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Les détenus mauriciens crient à l?«injustice institutionnalisée»
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Les détenus mauriciens crient à l?«injustice institutionnalisée»
Chaque jour voit l?arrivée de 40 nouveaux détenus en prison. Et des 2 500 personnes qui constituent la population carcérale, 80 % n?ont pas droit à la rémission car ils ont été condamnés pour des délits de drogue. Ainsi, les consommateurs de drogue augmentant en nombre, la population carcérale, de même, s?agrandit.
Ces statistiques sont contenues dans le rapport «Injustice institutionnalisée» préparé par un groupe de détenus de la prison centrale et adressé au Premier ministre et à plusieurs autres personnalités la semaine dernière. Le rapport, rédigé en anglais, explique pourquoi l?emprisonnement devrait être le dernier recours, si effectivement le but de l?emprisonnement est de décourager la récidive. Les détenus font par la même occasion le procès des enquêteurs de la police, des magistrats et des lois et pratiques du pays. Ceux-là sont, aux yeux des auteurs, ceux qui «bafouent les droits les plus fondamentaux des citoyens», mais aussi «aggravent la situation dans nos prisons». Ils dénoncent un système répressif contre ceux qui ont fauté mais qui, toutefois, «ne prend pas en compte le vrai problème», ni les raisons de la délinquance et de la récidive.
Les détenus considèrent qu?il y a mauvaise interprétation du Bail Act. Ils affirment que les magistrats ont tendance à ne pas relâcher les suspects, avec pour résultat que Maurice détient un record de détenus on remand. Le rapport relève que la stratégie adoptée par les gouvernements successifs pour combattre la drogue, a été «répressive» en ce sens que l?on arrête, condamne et emprisonne les consommateurs de drogue.
Le rapport contient une mini interview de ceux qui sont dans la drogue, les rédacteurs estimant qu?une des lacunes des législateurs, au moment où ils ont élaboré leur stratégie, a été de ne pas interviewer les drogués pour comprendre leurs motivations. Interrogés s?ils aiment se droguer, les consommateurs répondent oui et non. Oui, parce que «la drogue nous procure ce sentiment de bien-être et on est dans un monde euphorique, complètement détaché de la réalité». Non, parce que «la drogue détruit entièrement notre vie, notre famille, nos finances, notre éducation, notre réputation, notre santé». Et lorsqu?on leur demande si «cette sensation de bien-être est plus importante que les effets désastreux de la drogue», ils répondent «non», mais que «c?est une drogue et on ne peut pas arrêter».
Les détenus ont aussi répondu par l?affirmative qu?ils veulent abandonner la drogue et qu?ils ont honte d?eux-mêmes. Ils disent considérer la mort comme une délivrance, qu?elle correspond à la fin d?une vie cruelle (pour 36 %), à une vie meilleure (14 %), à la fin de leurs souffrances (10 %). Pour 16 %, la mort n?évoque rien de spécial. «L?emprisonnement aggrave la dépendance parce que nous nous sentons encore plus mal et il nous faut plus de drogue», ont-ils aussi affirmé.
Le rapport fait aussi état du temps passé on remand (de plusieurs années), temps de détention non déduit de la peine prononcée. Maurice est un des rares pays à pratiquer cette politique. Autre anomalie : le nombre de «trafiquants» de drogues officiels comparés aux «consommateurs». Les trafiquants sont jugés plus sévèrement (30 ans au minimum) que les consommateurs mais à Maurice, la possession de deux pouliahs suffit à faire d?un consommateur un trafiquant.
Ainsi, le ratio de trafiquants comparé aux consommateurs de drogue en prison est de? quatre à un. «Cela n?a pas de sens. Il est clair que la police décide volontairement de poursuivre des usagers pour trafic pour une peine plus sévère», dit le rapport qui met en cause la «mauvaise foi» de la police et le refus du système judiciaire de remettre en question ces pratiques.
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