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Kenya : Le chaos menace

31 janvier 2008, 00:00

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Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies, a formellement entamé avant-hier sa mission de médiation dans la crise postélectorale qui fait rage au Kenya, où l?assassinat d?un élu de l?opposition a donné lieu à de violentes manifestations.

La journée s?est soldée par une douzaine de morts, ce qui porte à près de 900 tués le bilan des troubles politico-ethniques depuis la réélection contestée du président Mwai Kibaki, le 27 décembre.

Annan, qui a réuni le chef de l?Etat et son rival malheureux, Raila Odinga, s?est dit convaincu que les «problèmes politiques immédiats» du Kenya pouvaient être résolus dans les quatre semaines et que les dossiers plus larges, qui sous-tendent la crise provoquée par le scrutin, seraient réglés d?ici un an. «Aux dirigeants réunis ici aujourd?hui je dis que le peuple veut les voir prendre la situation en mains et faire le maximum pour enrayer la spirale qui menace ce pays magnifique et prospère», a lancé le diplomate ghanéen, exprimant l?indignation de la communauté internationale, qui voyait dans le Kenya un modèle de stabilité et de développement économique. «Nous sommes maintenant à un moment décisif où il nous faut reconquérir la dignité de notre nation et restaurer la stabilité dont nous jouissions depuis l?indépendance», a renchéri Kibaki.

La paix à portée de main

Le plus urgent, a quant à lui estimé Odinga, est de traiter la question des fraudes électorales massives qui ont, selon lui, marqué l?élection présidentielle. «Cette médiation doit montrer au peuple que la paix, la justice et la sécurité sont à portée de main», a-t-il poursuivi, insistant sur le fait que les pourparlers réunissaient le Mouvement démocratique orange (ODM), dont il est issu, et le parti de Kibaki, mais pas le gouvernement.

Après la cérémonie, les trois hommes ont devisé cordialement devant une tasse de thé, tandis que leurs délégations entamaient des négociations à huis clos et se sont revus hier. Les donateurs occidentaux ont menacé les deux parties de suspendre leurs aides au développement. «Nous exhortons tout le monde à maintenir le calme», a déclaré à Washington la secrétaire d?Etat américaine Condoleezza Rice, jugeant la situation «très inquiétante».

«L?élection n?a pas été du genre à inspirer la confiance au peuple kényan, il est donc nécessaire de parvenir à une solution politique», a-t-elle ajouté.

Barack Obama, qui brigue l?investiture démocrate dans la course à la Maison- Blanche, s?est dit très peiné par les pertes en vies humaines au Kenya, dont son père, aujourd?hui disparu, était originaire. «(...) je pense que tous les citoyens de ce pays devraient faire une pause pour réfléchir avec beaucoup de soin», a-t-il déclaré à une radio kényane. «En dernière analyse, les dirigeants du Kenya devront se dresser et affirmer, quels que soient les résultats des élections, qu?il faut vraiment faire quelque chose pour faire cesser cette situation».

L?Union européenne a condamné le meurtre du député de l?ODM et exhorté les deux partie à coopérer pleinement avec Kofi Annan. «Nous condamnons les violations à grande échelle des droits de l?homme et la violence systématique actuellement perpétrées au Kenya», ont déclaré Javier Solana, porte-parole de la diplomatie de l?UE, et Louis Michel, commissaire européen à l?Aide humanitaire.

A Nairobi, Melitus Were, un député élu sous les couleurs de l?ODM, a été tué de deux balles dans la tête alors qu?il atteignait le seuil de sa maison, peu après minuit. Dans un communiqué, Kibaki a dénoncé un «crime odieux» qui fera l?objet d?une enquête rapide, tandis qu?Odinga criait à l?assassinat politique. La presse a fait état de trois arrestations, mais la police s?est refusée à tout commentaire.

Quelques heures après le meurtre, des bandes d?ethnies rivales ont commencé à s?affronter à Kibera. Un correspondant de Reuters sur place a vu sept cadavres, certains portant des plaies à la tête et au cou. Un homme apparemment émasculé, est mort sur le sol après de longues souffrances.

Des hélicoptères de l?armée ont par ailleurs piqué sur une foule qui menaçait plusieurs centaines de réfugiés à Naivasha, ville de la vallée du Rift située à une heure de route au nord de la capitale.

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