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Pour un coup d?accélérateur !
En ce début d?année 2008, les ménages mauriciens sont inquiets pour leur pouvoir d?achat. Si les oppositions ont décidé d?en faire leur cheval de bataille, l?Alliance sociale annonce, pour sa part, un programme d?explication sur la question. Et si on faisait confiance à l?intelligence de la population et qu?on arrêtait de « koz ninport » ?
La question du pouvoir d?achat illustre parfaitement cette pratique des hommes politiques qui consiste à faire croire qu?ils peuvent agir réellement sur certaines choses alors qu?en réalité tel n?est pas le cas. Et ils n?ont qu?à s?en prendre à eux-mêmes si la population leur demande l?impossible. Plus que jamais, le prix des produits stratégiques et des denrées de base sur le marché mondial obéit à la loi de l?offre et de la demande.
Il y a une explosion de la demande en raison des fortes croissances économiques que connaissent les pays émergents tels la Chine, l?Inde, et le Brésil. C?est le cas pour le pétrole, le fer, le ciment, de même que pour les denrées comme le lait, la farine et d?autres produits alimentaires. En effet, un des aspects de la mondialisation est l?émergence d?une nouvelle catégorie de consommateurs qui se chiffre à des centaines de millions et qui disposent, eux, d?un pouvoir d?achat qu?ils n?avaient pas auparavant. Nous sommes en train de subir ces nouvelles donnes structurelles.
L?autre face de la mondialisation néo-libérale c?est le règne d?un « capitalisme qui perd la tête » pour paraphraser le prix Nobel Joseph Stiglitz. Et une des manifestations de cette folie, c?est la financiarisation de l?économie ou la réalisation d?une plus-value sans production de biens ou de services. Avec la financiarisation, on est dans l?économie-casino. Dans une telle situation, l?actionnaire va là où il aura un meilleur retour sur investissement et le plus rapidement possible. La conséquence, c?est unepression terrible sur les entreprises pour qu?elles revoient le modèle qui repose sur la recherche permanente d?un équilibre pour satisfaire les intérêts de leurs partenaires que sont les clients, les actionnaires et les salariés. Ceux qui défendent le travail doivent prendre en compte toutes ces dynamiques dans leurs stratégies de lutte.
La population mauricienne a élu en 2005 le présent gouvernement pour conduire une politique en vue de solutionner les problèmes auxquels le pays se trouve confronté. Et le pouvoir d?achat est une préoccupation centrale des ménages, car il renvoie au maintien du niveau de vie en termes de nourriture, de logement, de transport, de santé, d?éducation, de loisirs, etc. Dans le passé, l?environnement socio-économique laissait à l?État-nation et aux politiques une plus grande marge de man?uvre dans la formulation de la politique économique et sociale. Comme les politiques n?ont pas expliqué ce qui a changé, la population les tient pour responsables, voire coupables.
Existe-t-il des solutions possibles à l?épineux problème du pouvoir d?a-chat ? Tout gouvernement qui se res-pecte a le devoir et la responsabilité de chercher les moyens pour trouver un meilleur rapport qualité/prix pour les produits de grande consommation, Ceci dit, l?épisode d?Amul, suivi de ceux sur le fer, le ciment et maintenant la farine, sont autant de preuves que les voies de l?enfer sont pavées de bonnes intentions. S?il n?y a pas de réelle marge de man?uvre sur les prix, c?est du côté de l?autre élément de l?équation, à savoir les revenus, qu?il faut explorer les solutions.
La mondialisation néo-libérale n?en apportera pas sur ce plan, car elle ne joue pas en faveur du travail et de sa rémunération. Nous devons nous méfier aussi des marchands de rêve qui disent détenir des solutions sim-ples aux effets immédiats, comme de ceux qui prônent des recettes d?hier qui tout simplement ne marchent plus. Il y a deux axes à explorer en vue de solutions fiables et durables. Le premier porte sur un nouveau modèle social à construire et le se-cond sur la création des richesses. Durant la seconde moitié du xxe siècle, on a eu, à Maurice, la mise en place de l?État Providence, mise en place qui s?est confondue avec l?histoire du Parti travailliste.
Ce modèle social a fait son temps. Il ne s?agit pas de le démanteler, mais de le faire évoluer, de l?adapter pour le rendre plus conforme à ses objectifs de redistribution et de solidarité. En somme, il faut le repenser pour le débarrasser de son fonctionnement pervers qui l?a transformé en « machine inégalitaire ». Le projet de réforme en cours, au-delà de certains de ses aspects problématiques, contient les bases d?une nouvelle articulation entre l?économique et le social dans le processus de développement.
Il faut tout mettre en ?uvre pour augmenter la création de richesses qui vont générer des revenus supplémentaires pour les ménages mauriciens. L?« empowerment » est plus que ja-mais d?actualité, ceci afin que tout le monde puisse saisir les opportunités pour se former, trouver un emploi, créer une entreprise.
En 2008, le pays a besoin d?un sérieux coup d?accélérateur pour concrétiser dans les meilleurs délais les investissements nécessaires à la création d?entreprises productives.
Le salut viendra de la création d?emplois durables et de qualité dans les marchés niches, tous secteurs confondus.
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