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« Cessez d?être complaisants envers vous-mêmes »
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« Cessez d?être complaisants envers vous-mêmes »
Votre « New Growth Theory » explique que ce sont les nouvelles « idées » qui dopent la croissance. Qu?a-t-on comme bonnes idées à Maurice ?
Un pays en développement peut retirer de grands avantages rien qu?en utilisant et s?appropriant des idées déjà existantes. La Chine, par exemple, utilise plein de bonnes idées qu?elle importe pour fabriquer tel ou tel produit qu?elle réexporte ensuite. Ce n?est pas la production de vos propres idées qui compte donc le plus. L?essentiel, c?est de développer votre capital humain.
Les Mauriciens ont besoin de compétences plus pointues pour travailler avec des idées plus complexes et à plus forte valeur ajoutée. C?est le cas notamment dans votre industrie du textile habillement. Cette semaine, lors du symposium du Board of Investment sur les technologies de l?information et la communication, on a redit l?importance d?avoir des gens avec de nouvelles compétences pour travailler avec ces idées sophistiquées.
La question centrale, c?est celle de la présence de compétences pouvant travailler avec des idées sophistiquées dans le pays?
Le message primordial que je veux transmettre, c?est que l?investissement dans le capital humain est extrêmement important pour vous. Afin de réussir dans les secteurs que vous voulez voir émerger. Et aussi dans les secteurs traditionnels que vous occupez depuis quelque temps déjà, comme le textile. Toute activité de production repose désormais sur l?usage accru de la technologie et d?idées sophistiquées.
Notre université n?interagit pas suffisamment avec le monde de l?entreprise et n?offre pas assez de for-mations diversifiées. Comment pallier cette lacune ?
Il faut penser à une écologie des institutions. Vous avez l?université de Maurice et l?université de Technologie. Vous pourriez bénéficier de plus de diversité en mettant en place d?autres institutions. Et aussi, vous tourner davantage vers l?international et encourager vos étudiants à aller se former à l?étranger avant de revenir travailler ici.
Reste la qualité de la formation que nous offrons ici?
Il faut évaluer ce que vous faites et comment vous le faites ici. Il ne suffit pas de calculer le nombre d?élèves qui entrent en primaire ou au secondaire. Ne pas s?arrêter au budget dépensé, au nombre de profs et d?écoles. Il faut plutôt mesurer leurs performances et les résultats aux examens. Et aussi, surtout comparer le niveau de vos jeunes avec ceux qui ont le même âge qu?eux dans des pays aux systèmes éducatifs performants comme la Chine et l?Inde. Plus globalement, il faut mesurer la performance en termes d?amélioration de sa productivité, de votre système éducatif. Se comparer avec les meilleurs systèmes du monde. Voilà l?essentiel.
« Se comparer avec les meilleurs systèmes du monde, voilà l?essentiel »
À Maurice, on aime se comparer à l?Afri-que et s?en contenter. Comment se fixer de nouveaux standards ?
Vous ne placez pas la barre assez haut. Vous pouvez faire tellement mieux que ce que vous ne faites maintenant. C?est va-lable dans le domaine éducatif comme dans d?autres domai-nes. Je ressens de la résignation quand on me dit que les choses sont ainsi et qu?on n?y peut pas grand-chose. Vous devez être plus impatients envers vous-mêmes et votre gouvernement. Plus frustrés face à vos insuccès. Il ne doit pas être acceptable de perdre autant de temps avec la congestion routière. Vous pouvez faire de Maurice un endroit tellement plus agréable à vivre et avoir tellement plus de réussite. Vous ne croyez pas assez en vous et en ce que vous pouvez accomplir. Il y a de quoi être fier de ce que vous avez accompli. Cessez d?être complaisants envers vous-mêmes.
Vous accordez beaucoup d?importance à l?innovation. Vous dites d?ailleurs qu?il n?y a pas de petites innovations. Quelles sont celles qui peuvent faire avancer Maurice ?
Pour innover, il faut des jeunes gens intelligents et bien formés. Il faut des gens curieux, qui font de la recherche en employant des méthodes scientifiques rigoureuses. Et il faut aussi les récompenser généreusement pour les idées nouvelles. Ce système produit de l?innovation.
Maurice attire des flots d?investissements directs étrangers grandissants. Que pouvons nous faire pour amener, en même temps, un gros flux de transfert de technologie et de compétences ?
Vous pouvez faire une grande différence pour le futur en améliorant votre système éducatif. Le rendre plus efficient et créer plus d?opportunité et d?institutions où se former. Il faut que toutes les politiques en matière d?éducation obéissent à une vision à long terme. Mais on peut également prendre des mesures qui pourraient porter des fruits plus rapidement.
Il faut faire de Maurice l?endroit idéal de vie pour les gens qui ont été formés.
Un ingénieur informatique indien, qui a travaillé dans la Silicon Valley et qui veut maintenant fonder une famille dans sa banlieue hors de prix, peut vouloir s?installer à Maurice. Il peut trouver une maison, un environnement et de bonnes écoles pour ses enfants. En proposant cette offre, vous pouvez concurrencer celle des États-Unis. Former le plus de Mauriciens possible. Tout en encourageant des étrangers à s?installer ici. Les deux stratégies aideront à construire votre « capital humain ».
