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Vaulx-en-Velin, banlieue d?essai

20 janvier 2008, 00:00

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Morad Aggoun avait 19 ans quand la ville s?est embrasée. Il faisait partie de ceux qui s?étaient improvisés porte-parole d?une cité et d?une génération en révolte quand le quartier du Mas-du-Taureau, à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, avait connu trois nuits d?émeutes. Il a aujourd?hui 36 ans, et il est cadre dans une fédération associative, père de trois enfants, bientôt quatre. Dans les rues rénovées du centre-ville, il désigne du doigt les nouvelles constructions, avec la résignation de ceux qui ont déjà connu de nombreux « plans banlieue » : « Ils construisent, ils démolissent, ils reconstruisent. Mais les habitants sont toujours en galère. »

Adel Hanachi, 21 ans au moment des émeutes, 38 ans aujourd?hui, et Morad Aggoun sont sans illusions sur la portée du prochain plan. En octobre 1990, ils étaient des « jeunes de banlieue » qui criaient leur colère au milieu des décom-bres et des carcasses de voitures calcinées, à la suite du décès d?un homme, Thomas Claudio, percuté par une voiture de police. Dix-sept ans plus tard, ils sont toujours de banlieue, et largement désenchantés.

Mauvaise image de la ville

Pourtant, eux-mêmes reconnaissent que leur ville s?est profondément transformée. Depuis les émeutes de 1990, Vaulx-en-Velin (42 000 habitants) n?a cessé d?être en chantier. À coups de dizaines de millions d?euros, les pouvoirs publics ont construit des bâtiments neufs, réhabilité ceux qui n?étaient pas trop abîmés, aménagé des jardins et des parcs laissés à l?abandon, renouvelé le mobilier urbain.

Paradoxalement, la transformation la plus spectaculaire n?est pas le fait des pouvoirs publics. Vaulx-en-Velin voit désormais fleurir les panneaux de célèbres promoteurs immobiliers (Kaufman & Broad, Nexity, Icade, etc.) vantant des résidences aux noms exotiques.

Le marché réussira-t-il à favoriser la mixité sociale là où les pouvoirs publics ont échoué ?

Dans les baraquements installés par les promoteurs au bord des terrains vagues où vont bientôt démarrer des chantiers, on a réponse à tout. Surtout aux inquiétudes que pourrait soulever la mauvaise image de la ville. Le chargé de clientèle ne ment qu?à moitié : « Il n?y a plus de problèmes ici, il n?y a plus de quartiers. Ils vont raser les barres HLM et tout rénover. Et puis la plupart de nos acheteurs ne viennent pas de Vaulx mais des villes voisines. »

Abonné aux contrats précaires

Mais sur le plan social, la situation est autre. Le taux de chômage demeure deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Ceux qui travaillent ont souvent un emploi précaire. Le centre communal d?action sociale accueille toujours autant d?usagers, mais leur profil a changé. « Aujourd?hui, on voit beaucoup de salariés pauvres. Des gens à temps partiel qui gagnent 500 à 800 euros par mois », s?alarme le maire.

L?accès à l?emploi est toujours aussi problématique pour les jeunes issus de l?immigration. Malgré la présence de quelque 2 000 entreprises à Vaulx-en-Velin. Malgré les innombrables dispositifs mis en place au fil des ans. « Vous êtes maghrébin, vous avez entre 18 et 30 ans, vous venez de Vaulx, vous êtes pas idiot ? eh bien, à diplôme égal, vous passez derrière le Français qui vient de Lyon », témoigne Mehdi, 29 ans, abonné aux contrats précaires. Les propos des jeunes ressemblent à ceux de leurs aînés dans les années 1990.

Ces quelques centaines de jeunes hommes en situation de rupture professionnelle et sociale inquiètent. « Le dialogue avec eux est très compliqué. Ils sont facilement dans la fuite ou la provocation. On a parfois envie de leur coller une taloche et en même temps on sent une très grande souffrance », témoigne le maire. Ces « glandouilleurs », continuent de se confronter durement avec les forces de l?ordre. Et si demain un jeune devait trouver la mort dans un accident avec une voiture de police ? « S?il arrivait la même chose qu?à Clichy-sous-Bois ou Villiers-le-Bel, on pourrait avoir les mêmes conséquences », avoue Maurice Charrier. En matière de politique de la ville, rien n?est jamais gagné.

@ 2 007 Le Monde- Luc BRONNER ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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