmes : «Ecoute-moi bien, ma fille : les races humaines n?existent pas. Il existe un genre humain dans lequel il y a des hommes et des femmes, des personnes de couleur, de grande taille ou de petite taille, avec des aptitudes différentes et variées. Et puis il y a plusieurs races animales. Le mot race ne doit pas être utilisé pour dire qu?il y a une diversité humaine. Le mot race n?a pas de base scientifique?Je te propose de ne plus utiliser ce mot. Il a été tellement exploité par des gens malveillants qu?il vaut mieux le remplacer par les mots genre humain . Donc le genre humain est composé de groupes divers et différents . Mais tous les hommes et toutes les femmes de la planète ont du sang de la même couleur dans leurs veines, qu?ils aient la peau rose, blanche, noire, marron, jaune ou autre.»
On ne peut discuter du racisme sans aborder la notion de l?identité : «Chaque être humain est unique. De par le monde, il n?existe pas deux êtres humains absolument identiques. Même de vrais jumeaux restent différents. La particularité de l?homme, c?est de porter une identité qui ne définit que lui-même. Il est singulier, c?est-à-dire irremplaçable? Autrement dit, chaque visage est un miracle, unique et inimitable.» L?identité, c?est notre ADN, comme je le souligne dans «L?interculturel ou la guerre».
La dominance du racisme et la transformation des identités en «identités meurtrières» mènent inéluctablement aux massacres. TBJ en fait l?inventaire morbide : «Pour ne prendre que ce siècle, dès 1915, les Arméniens, qui vivaient dans les provinces orientales de l?Anatolie ont été pourchassés et massacrés par les Turcs ( plus d?un million de morts ). Plus de cinq millions de Juifs ont été tués par les nazis en Europe, dans des camps de concentration. Récemment, en 1992, les Serbes, au nom de ce qu?ils ont appelé la purification ethnique, ont massacré par milliers des Bosniaques musulmans. Au Rwanda, les Hutus ont massacré les Tutsis. Ce sont deux ethnies qui se font la guerre depuis que les Belges ont colonisé la région des Grands Lacs de ce pays?Ce siècle, ma fille, a été généreux en massacres et en douleur.»
Il importe de faire ressortir que, tout le long du livre, TBJ s?appuie sur le principe que la lutte contre le racisme commence avec l?éducation et qu?on peut éduquer des enfants, pas des adultes : «On ne naît pas raciste, on le devient. Il y a une bonne et une mauvaise éducation. Tout dépend de celui qui éduque, que ce soit à l?école ou à la maison. Le plus souvent, un enfant répète ce que disent ses parents, proches ou lointains.» TBJ rappelle ici ce qu?on peut constater dans n?importe quelle maternelle qui accueille des enfants sans aucun compartimentage : «Tout naturellement, un enfant joue avec d?autres enfants. Il ne se pose pas la question de savoir si tel enfant de couleur différente de lui est inférieur ou supérieur à lui. Pour lui, c?est avant tout un camarade de jeu. Ils peuvent s?entendre ou se disputer. C?est normal. Cela n?a rien à voir avec la couleur de la peau. En revanche, si ses parents le mettent en garde contre les enfants de couleur, alors peut-être qu?il se comportera autrement.»
En conclusion, TBJ écrit que la lutte contre le racisme doit être un réflexe quotidien : «Notre vigilance ne doit jamais baisser. Il faut commencer par donner l?exemple et faire attention aux mots qu?on utilise? Il faudra arriver à éliminer de ton vocabulaire des expressions porteuses d?idées fausses et pernicieuses.» La lutte contre le racisme est ainsi indissociable du travail sur le langage.
«Le racisme expliqué à ma fille» a été traduit en 30 langues et est enseigné dans les écoles de plusieurs pays. N?est-il pas temps de le faire à Maurice, pays de la «Word Class Quality Education»? Et ne faudrait-il pas également légiférer, comme en France, pour punir toute incitation à la haine raciale?
Il y va de notre survie.
Issa ASGARALLY
Publicité
Publicité
Les plus récents