Et qu?advient-il de ceux qui n?ont pas l?opportunité d?atteindre de hauts niveaux de formation et de salaire ?
Ces personnes peuvent devenir des ouvriers qualifiés, dans la construction par exemple. Quand un pays bouillonne d?activités, il y a plus de demande pour ce type de services et les salaires augmenteront. Augmenter le pool de vos talents très bien formés peut, en fait, bénéficier à tout le monde dans l?île.
Le gouvernement est confronté à la baisse du pouvoir d?achat de la population. Alors même que la croissance économique se renforce. L?économie de ruissellement marche-t-elle vraiment ?
Je déteste l?idée de ruissellement. Voici le message pour la classe moyenne : ceux qui font montre de patience ont tout à gagner ! Si on se demande seulement « qu?ai-je à gagner demain »? on ne gagne pas grand-chose. Mais si on économise ou l?on investit patiemment, dans cinq ou dix ans, les choses changeront de manière dramatique. Mais il faut avoir de la pa-tience pour voir les résultats. Consentir à des sacrifices. On doit regarder le long terme, et non pas le court terme.
Les politiques doivent donc convain-cre la population de patienter en attendant les résultats de la croissance ?
La presse doit faire comprendre cette logique à la population. Le sens du civisme du citoyen doit l?amener à comprendre la nécessité de se montrer patient et d?investir sur le long terme. C?est au citoyen de dire qu?il veut un niveau de vie bien meilleur et qu?en contrepartie, pour y arriver, il est prêt à travailler plus dur et à faire quelques sacrifices dans le court terme.
« Pour une île aussi grande, il y a trop peu de routes. Et trop de congestion routière »
Le système éducatif, la participation de la population. Que nous faut-il d?autres en termes d?infrastructures pour assurer la croissance ?
Je ne pense pas que vous ayez l?infrastructure dont vous avez besoin. Pensez à cet ingénieur qui voudrait venir à Maurice. Il y a des choses désagréables chez vous. Pour une île aussi grande, il y a trop peu de routes. Et bien trop de congestion routière. Ce qui conduit à une perte de temps et de talents humains dans le trafic. Ce n?est qu?une illustration du manque d?infrastructures. On m?explique aussi que vous avez des connexions télécoms à haut débit avec le reste du monde. Mais une connexion haut débit doit être accessible pour chaque citoyen. C?est une autre infrastructure qu?il est important d?avoir. Il y a des investissements auxquels le gouvernement doit consentir et qui lui assureront un retour très élevé. La première est l?éducation. Et la deuxième est l?infrastructure.
Ce manque d?infrastructures vous a amené à dire que Maurice n?a pas les moyens de devenir un autre Singapour ou Hong-Kong?
Je l?ai dit comme je l?ai ressenti. Vous pouvez y arriver. Mais cela dépendra des décisions que vous prendrez. Vous pouvez puiser des ressources du secteur privé local et à travers le monde. Mais il faut une prise de décision et une planification éclairées. C?est là où ça bloque pour le moment. Regardez ce que font les administrations et les gouvernements les plus rapides et efficaces, puis copiez leurs recettes.
S?adosser à des groupes internationaux comme Tianli, est-ce une bonne recette pour développer les infrastructures ?
C?est la voie la plus rapide. Mais le gouvernement doit jouer un rôle de planificateur. Il est le seul à pouvoir avoir une vision d?ensemble de ce qui est bien pour le pays et ses habitants. Il ne faut donc pas se focaliser uniquement sur ce qui se passe dans cette zone économique ou une autre. Mais évaluer les effets que chacune aura sur Port-Louis, sur le trafic routier, sur le prix de l?immobilier, le développement de centres commerciaux. Le rôle du gouvernement comme planificateur est central.
Nous pouvons donc y arriver ?
Avec une bonne planification vous pouvez devenir une World class place to live and work. Mais il faut encore avoir ce plan d?ensemble qui vous dira où les gens travailleront, où ils feront leur shopping, où ils vivront et quels loisirs ils auront. Tout en préservant la qualité de votre environnement. Le gouvernement peut diriger ce processus de planification. Mais il n?a pas nécessairement à le faire lui-même, mais peut être le déléguer à des entreprises spécialisées dans cette tâche. Cela évitera la mise en place d?une bureaucratie lourde.
On associe maintenant le mot « durable » au développement. Est-ce une notion importante ?
Il y a la partie globale et la partie locale. Sur le plan local, le développement dura-ble est très important pour vous. Votre environnement est très riche. Vous avez un devoir envers vous-mêmes et le monde de le préserver. Les développements futurs peuvent avoir lieu avec une volonté affichée de faire en sorte que l?île retrouve sa beauté d?auparavant. La canne à sucre n?est pas l?état naturel de votre pays. Ce n?est pas une très bonne manière d?utiliser vos terres ! Vous pouvez utiliser une part des terres pour en faire des high quality revenue spaces avec des développements fonciers. Et transformer d?autres surfaces pour les rendre à leur état naturel d?origine.
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