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Petites soeurs, grands défis
<B>Par Nad Sivaramen</B>
Dès 1982, trois îles s?urs du sud-ouest de l?océan Indien se donnaient la main. Un gage d?amitié, une promesse de partage entre Madagascar, Maurice et les Seychelles, trois anciennes colonies aux voies dissemblables de décolonisation et aux espoirs légitimes de développement économique, pour des lendemains meilleurs.
Avant même l?accord de Victoria, intervenu deux ans plus tard, ces trois pays de la mer ont pris conscience de l?intérêt pour chacune d?elles de promouvoir les échanges commerciaux dans la sous-région, à travers une structure intergouvernementale, devenue Commission de l?océan Indien (COI). Bref l?objectif était d?instaurer et de développer l?axe Sud-Sud au lieu de dépendre ? avec chaque île concurrençant sa voisine ? du rapport Nord-Sud, qui est à notre désavantage vu les spécificités de notre insularité commune.
Les Comores, pour ne pas se replier sur leur instabilité politique, et la France, agissant pour le compte de La Réunion, ont vite compris le vaste potentiel de la COI, même si son espace économique ? soit environ 17 millions de personnes ? n?est a priori pas suffisamment vaste pour être viable. Mais sur divers plans, dont celui de la lutte contre le pillage de nos fonds marins par des puissances étrangères, de la santé avec les maladies et autres virus communs (l?épisode chikungunya l?a démontré), du tourisme et des moyens de communication, de la culture et de l?identité, la zone indianocéanique émerge comme une plate-forme incontournable, dans un monde où les repères et les frontières volent en éclats, dans un environnement ou la voix des faibles est étouffée par des regroupements toujours plus larges. Ainsi hormis, La Réunion, tous les membres de la COI font parti de la zone Afrique Caraïbes Pacifique (ACP). C?est ainsi qu?est né le front CMMS (Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles) afin d?agir de façon plus cohérente et concordante face à une Europe qui négocie toujours en tant que bloc uni. Le fait de pouvoir faire cause commune derrière des préoccupations similaires, comme la fin des privilèges européens, est un avantage dans le concert globalisé des nations, d?autant que la COI bénéficie d?un statut d?observateur au sein de l?Organisation des Nations unies.
Mais ce qui est dommage c?est qu?il y ait encore des difficultés puériles, car politiciennes, à aplanir afin que la COI atteigne enfin sa vitesse de croisière. Port-Louis n?accorde pas un soutien total au secrétariat de la commission pourtant basée à Quatre-Bornes. Pour des raisons bassement politiciennes, ou d?ego, les 25 ans de la COI sont passés inaperçus? pourtant au bout d?un quart de siècle, c?est l?heure des bilans, de mesurer le chemin parcouru. D?analyser les forces et les faiblesses, comme le manque de budget pour muscler le secrétariat. D?arriver à un accord quant à la succession de Monique Andreas Esoavelomandroso. Car, normalement c?est un Mauricien qui doit prendre la relève de la Malgache, mais personne, dans les milieux concernés, n?ose dire qui mérite cette place pivotale tellement tout est politisé à outrance, même la coopération régionale...
Mais l?heure est aux grands défis. Plus que jamais, la COI a un rôle clé à jouer sur la scène mondiale. Alors que la présidence changera de main, qu?un(e) autre Secrétaire général(e) sera en place, la question d?intégration régionale est primordiale pour les petites économies de l?océan Indien. Les accords commerciaux multilatéraux sont une réalité. Les Accords de partenariat économique sont là pour nous le rappeler.
Si elles ne veulent pas être englouties par les flots de la mondialisation, les petites s?urs de la COI n?ont qu?à bien se tenir la main entre elles, pour mieux démontrer leurs spécificités, avant de s?agripper à un bloc plus important. À cet égard, après un chemin sinueux de 25 ans, la COI a déjà le grand mérite d?exister. Mais il faut aller beaucoup plus loin tant dans la coopération économique que dans l?échange culturel? sinon c?est le tourbillon, aussi dévastateur que le Tsunami qui nous a heureusement épargnés.
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