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Le Kenya au bord du chaos

2 février 2008, 00:00

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Le Kenya, apparent îlot de prospérité et de stabilité dans une Afrique de l?Est agitée, allié des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, est-il sur le point d?être emporté par l?une de ces spirales de violence autodestructrice dont le continent n?a donné que trop d?exemples ?

Un mois après l?élection présidentielle contestée qui a vu la réélection du président sortant, Mwai Kibaki, la poursuite et l?extension des affrontements interethniques, qui ont déjà causé la mort d?un millier de personnes, posent à l?évidence la question.

Si la révolte provoquée par la fraude électorale massive a servi de détonateur aux troubles, les causes en apparaissent bien plus profondes. Elles se rapportent au modèle de développement en vigueur au Kenya, comme dans d?autres pays africains.

Croissance enviable</B>

Les violences tiennent aussi à la persistance de rivalités interethniques instrumentalisées à l?époque coloniale. La rage avec laquelle les Kalenjin, une fédération de groupes ethniques, pillent et brûlent les biens appartenant aux Kikuyu, l?ethnie du président Kibaki, renvoie aux profondes inégalités économiques entre ces groupes. La révolte se nourrit encore des rivalités foncières exacerbées par l?histoire. Le colonisateur britannique, qui s?appuyait sur les Kikuyu, expulsa les Kalenjin des terres fertiles de la vallée du Rift, où les Kikuyu prirent leur place après l?indépendance de 1963.

Les affrontements ne surgissent pas non plus par hasard, dans un pays porté par une croissance enviable (6,1 % en 2006), mais où les inégalités sociales et économiques se creusent. Une majorité de Kényans continuent de vivre avec moins de 2 dollars par jour, tandis que 10 % d'entre eux possèdent près de la moitié de la richesse du pays. Pour l?heure, l?urgence passe par un règlement politique du contentieux électoral et par un partage du pouvoir.

C?est l?objet de la médiation ouverte à Nairobi par Kofi Annan et Ban Ki Moon, respectivement ancien et actuel secrétaires généraux des Nations unies .

Pourtant, si les pressions internationales doivent s?amplifier pour éviter que le Kenya sombre dans le chaos, elles risquent de n?avoir qu'une portée limitée. Le gouvernement de Nairobi n?est pas l?un de ceux, nombreux en Afrique, qui dépendent largement de l?aide internationale. La relative indépendance économique du Kenya impose une issue interne à la crise.

L?Union africaine, réunie en sommet à Addis-Abeba (Ethiopie) depuis avant-hier, doit aussi, en se saisissant de la situation à Nairobi, montrer sa capacité à trouver des solutions africaines aux crises qui secouent le continent.

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