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Deux rapports accablent l?administration d?Agaléga
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Deux rapports accablent l?administration d?Agaléga
En ces jours où nous célébrons le 173e anniversaire de l?abolition de l?esclavage à Maurice, avec annexe obligée au calvaire enduré par des générations de travailleurs agricoles, engagés en Inde, pour se mettre au service de Sa Majesté le Roi Sucre, nous nous faisons volontiers l?écho de ce «temps margoze» quand des dizaines de milliers de travailleurs devaient se contenter pour tout salaire ou presque d?une ration alimentaire de famine. Nous ne devons pas oublier que ce régime de travail contre ration alimentaire a longtemps prévalu même après notre Indépendance du 12 mars 1968. Des Mauriciens, certes des Agaléens mais aussi des Mauriciens, n?en déplaise à certains, ont dû endurer ce système féodal, souvent pratiqué sans contrôle adéquat et soumis à l?intégrité, à géométrie variable, des administrateurs et de leurs proches collaborateurs.
Au début de 1983, paraissent coup sur coup deux rapports ne faisant guère honneur à l?administration d?Agaléga. L?un d?entre eux porte la signature d?Armoogum Subramanien, un officier de l?Agaléga Corporation. L?autre ne possède aucun caractère officiel mais peut faire autorité tout de même car il est l??uvre de Me Daby Seesaram, futur secrétaire des villes s?urs, comptant alors 30 ans de service dans la fonction publique et même comme magistrat. Ces deux rapports rappellent sans détour les dures réalités qui prévalent à Agaléga après deux décennies de règne ramgoolamien et travailliste sans partage.L?on note d?emblée , d?une part, un manque de certaines denrées alimentaires et, d?autre part, une distribution litigieuse d?autres vivres. L?on se plaint, par exemple, de la distribution discriminatoire du vin et des cigarettes. Il est aussi question de mauvaise administration, d?absence de contrôle sur les entrepôts, sur les équipements, sur les véhicules, de complaisance policière avec l?administration, de manque aigu de logements, d?infrastructures et d?encadrements sociaux. Les deux rapports ont certes des pères différents mais ils se ressemblent comme deux gouttes d?eau.
Le contexte dans lequel les deux rapports sont rédigés est plutôt amusant. Daby Seesaram se rend en touriste, au début de novembre 1982 à Agaléga, avec d?autres professionnels. Au cours de son séjour, il doit, au pied levé, faire fonction de médiateur entre travailleurs exaspérés et l?administrateur qu?ils veulent rembarquer de force pour Maurice. Subramanien, pendant ce temps, effectue une visite de routine. Son rapport doit forcément rendre compte des incidents qui surgissent pendant son inspection. Les rapports officiel et officieux aboutissent donc à la même conclusion : la frustration à Agaléga est telle qu?elle peut déboucher, à tout moment, sur le mécontentement le plus violent.
Les doléances des Agaléens commencent d?ailleurs dans la cale du «M.V. Mauritius», le navire qui les conduit de Port Louis à leur île natale. Ils doivent se tenir entassés dans une cale déjà remplie à ras bord de leurs effets personnels. Ils peuvent à peine se mouvoir. La qualité des repas, auxquels ils ont droit, est nettement inférieure à celle des mets servis aux passagers des catégories supérieures. Les enfants, en particulier, sont souvent sujets au mal de mer et vomissent à qui mieux mieux.
Les facilités de transport dans les deux îles laissent beaucoup à désirer. Le fourgon disponible dans l?île du Nord est utilisé de façon discriminatoire. Dans l?île du Sud, le contrôle est encore plus sévère. Les moyens de signalisation entre les deux îles sont inadéquats, surtout en cas d?urgence. Il y a, bien sûr, la radio. Quand elle n?est pas en panne, naturellement.
En novembre 1982, Agaléga compte 353 habitants. Les laboureurs et les décortiqueurs de noix de coco sont employés sous contrat. Ils touchent, en moyenne, Rs 275 par mois pour les hommes et Rs 234 pour les femmes. Ils sont logés gratuitement et ont droit à des rations de riz, de farine, d?huile, de grains secs et de bougies. Les employés ne reçoivent pas d?argent mais leurs salaires leur sont crédités sur un carnet de versement. Ils ne perçoivent aucun intérêt sur l?argent figurant sur leur compte. Les pénuries sont fréquentes. Les deux enquêteurs notent, chacun de leur côté, l?absence flagrante d?inventaires et d?enregistrement des vivres disponibles. Ils qualifient de grave le manque de logements ce qui n?empêche pas certains cadres de clôturer leur potager avec des feuilles de tôle tandis que des travailleurs logent dans des cases de ravenala. L?un d?entre eux loge même dans une salle de bains. Une famille doit se contenter d?un poulailler en guise de cuisine. «Lé temps margoze menti.» Une commission d?enquête s?impose. Nous l?attendons toujours.
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